Irlande

Les Irlandais face à leur histoire nationale sur Twitter

Des hommes de la Royal Irish Constabulary (RIC) lors de la guerre d'indépendance, en 1921, dans le comté de Tipperary.
Des hommes de la Royal Irish Constabulary (RIC) lors de la guerre d'indépendance, en 1921, dans le comté de Tipperary. Photo by Hulton Archive/Getty Images

En Irlande, le gouvernement fait face à une volée de bois vert sur les réseaux sociaux depuis le début de la semaine. Le mot-dièse « Not My Taoiseach », en français « pas mon Premier ministre », figurait parmi les principaux sujets de discussion sur Twitter.

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Leo Varadkar a voulu commémorer, lors d’une cérémonie au château de Dublin, la Royal Irish Constabulary. La RIC, c’est l’ancêtre de la police irlandaise, avant l’indépendance de l’île. Une force britannique donc, mais composée principalement d’Irlandais, qui représentait les intérêts de la Couronne, notamment pendant la guerre d’indépendance dont on commémore, en ce moment, le centenaire. C’est dans ce cadre qu’est prévue la cérémonie.

Une cérémonie qui célèbre l'ennemi ?

Tous les ans, la police irlandaise, la Garda Soichana, commémore ses ancêtres de la RIC morts en fonction, mais jamais en présence de responsable politique. La cérémonie prévue le 17 janvier semble avoir un objectif de réconciliation nationale, de devoir de mémoire, alors que la guerre d’indépendance a commencé il y a un siècle.

Cela n’a pas plu aux internautes irlandais. Walter Ego demande : « Est-ce qu’on demanderait aux Israéliens de commémorer les SS ? ». Rachel O’Connor dénonce : « Mon grand-père doit se retourner dans sa tombe. Ma grand-mère a été abattue par la RIC. Leo Varadkar devrait se familiariser avec l’histoire du peuple qu’il prétend représenter ». Cette opposition est partagée par les historiens consultés par le gouvernement. Professeur Diarmaid Ferriter, membre du conseil d’experts pour l’organisation du centenaire, explique qu’ils ont bien proposé de mettre en lumière le rôle de la RIC dans l’histoire irlandaise, mais d’un point de vue académique, sous forme de conférence ou de séminaire, mais en aucun cas par une cérémonie officielle. Sur Facebook, plusieurs événements ont été créés, appelant à manifester le jour ou la veille de la commémoration, en signe d’opposition. Un petit millier d’utilisateurs ont indiqué qu’ils participeraient.

Leo Varadkar prône la maturité

Le Premier ministre devant ce hashtag a répondu par le même canal, sur Twitter, qu’il s’agissait d’une commémoration et non d’une célébration. Et il a ajouté : « Nous devrions être assez matures, en tant qu’État, pour reconnaître tous les aspects de notre passé ». Les internautes n’ont pas franchement apprécié d’être qualifiés d’immatures. Devant la polémique, le ministre de la Justice, Charlie Flanagan, a annoncé le report, sine die, de l’événement. Ce mercredi 8 janvier, il a souligné qu’il avait surtout voulu rappeler que les membres du RIC étaient, eux aussi, des Irlandais et que l’histoire irlandaise est plus complexe que le roman républicain.

Sur Facebook, les événements n’ont pas été annulés : les organisateurs réclament l’annulation pure et simple de la cérémonie, pas son report. Quant au hashtag Not My Taoiseach, c’est devenu le mot-clé pour lister tout ce qui ne va pas avec le gouvernement actuel, surpopulation hospitalière, pénurie de logements, coût de la vie. Pas exactement la définition de la réconciliation nationale initialement recherchée.

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