Coronavirus: l’état du monde face à la pandémie mercredi 15 avril

Dans une rue de Madrid, le 15 avril 2020. L'Espagne est le troisième pays le plus endeuillé du monde derrière les États-Unis et l'Italie.
Dans une rue de Madrid, le 15 avril 2020. L'Espagne est le troisième pays le plus endeuillé du monde derrière les États-Unis et l'Italie. REUTERS/Sergio Perez

Le nombre officiel de contaminations au Covid-19 dans le monde a franchi la barre des deux millions. Alors que les États-Unis enregistrent le pire bilan, avec plus de 2 200 morts en 24 heures, le président américain coupe les vivres à l'OMS qu'il accuse de « mauvaise gestion ». En Europe, où la pandémie ralentit légèrement, le Danemark est devenu le premier pays à rouvrir ses écoles.

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L'épidémie de coronavirus en France a fait au moins 17 167 morts depuis début mars, dont 10 643 à l'hôpital, selon le bilan officiel établi mercredi soir par le directeur général de la Santé, Jérôme Salomon. Un total de 6 524 personnes malades du Covid-19 sont décédées dans des Ehpad (établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes) et autres établissements médico-sociaux depuis le début de l'épidémie, des chiffres en forte hausse sur les dernières 24 heures, mais liés à un « rattrapage » dans les remontées de données, a souligné le Pr Salomon.

Afin de remercier le personnel soignant en première ligne contre le coronavirus, le Premier ministre Édouard Philippe a annoncé le versement d'une prime de 1 500 euros pour tous les personnels des services de santé qui gèrent la crise du Covid-19 dans les départements les plus touchés ainsi que des services ayant accueilli des patients Covid-19 dans les départements les moins touchés. Les autres personnels de santé recevront une prime de 500 euros, « nettes de tout », c'est-à-dire exemptes de charges et d'impôts.

Dire que les uns seraient plus méritants que les autres choque tout le monde...

Thierry Amouroux, porte-parole du syndicat des infirmiers.

Réouvertures timides en Europe

Ailleurs en Europe, le déconfinement s’enclenche timidement. Au Danemark, l’heure est aux retrouvailles dans les écoles : près de la moitié des écoliers du petit royaume scandinave ont été invités à revenir en classe. Les salles ont été aménagées pour offrir une distance de deux mètres entre les tables. Une reprise jugée prématurée par certains parents, pour qui un « enfant n'est pas un lapin de laboratoire ».

En Allemagne, après quatre jours de baisse, le nombre de nouvelles contaminations est reparti à la hausse. Selon les données de l’Institut Robert Koch, le pays a enregistré 2 486 cas supplémentaires. Le nombre de morts est en hausse de 285 pour un total de 3 254 depuis le début de la pandémie. En dépit de ce rebond, la chancelière Angela Merkel s’apprête à annoncer un déconfinement progressif à partir du 4 mai. Les écoles et lycées doivent au moins partiellement rouvrir à partir de cette date, les magasins d'une surface inférieure à 800 mètres carrés pourront à nouveau accueillir des clients.

Alors que la Belgique a annoncé la prolongation de ses mesures de confinement jusqu’au 3 mai, l’Italie – à l’arrêt depuis un mois - a autorisé des réouvertures localisées et très limitées de certains commerces. Mais de nombreuses régions ont pris des arrêtés prolongeant la fermeture des librairies, notamment celles de Rome, Turin, Naples et Milan, régions qui représentent plus de 40% de la population.

L'Espagne, le troisième pays le plus endeuillé du monde derrière les États-Unis et l'Italie, a recensé ce mercredi 523 morts, un chiffre en baisse. Le nombre de nouveaux cas confirmés en 24 heures a en revanche connu un rebond à plus de 5 000 après six jours consécutifs de baisse. Les autorités estiment que le pic de la pandémie a été franchi, mais mettent en garde la population contre tout risque de relâchement.

