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Union européenne / France

Commission européenne: Sylvie Goulard recalée par les eurodéputés

Sylvie Goulard lors de sa seconde audition devant le parlement européen, le 10 octobre 2019 à Bruxelles.
Sylvie Goulard lors de sa seconde audition devant le parlement européen, le 10 octobre 2019 à Bruxelles. Kenzo TRIBOUILLARD / AFP
Texte par : RFI Suivre
7 mn

La candidate française à la Commission européenne Sylvie Goulard n’est plus dans la course. Les députés des commissions parlementaires chargés d’évaluer sa candidature ont voté ce jeudi 10 octobre contre sa nomination au portefeuille du marché intérieur.

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Avec notre bureau à Bruxelles,

82 voix contre Sylvie Goulard, 29 voix en sa faveur seulement et une abstention. Ils étaient 112 députés à voter, les 112 membres des commissions parlementaires qui ont pour la deuxième fois auditionné Sylvie Goulard ce jeudi. Elle n’a finalement eu que le soutien des membres de sa famille politique, les centristes de « Renew » plus quelques voix éparpillées.

Au final, la candidate française n’est pas jugée apte à occuper le vaste portefeuille qu’Ursula von der Leyen lui avait attribué autour de l’emblématique marché intérieur. Ce ne sont pas ses compétences et son engagement européen qui sont en cause, ils ont d’ailleurs été reconnus par certains de ses opposants.

Question éthique

Après une première audition très chahutée le 2 octobre devant les parlementaires européens, après des réponses écrites à un questionnaire complémentaire jugées insuffisantes, Sylvie Goulard avait eu droit à un oral de rattrapage ce jeudi matin, très centré sur les affaires qui la touchent.

Ce qui lui coûte son poste, c’est d'abord la question éthique autour de son travail très bien payé pour la fondation américaine Berggruen alors qu’elle était eurodéputée. Surtout, l’affaire des emplois fictifs des assistants parlementaires du Modem aura pesé trop lourd. Sylvie Goulard a répété ce jeudi matin qu’elle démissionnerait au cas où elle était condamnée, mais qu’il n’en était pas question en cas de simple mise en examen.

Macron attend des « explications » d'Ursula von der Leyen

C’est un sérieux revers pour le gouvernement français qui va devoir rapidement présenter une candidature de remplacement à Ursula von der Leyen. Emmanuel Macron a dit avoir besoin « d'explications » de la part de la future présidente de la Commission.

« J'ai proposé trois noms à la présidente von der Leyen, a déclaré le chef de l'État français devant la presse. Elle m'a dit : "Moi, je veux travailler avec Sylvie Goulard." [...] Elle m'a assuré : "Je vais appeler les présidents de groupes parlementaires pour leur demander". Après quoi, elle m'a dit : "C'est bon, ça leur va". Je ne comprends pas comment, quand la présidente de la commission nommée a une discussion avec les trois présidents de groupe et [qu'ils] se mettent d'accord sur quelque chose, ça peut bouger comme ça. Donc j'ai besoin de comprendre. » 

Assurant être « très détendu », Emmanuel Macron a garanti avoir averti Ursula von der Leyen sur les risques qui planaient sur la candidature de Sylvie Goulard. Le président français s'interroge désormais sur « ce qui s'est joué de ressentiment, peut-être de petitesse ».

À quoi joue le PPE ?, se demandent les centristes

Pour Bruno Alomar, ancien fonctionnaire à la Commission européenne et auteur de La réforme ou l'insignifiance, dix ans pour sauver l'Union européenne, ce vote fragilise  la position de la France. Surtout, il s'inscrit dans une logique de tiraillements entre la France et la droite allemande : « Cet épisode peut être vu comme une nouvelle étape d’une guerre qui a commencé entre le Parti populaire européen (PPE), principal parti politique européen d’une part et d’autre part la France. Si l'on se souvient bien, le président de la République française avait eu des mots extrêmement durs à l'encontre de M. Manfred Weber, le patron allemand, estimant qu'il n'avait en gros pas le niveau pour pouvoir prétendre être président de la Commission européenne. M Weber vient de lui répondre : il tient son parti, et son parti n'a pas oublié ce très fâcheux incident. Le PPE, et notamment le parti de la droite allemande CDU-CSU, prend de moins en moins de gants avec la France. »

Pour sa part Pierre Karleskind, eurodéputé français Renew (pro-Macron), estime que le groupe PPE a du mal à accepter qu'il n'est plus aussi puissant qu'avant, il tente de rétablir un pouvoir : « je regrette que Sylvie Goulard ait été sacrifiée à l'aune de considérations politiciennes sur ce vote. Je constate aussi que malgré l'accord qu'il y avait en quelque sorte entre Ursula Von der Leyen et Emmanuel Macron et derrière Angela Merkel, c'est que le PPE répond à une logique qui n’est pas celle d’accords passés et qui sont décidés. Donc le PPE est difficile à cerner. Si nous avons des alliés qui changent d'avis d'un seul coup, c'est difficile d'établir une majorité, c'est difficile de travailler. »


► ANALYSE

Macron voit son statut dans le jeu européen fragilisé

Choisir Sylvie Goulard était un pari risqué, Emmanuel Macron l'a donc perdu. Pousser une ancienne ministre – qui risque une mise en examen - avait en effet divisé au sein même de l'entourage du président. Mais Sylvie Goulard a été victime d'un « jeu politique » dit-on à l'Élysée. Sous-entendu d’un jeu pour atteindre le président français.

« Ressentiment », « petitesse » de certains s'est d'ailleurs interrogé Emmanuel Macron qui a mal masqué son agacement et qui a demandé des comptes à Bruxelles. « Les eurodéputés nous ont renvoyés dans nos cordes », juge un macroniste, pour qui le président paye sa volonté de réformer l'Europe.

Alors que beaucoup le voyaient en position de force, Emmanuel Macron voit son statut dans le jeu européen fragilisé. C'est son deuxième échec à Bruxelles en quelques mois, après l'atterrissage raté de son ex-ministre Nathalie Loiseau à la tête du groupe centriste au Parlement.


► Ursula von der Leyen parviendra-t-elle à tenir les délais ?

La nouvelle Commission est censée entrer en fonction le 1er novembre à Bruxelles. D’ici là, l'ensemble du collège des futurs commissaires doit être soumis à un vote d'approbation du Parlement européen. La session de la semaine du 21 octobre avait été, dans un premier temps, retenue. Mais Ursula von der Leyen attend encore trois noms : la France, la Hongrie et la Roumanie doivent désigner de nouveaux candidats.

Une fois nommées, ces personnalités devront passer toutes les étapes nécessaires : contrôle des intérêts financiers par la Commission des Affaires juridiques du Parlement européen, puis audition devant les commissions spécialisées en fonction du portefeuille qui aura été proposé. En cas de rejet, comme cela a été le cas avec Sylvie Goulard, le candidat devra répondre à des questions écrites avant éventuellement de repasser une seconde audition.

Ce n’est qu’après la clôture des auditions que la présidente de la Commission élue pourra présenter son équipe au complet et son programme devant l'ensemble des eurodéputés réunis en session plénière à Strasbourg. L’agenda est serré et dans ces conditions, rien ne dit que la Commission Juncker ne soit pas amenée à rester en place quelques semaines de plus.

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