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Royaume-Uni / Gibraltar

Législatives à Gibraltar: une campagne sur fond de Brexit

Le rocher de Gibraltar.
Le rocher de Gibraltar. Getty Images/Jose Fuste Raga
Texte par : RFI Suivre
12 mn

Les élections législatives se tiennent ce jeudi 17 octobre à Gibraltar, petit territoire britannique au sud de l’Espagne. Le Brexit est omniprésent parmi les 30 000 habitants de cette péninsule de 7 km2.

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Avec notre envoyée spéciale à Gibraltar, Juliette Gheerbrant

Selon les sondages la coalition au pouvoir (socialistes et libéraux) devrait être reconduite. Les enjeux sont bien sûr locaux : prix du logement, environnement, tourisme ou encore éducation. Mais, à quelques jours d'une possible rupture du Royaume-Uni avec l’Union européenne, le Brexit est omniprésent parmi les 30 000 habitants de cette péninsule de 7 km2. Les yeux sont rivés sur la frontière avec l’Espagne qui focalise toutes les craintes.

Le Brexit ? « On a voté contre ! » c’est la première chose qu’on entend à Gibraltar. 96% de « non » au référendum. Et ils veulent avant tout une frontière ouverte. Beaucoup ont de la famille de part et d'autre, et surtout il y a la question des 15 000 travailleurs qui viennent chaque jour de la ville frontalière de La Linea, en majorité des Espagnols, mais aussi des Britanniques.

Une main-d’œuvre essentielle : dans le secteur des paris en ligne, qui représente un quart du PIB de Gibraltar, 60% des employés sont des transfrontaliers. Même inquiétude pour les marchandises dans le pire des scénarios, les produits venus du Royaume-Uni ne pourraient plus transiter par l’Espagne et devraient arriver en bateau. Le port développe pour cela de nouvelles infrastructures.

Malgré cela les Gibraltariens restent confiants. Ils rappellent qu’ils ont connu des années de blocus sous Franco. Le rocher va bientôt perdre l’accès au marché de l’UE, mais 60% de son activité commerciale se fait avec le Royaume-Uni. Et puis 10% de croissance et moins de 1% de chômeurs, cela devrait permettre d’amortir les contrecoups  -  c’est en tous cas ce qu’espèrent les entrepreneurs.

Dans ce contexte, peu de suspense, la coalition au pouvoir devrait se maintenir. On compte 32 candidats pour 17 sièges de députés.

Toutes les parties essayent d’éviter les perturbations. C’est important pour Gibraltar mais aussi pour l’Espagne.

Entreprises et habitants de Gibraltar s'inquiètent de la future relation du territoire avec le voisin espagnol

■ Reportage au sein des entreprises basées à Gibraltar

Accrochée au flanc du rocher, la société Anglo Hispano 55 employés est l’un des principaux distributeurs alimentaires de Gibraltar. L’entreprise fournit vins boissons et surgelés aux bars et restaurants locaux. Une belle bâtisse blanche aux balustrades de bois, jouxtée par un hangar où les palettes sont prêtes à charger dans les camionnettes. John Isola redoute les conséquences du Brexit sur ses affaires : « Même si nous importons certains de nos produits par le port de Gibraltar beaucoup de nos marchandises passent par la frontière. C’est évidemment une inquiétude. Même si Gibraltar aujourd’hui ne fait pas partie de l’union douanière, on s’inquiète du risque de voir surgir de nouvelles règlementations ». 

Par exemple l’imposition de contrôles sanitaires par l’Espagne qui vont poser problème notamment parce que le poste de contrôle le plus proche est à Algésiras, de l’autre côté de la baie. L’autre préoccupation de l’entrepreneur c’est sa main d’œuvre. Environ 70% de nos employés viennent d’Espagne tous les matins et rentrent le soir. John Isola fait aussi travailler des sociétés espagnoles comme celle qui entretient ses monte-charge. La coopération avec l’Espagne est un enjeu crucial d’ailleurs le quarantenaire fait partie du Groupe transfrontalier qui réunit syndicats et entreprises espagnols et gibraltariens pour défendre l’emploi et les échanges commerciaux. Et surtout surtout peser pour que la frontière reste fluide. Alberto Sodi Hidalgo 30 ans fait partie des transfrontaliers, il vit à La Linea.

Comme d’autres entreprises, Anglo Hispano devra peut-être à l’avenir faire transiter ses camions par la mer. Et le port se prépare à faire face, car rien n’est produit ici, tout est importé. Dans les hypothèses les plus sombres, le capitaine du port, Manuel Tirado s’attend à un nombre de 20 à 30 camions chaque jour. De la salle de contrôle il domine toute la baie de part et d’autre du rocher, et les côtes marocaines toutes proches. Et bien sûr, le trafic incessant des tankers cargos et autres navires qui traversent le détroit de Gibraltar : « Ici, au port, on a fait ce qu’il fallait que ces ferries puissent convoyer sans problèmes des marchandises depuis l’Espagne, le Portugal ou Tanger. On a aménagé de nouvelles rampes de déchargement de camions et des bureaux de douanes et d’immigration pour que tout soit rapide et efficace et qu’il n’y ait pas de délais dans l’acheminement des marchandises ».

Outre ces problèmes d’approvisionnement, avec le Brexit, Gibraltar va perdre l’accès au marché intérieur de l’UE. Du coup certaines entreprises risquent de quitter le rocher pour d’autres territoires avantageux. Le secteur du jeu en ligne est directement concerné or il représente un quart du PIB de Gibraltar, avec une trentaine d’entreprises. Andrew Lyman, directeur du secteur au sein du gouvernement rejette les inquiétudes : « Rien n’indique que les grandes sociétés de jeu en ligne vont quitter Gibraltar. Certaines ont dû se réorganiser, et prendre des mesures pour relocaliser leurs données par rapport à l’UE de leurs données ou prendre une licence à Malte pour garder accès au marché de l’UE, mais encore une fois il n’y a pas d’exode dans le secteur ».

Il n’empêche, la compagnie BET 365 s’est relocalisée à Malte, une perte de plusieurs centaines d’emplois pour le rocher. Mais il y a eu des mouvements inverses. Et les activités de service de Gibraltar, sont dirigées à 70% vers le Royaume-Uni. Pour rassurer entreprises et particuliers, le gouvernement a distribué une brochure « Brexit, mode d’emploi » dans tous les foyers. 

 

C’est sûr, le Brexit ça inquiète tous les Espagnols qui travaillent ici, parce qu’on ne sait pas comment ça va finir, s'l y aura toujours du travail pour nous, si on aura des problèmes à la frontière pour venir travailler ou pour rentrer. On est tous dans l’incertitude.

Reportage à Gibraltar de Juliette Gheerbrant

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