Le Royaume-Uni ne voit pas encore le bout du tunnel : le ministère de la Santé a dénombré ce mercredi 761 morts supplémentaires à l'hôpital, un bilan en léger baisse par rapport à la veille (+778 morts). Le nombre total de victimes du Covid-19 est de 12 868 dans le pays. Alors que l’épidémie semble loin d’être sous contrôle, l'opposition réclame une stratégie de sortie du confinement. Trop tôt, a répondu une source gouvernementale : « Parler d'une stratégie de sortie avant que nous n'atteignions le pic risque de brouiller le message crucial qui est que les gens doivent rester chez eux afin de protéger notre service public de santé et de sauver des vies ».

La Lituanie, de son côté, s’engage déjà sur la voie du déconfinement, l'expliquant par le besoin de soutenir son économie. À partir de ce jeudi matin, les magasins ayant une entrée directe de l'extérieur pourront rouvrir, tout comme des ateliers de réparation ou les blanchisseries, à condition que le contact direct avec le client ne dépasse pas 20 minutes. En revanche, les magasins non alimentaires dans les galeries commerciales, les clubs de sport et les restaurants resteront fermés jusqu'à nouvel ordre.

Conférence des donateurs pour un vaccin

Un vaccin, c’est la meilleure solution pour vaincre le coronavirus. La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, en est convaincue et s’apprête donc à organiser une conférence des donateurs en ligne, le 4 mai. Un vaccin est « notre meilleure chance collective de vaincre le virus », a expliqué Mme von der Leyen, qui appelle de ses vœux une coordination européenne du déconfinement.

Quelle seront les conséquences économiques si la crise se poursuit pendant des mois, voire des années ? Le FMI, qui l’avait déjà comparée à celle de 1929, table sur une contraction de 3% du PIB mondial cette année. Les pays du G20 ont par ailleurs décidé de suspendre la dette des pays les plus pauvres pour une période de 12 mois afin de les aider à traverser la crise liée à la pandémie du coronavirus.

Dans ce contexte morose, le président français Emmanuel Macron, dans une interview exclusive accordée à RFI, a jugé « indispensable » un moratoire sur la dette des pays africains pour aider le continent à traverser la crise. « Nous devons la solidarité à l’Afrique », a-t-il dit sur notre antenne.

Les États-Unis suspendent leur contribution à l’OMS

Faisant cavalier seul, le président américain Donald Trump a mis à exécution sa menace de suspendre la contribution américaine à l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Les États-Unis, premiers bailleurs avec plus de 400 millions de dollars par an, vont arrêter de la financer, le temps d'évaluer son rôle « dans la mauvaise gestion et la dissimulation de la propagation du coronavirus », a déclaré le président américain. Il reproche à l'agence de l'ONU d’avoir agi sous la pression de la Chine que Washington accuse d'avoir initialement caché la gravité du virus.

Les réactions à ce coup de tonnerre ne se sont pas fait attendre. Sans pointer directement du doigt Donald Trump, le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a déclaré que ce n'était « pas le moment de réduire le financement des opérations » de l'OMS, « absolument essentielles aux efforts du monde pour gagner la guerre contre le Covid-19 ». Il sera toujours temps d'étudier par la suite « comment ont réagi tous ceux qui ont été impliqués dans la crise », a estimé Antonio Guterres dans un communiqué.

La France « regrette » la décision du président Trump

La France « regrette » la décision du président Trump et espère un « retour rapide à la normale ». L'Allemagne, de son côté, estime que « blâmer n'aide pas » en cette période où « une étroite collaboration » entre pays est nécessaire. Pékin exhorte les États-Unis à « assumer sérieusement leurs responsabilités et obligations, et à soutenir l'action internationale contre l'épidémie menée par l'OMS ».

Au cœur de cette polémique, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a d’abord réagi via son compte Twitter. « Il n'y a pas de temps à perdre », a-t-il écrit, tout en soulignant que la « la seule préoccupation de l'OMS est d'aider tous les peuples à sauver des vies ». Lors d’une conférence de presse, il a ensuite dit « regretter » la décision des États-Unis.

En pleine pandémie planétaire, les électeurs se sont rendus aux urnes en Corée du Sud pour participer aux législatives, le visage masqué et les mains gantées. À en croire les sondages, le président de centre gauche Moon Jae-in a été plébiscité pour sa bonne gestion de la crise du coronavirus. Signe de l'optimisme, la participation n'a jamais été aussi haute lors des législatives depuis vingt ans.

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