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L’Ukraine ravagée par des incendies, au-delà de Tchernobyl

Un compteur Geiger mesure le niveau de rayonnement sur un site d'incendie dans la zone d'exclusion autour de la centrale nucléaire de Tchernobyl, à l'extérieur du village de Rahivka, en Ukraine, le 5 avril 2020.
Un compteur Geiger mesure le niveau de rayonnement sur un site d'incendie dans la zone d'exclusion autour de la centrale nucléaire de Tchernobyl, à l'extérieur du village de Rahivka, en Ukraine, le 5 avril 2020. REUTERS/Yaroslav Yemelianenko
Texte par : Sébastien Gobert
6 mn

100 hectares de la zone d’exclusion de Tchernobyl sont partis en fumée depuis le 4 avril, provoquant une hausse de la radiation. Celle-ci reste néanmoins à un niveau sans dangerosité pour l’homme. Les 27 000 foyers d’incendie qui ont ravagé 20 000 hectares de terrain en Ukraine sont malgré tout très préoccupants.

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De notre correspondant à Kiev,

L’information a fait le tour du monde. Depuis le 4 avril, un feu ravage la forêt de la zone d’exclusion autour de la centrale de Tchernobyl, dans le nord de l’Ukraine. 100 hectares de végétation sont partis en fumée. Au centre de la fournaise, le niveau de radiation s’est élevé de 0,14 millisieverts à 2,3 millisieverts, comme le rapportait Yehor Firsov, chef du service d’inspection écologique. Soit une hausse de 16 fois la norme.

Dans les dépêches de presse et les commentaires sur les réseaux sociaux, l’annonce de cette aggravation du rayonnement hérité de la catastrophe nucléaire de 1986 provoque inquiétude et fatalisme, dans un contexte où l’opinion publique est déjà éprouvée par les mesures de confinement visant à lutter contre le coronavirus. L'Institut de radioprotection et sûreté nucléaire français (IRSN) avertit qu’un « tel évènement peut conduire à la remise en suspension de césium 137 dans l’air ».

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Effectivement, le centre ukrainien pour la sûreté nucléaire recense une augmentation du césium 137 dans la capitale Kiev, tout en précisant que la concentration reste « 100 fois inférieure à la norme acceptable ». De même, les 2,3 millisieverts détectés au centre de l’incendie équivalent à la dose reçue lors d’un scanner médical du cerveau. Un scanner corporel administre à lui seul une dose de 10 millisieverts.

Dans son ouvrage Le crime de Tchernobyl, Vladimir Tcherkov avertit avec raison que ces comparaisons correspondent à une échelle de valeur déterminée artificiellement. « La norme de la vie, c’est zéro radionucléide artificiel dans l’organisme humain », précise-t-il. Toujours est-il qu’en vertu de cette classification, l’élévation de la radiation causée par l’incendie du 4 avril ne représente pas de danger particulier pour l’homme. À titre de comparaison, les milliers de personnes évacuées de la zone d’exclusion en 1986 ont été exposés à des rayonnements de 350 millisieverts. Malgré de multiples complications de santé désormais bien identifiées, la plupart d’entre elles sont encore vivantes de nos jours.

Les pompiers travaillent sans relâche

Plus de 250 pompiers, 3 avions et 3 hélicoptères ont été mobilisés pour maîtriser le feu autour de Tchernobyl. Au 10 avril, les flammes restent actives sur une dizaine d’hectares. La situation n’en reste pas moins dramatique en Ukraine. Tchernobyl n’est que l’un des 27 000 foyers d’incendie qui ont été recensés à travers le pays au cours des dix derniers jours, selon le ministère des situations d’urgence. Plus de 20 000 hectares sont déjà partis en fumée. Le système en ligne, Fire Information for Resource Management System (Firms), utilisé pour le repérage des feux sur la planète grâce à des satellites de la NASA, confirme l’embrasement généralisé du territoire ukrainien ces derniers jours.

La plupart de ces brasiers sont dus à des particuliers qui brûlent des feuilles mortes, de l'herbe et des détritus. Une pratique traditionnelle qui provoque de graves feux de steppes, prairies et forêts chaque année. Dans la zone d’exclusion de Tchernobyl, c’est un jeune homme de 27 ans, appréhendé par la police, qui a enflammé de l’herbe et des poubelles en trois endroits différents « pour s’amuser ». Dans l’Ukraine agraire, les feux nuisent non seulement à la faune et à la flore, mais aussi à la fertilité des sols. La pratique des « feux de jardin » a aussi été utilisée pour faciliter la disparition de bois précieux et son exportation par des contrebandiers.

La pollution atmosphérique est l’un des problèmes majeurs causés par ces incendies. Le 7 avril, Kiev était la ville la plus polluée au monde en termes de qualité de l’air, selon IQair.com. Le 8 avril, elle était encore 5e du classement. À l’ouest de l’Ukraine, c’est une décharge à ciel ouvert de la ville de Lviv qui a été réduite en cendres, dégradant encore plus la qualité de l’air.

À Tchernobyl même, l’enjeu n’est donc pas la propagation de la radiation, mais « la destruction d’un patrimoine inestimable », selon la guide touristique Olena Gnes. Comme le note l’IRSN français dans son communiqué, l’incendie de la zone d’exclusion « s’est déjà produit par le passé ». D’année en année, c’est « notre musée à ciel ouvert qui brûle, nos archives, notre histoire », se désole Olena Gnes. Une catastrophe qui remet en cause l’ambition du président Volodymyr Zelenskyy de faire de la zone d’exclusion de Tchernobyl un « aimant à chercheurs et à touristes ».

Dans le viseur des critiques, l’inefficacité, voire la complicité des autorités depuis des années. L’amende infligée pour un début de feu est d’un montant de 85 hryvnias (environ 2,8 euros). Souvent, elle n’est même pas payée à cause de la complaisance des forces de l’ordre au niveau local. Face à l’étendue des incendies en 2020, le Premier ministre Denys Shmygal a proposé d’augmenter cette amende à 6 000 hryvnias (environ 200 euros). Pour Roman Sushchenko, journaliste ukrainien anciennement basé à Paris avant d’être emprisonné en Russie pendant trois ans, c’est très insuffisant. « Pendant que le gouvernement propose, la terre brûle. »

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