Accéder au contenu principal

En Russie, des manifestations virtuelles contre le coronavirus

Un affiche met en garde ceux qui ne respecteraient pas le confinement, à Saint Petersbourg, le 22 avril 2020.
Un affiche met en garde ceux qui ne respecteraient pas le confinement, à Saint Petersbourg, le 22 avril 2020. Olga MALTSEVA / AFP
5 mn

Une nouvelle forme de contestation est née ces derniers jours en Russie. Pour dénoncer les conditions du confinement, des internautes ont inondé de messages politiques le site de géolocalisation le plus populaire du pays.

Publicité

De notre correspondant à Moscou,

Tout a démarré ce lundi 20 avril à Rostov-sur-le-Don, dans le sud du pays. Une série de cafouillages sur la délivrance de laissez-passer provoque la colère des habitants, qui écrivent alors des messages rageurs sur le site Yandex Maps, l’équivalent russe de Google Maps. Très populaire en Russie, ce site de cartographie permet, en temps normal, de laisser des commentaires sur l’état du trafic, pour signaler les embouteillages ou les accidents… Cette fois, les internautes détournent le service pour exprimer leur mécontentement. Des dizaines, puis des centaines de messages sont publiés sur la carte de la ville, tous géolocalisés dans le quartier où se trouvent les autorités régionales.

Le mouvement, spontané, fait boule de neige dans tout le pays, sans doute en raison de l’effet accélérateur des réseaux sociaux. Plusieurs grandes villes suivent le mouvement : Saint-Pétersbourg dans le Nord, Ekaterinbourg dans l’Oural, Krasnoïarsk en Sibérie, et bien sûr Moscou la capitale, où les messages se sont concentrés comme il se doit aux alentours du Kremlin, avec des slogans de plus en plus politiques.

« Donnez-nous de quoi nourrir nos enfants, et nous resterons à la maison ! »

À l’origine, la manifestation virtuelle de Rostov-sur-le-Don dénonçait les conditions d’obtention des laissez-passer permettant d’aller travailler. Mais à mesure que le mouvement s’étend au reste du pays, les revendications visent le régime de confinement dans son ensemble, et l’inertie des autorités face à ses conséquences économiques – pour les petites entreprises, et pour les particuliers privés de revenus.

►À lire aussi : Coronavirus, l'adversaire qui désarme Vladimir Poutine

Certains demandent l’assouplissement du confinement, d’autres son abandon pur et simple. D’autres encore réclament l’instauration de l’état d’urgence pour obliger l’État et les compagnies d’assurance à venir en aide aux entreprises et aux particuliers « sinistrés ». Car, au cœur de cette mobilisation virtuelle, il y a la détresse sociale suscitée en Russie par le confinement. Un slogan relevé par la presse russe résume parfaitement la situation : « Donnez-nous de quoi nourrir nos enfants, et nous resterons à la maison ! ». Les manifestants reprochent aux autorités non pas de ne pas lutter contre la maladie, mais de ne pas en faire suffisamment contre ses conséquences économiques et sociales, tout aussi dévastatrices à leurs yeux.  

Mobilisation inédite

Difficile de mesurer la mobilisation de cette manifestation virtuelle, totalement inédite en Russie – et peut-être aussi dans le monde. Yandex n’a donné aucun chiffre et s’est employé à effacer les messages à mesure qu’ils apparaissaient, se justifiant par la nécessité de maintenir les fonctionnalités du site en état de marche, et ajoutant que les messages à caractère politique n’y avaient pas leur place. Le journal Kommersant a quant à lui tenté d’évaluer le nombre de messages laissés sur le site à Moscou, les estimant à 40 par minutes au plus fort de la mobilisation. Pour le quotidien, cinq mille personnes ont pu participer à 17h à la manifestation moscovite.  Le groupe Yandex a ensuite édicté de nouvelles règles pour éviter que ne se répète ce type de mobilisation : désormais, les messages ne peuvent être laissés qu’à l’endroit où l’utilisateur se trouve au moment où il écrit.

Fin de l’histoire ? Peut-être pas, car déjà d’autres appels à manifester « virtuellement » ont été lancés. Cette fois, il s’agit d’opposants politiques à Vladimir Poutine, qui se sont donnés rendez-vous mardi 28 avril sur la plate-forme vidéo YouTube. Un meeting virtuel qui prendra une forme plus traditionnelle, avec des prises de parole de plusieurs minutes. Mais les organisateurs demandent également aux internautes de leur envoyer des « banderoles virtuelles », des messages qui seront publiés sur le site au cours de la « manifestation ». Mot d’ordre des organisateurs, relayé sur les réseaux sociaux : demander une aide financière directe du gouvernement pour les personnes privées de revenus en raison du coronavirus. Une forme nouvelle de contestation est peut-être en train de naître en Russie, dans les conditions très particulières du confinement

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.