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Turquie

Turquie: le CHP, principal parti d'opposition, miné par les conflits internes

Muharrem Ince, du Parti républicain du peuple (CHP), le 25 juin 2018.
Muharrem Ince, du Parti républicain du peuple (CHP), le 25 juin 2018. ZIYA KOSEOGLU / CHP PRESS OFFICE / AFP
Texte par : RFI Suivre
4 mn

En Turquie, le principal parti d’opposition, le CHP, s’empêtre dans les conflits internes à la plus grande satisfaction du président Erdogan. On pensait pourtant le CHP revigoré depuis ses victoires aux municipales du printemps.

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De notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer

Pour résumer, tout a commencé la semaine dernière, quand un éditorialiste du quotidien Sözcü, très proche du CHP, a sorti un soi-disant « scoop » : un cadre du parti avait, selon lui, rencontré Tayyip Erdogan en secret, dans son palais présidentiel. La suite est encore plus compromettante : le président aurait promis à cet opposant de l’aider à devenir le nouveau chef du CHP. L’affaire n’aurait pas pris une telle ampleur si l’actuel dirigeant du parti, Kemal Kiliçdaroglu, n’avait pas semblé confirmer la rumeur en disant, sans plus de détails, qu’il était « au courant ».

Recep Tayyip Erdogan et ses conseillers ont eu beau démentir, le même chroniqueur de Sözcü est revenu à la charge en dévoilant le nom de ce soi-disant visiteur : Muharrem Ince, le candidat du CHP face à Erdogan à la présidentielle de 2018. L’intéressé a nié, et s’est dit prêt à s’immoler sur la place Taksim d’Istanbul si on lui présentait une preuve. Depuis, le chef du CHP a fait marche arrière et Muharrem Ince se dit victime d’un complot. Là où cela devient vraiment piquant, c’est qu’il accuse non pas le palais présidentiel, mais ses rivaux au sein du CHP d’être à l’origine de la rumeur. Et il n’est pas du tout absurde de penser qu’il a raison.

Feuilleton est très commenté 

Le feuilleton est très commenté sur les réseaux sociaux, et les réactions qui émanent du CHP confirment, en quelque sorte, les conflits internes au parti. Il y a d’abord le camp de ceux qui soutiennent Muharrem Ince et se retrouvent derrière le hashtag « Nous sommes avec toi Muharrem » - #seninleyizmuharremhocam. Un internaute accuse sur Twitter le leader du CHP, Kemal Kiliçdaroglu, d’avoir abandonné Muharrem Ince aux calomnies. Il souligne avec ironie que Tayyip Erdogan, avec son démenti, soutient davantage l’opposant que son propre parti.

A l’inverse, certains cadres du CHP soupçonnés d’avoir trempé dans la controverse, comme le député Engin Özkoç, accusent Ince de « salir » sa formation en criant au complot interne. Quant aux comptes officiels du CHP sur les réseaux, ils dénoncent effectivement un complot mais ils accusent le pouvoir d’être derrière.

Bref, le principal parti d’opposition turc se déchire et prend les internautes à témoin.

Le CHP a remporté la mairie d’Istanbul

Et pendant ce temps, le président Erdogan et ses partisans s’en donnent à coeur joie. Rappelons que c’est un membre du CHP, Ekrem Imamoglu, qui a raflé la mairie d’Istanbul avec le soutien d’une coalition d’opposants. L’occasion est trop belle pour discréditer le CHP et son dirigeant, qui avaient gagné en crédibilité après leurs victoires aux municipales. Samil Tayyar, un ancien député du parti au pouvoir, accuse le CHP de « hacher menu » son ancien candidat à la présidentiel, en jouant sur le nom de famille de Muharrem Ince, qui signifie « menu ».

Mais le plus ironique, ce sont les comptes pro-Erdogan qui reprennent les Unes des journaux pro-gouvernementaux de ce début de semaine. Tous affichent exactement le même titre : « Le CHP doit nettoyer cette saleté ». Que Recep Tayyip Erdogan ait joué ou non un rôle dans cette polémique, une chose est sûre : pendant que les Turcs se déchirent ou s’amusent au sujet du CHP, ils ne parlent pas des sujets qui fâchent le président, à commencer par le risque de scission qui menace son propre parti, l’AKP.

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