Accéder au contenu principal
Ecosse

Gaélique et Scots: l’Écosse renoue avec ses langues indigènes

Un panneau bilingue anglais-gaélique sur l'île de Mull.
Un panneau bilingue anglais-gaélique sur l'île de Mull. RFI/Assa Samaké-Roman

En Écosse, l’anglais est de loin la langue la plus parlée dans la vie de tous les jours. Mais avant l’anglais, il y avait le scots, une langue très proche, et le gaélique, une langue celtique, toutes deux majoritaires dans le passé. Avec l’augmentation du nombre de nouveaux apprenants du gaélique, et la multiplication d’initiatives pour une meilleure considération de la langue scots, l’Écosse est-elle en train de renouer avec ses langues indigènes ?

Publicité

C’est une langue qu’on entend dans les séries comme Outlander, dans les chansons de Runrig ou de Julie Fowlis, ou encore à la télévision et à la radio sur BBC Alba ou BBC Radio nan Gàidheal. Mais selon le recensement de 2011, seulement 1,7% de la population écossaise parle le gaélique, soit 87 100 personnes. L’Unesco estime même qu’il risque, comme 6 000 autres langues dans le monde, de tout simplement disparaître.

Des langues dénigrées pendant des années

Le déclin de la langue n’est pas une tendance nouvelle, selon Wilson McLeod, professeur de gaélique à l’université d’Édimbourg. « Cela a commencé au 12e siècle. En 1800, ce n’était plus parlé que par 20% de la population, et depuis, cela a continué de chuter. »

« Le gaélique n’est pas devenu minoritaire par manque d’intérêt : pendant très longtemps, on en a découragé l’usage », explique Shonna McLennan, la directrice de Bòrd na Gàidhlig, l’organisation publique en charge de la promotion du gaélique dans tous les secteurs de la société. Wilson McLeod va plus loin. « On n’a pas arrêté de dire, pendant 700 ans, que c’était une langue passéiste, inutile, et que les gens qui le parlaient étaient rétrogrades et pauvres. C’est encore profondément ancré. Donc même aujourd’hui, avec toutes les politiques positives en faveur du gaélique, c’est dur d’inverser la tendance. C’est typique des langues minoritaires. »

Conséquence : les parents ne transmettaient plus le gaélique à leurs enfants. Le scots a connu un sort similaire, mais surtout après la Deuxième Guerre mondiale, et à une échelle différente puisque la langue, très proche de l’anglais, est parlée par un tiers des Écossais, et comprise par beaucoup plus. Si dans certaines régions de l’Écosse, comme le nord-est ou les Orcades, le scots est encore utilisé par 45 à 60% de la population, ce n’est plus le cas dans les grandes villes comme Glasgow. L’auteur Alistair Heather, qui a notamment développé un cours du soir de scots avec l’Université d’Aberdeen et produit un documentaire sur la langue qui sera diffusé en avril sur la BBC, dit que c’est à cause d’un dénigrement continu du scots. Nombreux sont ceux qui considèrent encore le scots comme du mauvais anglais ou de l’argot, bien que de grands auteurs écossais, comme le poète Robert Burns, ou plus récemment le romancier Irvine Welsh, l’utilisent dans leurs œuvres. « La classe moyenne a démonisé le scots, en disant que c’était la langue des gens peu éduqués. C’était pour empêcher la classe ouvrière d’accéder à la vie publique. Par conséquent, les ouvriers ont cessé de parler scots avec leurs enfants par peur qu’ils ne puissent pas évoluer dans leur vie. Il y a encore cette gêne en Écosse, mais pas partout. Ici, vers Aberdeen, ce n’est pas du tout un problème. »

Comment enrayer le déclin ? 

Aujourd’hui, le gaélique écossais a un statut : en 2005, le Parlement écossais a voté une loi pour institutionnaliser la promotion et la protection de la langue. Certaines écoles, mais elles sont peu nombreuses, l’enseignent, et la langue est plus visible au quotidien. On a plus de chances de l’entendre dans les Highlands et dans les archipels de l’ouest du pays. Mais en conduisant ou en prenant le train, on peut voir des panneaux bilingues gaélique et anglais. La pop culture et l’arrivée du gaélique sur Duolingo ont aidé à la visibilisation : déjà 127.000 personnes ont commencé le cours sur l’application qui compte 300 millions d’utilisateurs dans le monde entier. Mais cela suffira-t-il à la sauver ? Pour Wilson McLeod, « Duolingo est un buzz, mais cela n’aura pas tant d’impact dans le long terme. Convertir les utilisateurs en des locuteurs compétents sera un grand défi ». Mais à Bòrd na Gàidhlig, on est ravi : « On a besoin qu’un maximum de gens différents parle gaélique dans un maximum de lieux et de situations différentes », argumente Shona McLennan.

Pour Alistair Heather, le problème du gaélique est qu’il y a certes beaucoup de travail pour attirer de nouveaux apprenants, mais pas assez de soutien pour les locuteurs natifs. « Le nombre de gaélophones à Stornoway (dans les Hébrides extérieures) baisse sans cesse. Duolingo est super, mais ce n’est pas la solution pour que les langues prospèrent », regrette-t-il.

Dans le cas du scots, la plus grande langue minoritaire du Royaume-Uni, il faut formaliser son apprentissage en lui donnant un statut. Selon Alistair Heather, c’est ce qui encouragera les aînés à transmettre la langue aux futures générations.

Réémergence culturelle de l’Écosse

Cependant, il regrette que le gouvernement actuel, mené par le SNP (indépendantiste) dont il est membre, n’ait rien fait en faveur du scots, et trop peu pour le gaélique. Preuve que la défense des langues indigènes de l’Écosse n’a rien à voir avec des idéologies politiques. « C’est un gouvernement conservateur britannique qui a financé en premier la radio et la télévision en gaélique, puis une coalition travailliste et libérale-démocrate au niveau écossais qui a donné un statut à la langue en 2005 », explique Shonna McLennan. Pour elle, c’est parce que tout le monde s’accorde sur le fait que le gaélique est un atout culturel et économique pour le pays, et « la fierté par rapport au gaélique reflète la confiance et la maturité de l’Écosse ». C’est en cela, selon Wilson McLeod, que leur défense est politique. « Historiquement, l’idée que la différence culturelle de l’Écosse est politiquement menaçante pour l’intégrité du Royaume-Uni n’était pas une idée répandue. On pouvait être unioniste et promouvoir la culture écossaise sans que ce soit contradictoire ».

Alors que l’Écosse mène depuis les années 1970 une réflexion profonde sur son identité, son histoire et sa culture, Alistair Heather pense que le pays est à un tournant : « On assiste à la réémergence de l’Écosse en tant qu’entité culturelle », se réjouit-il, « et nous redécouvrons qui nous sommes aujourd’hui. » 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.