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Allemagne: le coronavirus joue les trouble-fêtes dans la succession d'Angela Merkel

Armin Laschet (g.) et Markus Söder (d.) lors d'un meeting pour les élections européennes à Muenster, le 27 avril 2019.
Armin Laschet (g.) et Markus Söder (d.) lors d'un meeting pour les élections européennes à Muenster, le 27 avril 2019. Tobias SCHWARZ / AFP
7 mn

Avec plus de140 000 cas recensés, l'Allemagne est l'un des pays les plus touchés par le coronavirus. Les mesures restrictives adoptées sont largement acceptées et suivies et permet au pays de s'en tirer mieux que d'autres, mais le fédéralisme allemand laisse la place à des stratégies régionales plus ou moins strictes, derrière lesquelles les ambitions à moyen terme des ministres-présidents transparaissent. 

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De notre correspondant à Berlin,

Interrogés sur leur stratégie respective, Markus Söder, le ministre-président de la Bavière et son homologue de Rhénanie du Nord-Westphalie, Armin Laschet ne manquent jamais de mentionner leur bonne entente. Mais au détour d’une phrase une petite flèche est décochée. Quand le ministre-président bavarois déclare : « Nous ne voulons pas de sortie de crise incontrôlée », on peut se demander s'il ne vise pas sans le dire son homologue de Rhénanie du Nord-Westphalie. Armin Laschet n’est pas en reste : « Pour nous, la solution ne consiste pas à adopter les mesures les plus restrictives mais les meilleures pour protéger la population », a-t-il lancé. Faut-il en conclure que son homologue bavarois prendrait d’amblée les décisions les plus radicales et les plus médiatiques pour séduire son électorat ?

Les deux hommes sont, à côté d’Angela Merkel, et bien sûr du ministre de la Santé Jens Spahn (CDU), les patrons de région les plus présents dans la lutte contre la pandémie. Fédéralisme oblige, les Länder jouent un rôle essentiel et disposent de marges de manœuvre pour décider sur le terrain des mesures de précaution à prendre.

L’éducation est une compétence traditionnelle des régions en Allemagne. Elles décident des programmes et de leurs contenus et actuellement des conséquences d’une réouverture progressive des écoles à partir du 4 mai. Des décisions importantes, ces dernières semaines, ont été prises après une conférence commune entre la chancelière et les seize patrons de région.

Les responsables des deux plus grands Länder allemands

Si Armin Laschet et  Markus Söder sont aussi présents dans la lutte contre la pandémie, c’est parce que leurs Länder sont les plus frappés avec 45% des cas recensés en Allemagne. Ces deux régions sont par ailleurs les deux plus grandes du pays.

Les deux responsables politiques conservateurs n’avaient pas jusqu’à récemment de litiges particuliers. Mais face à l’accueil de nombreux réfugiés en Allemagne en 2015, ils se situaient déjà dans deux camps. Armin Laschet, soutien indéfectible d’Angela Merkel, a défendu sans nuances la politique de la chancelière. Markus Söder, qui n’était pas à l’époque encore le ministre-président de la Bavière et le patron du parti conservateur CSU, a vivement critiqué la politique de Berlin.

Deux hommes, deux stratégies

Face à la pandémie de coronavirus, les deux hommes défendent à nouveau deux stratégies différentes. Markus Söder est depuis le départ partisan d’une ligne dure inspirée du confinement strict pratiqué en France mais il n’a pu imposer sa ligne auprès de ses collègues. Soucieuse comme souvent de prouver que la Bavière est la meilleure élève de la classe, la région veut montrer qu’elle n’hésite pas à prendre des mesures strictes voire impopulaires tandis que d’autres temporiseraient.

La stratégie de Markus Söder est en tout cas appréciée sur ses terres où elle est approuvée par 94% des Bavarois, un résultat quasi-nord-coréen jamais enregistré depuis la guerre en Allemagne. Son parti, l’Union chrétienne-sociale (CSU) gagne 11 points dans les sondages par rapport aux dernières élections régionales et séduit désormais 50% des électeurs. Markus Söder a l’image du décideur qui tranche dans le vif, ne tergiverse pas ; ses talents rhétoriques et médiatiques sont indéniables.

Armin Laschet s’est lui opposé fermement à un confinement pur et dur ; il s’est battu pour que les frontières avec les pays voisins de sa région, la Belgique et les Pays-Bas, restent ouvertes alors que des contrôles ont été réintroduits ailleurs. Le ministre-président de Rhénanie du Nord-Westphalie critique les effets négatifs des mesures actuelles, pour les personnes mais aussi pour l’économie, et plaide pour un assouplissement des restrictions plus large et plus rapide que d’autres.

Lors des discussions de la semaine dernière sur la réouverture de certains magasins à compter de cette semaine, Armin Laschet a arraché à ses homologues qu’elle s’applique pour les commerces de moins de 800 mètres carrés. Une mesure trop généreuse et risquée pour la Bavière qui l’appliquera d’ailleurs seulement la semaine prochaine et de façon plus stricte.

Armin Laschet avait aussi réussi à convaincre la majorité des autres régions qu’un confinement strict, comme préconisé par la Bavière, n’était pas la bonne solution. Malgré ces succès, le chrétien-démocrate est sur la défensive. Les inquiétudes exprimées par Angela Merkel sur de nombreuses déclarations, ces derniers jours, sur la sortie du confinement qui pourrait nuire aux bons résultats enregistrés jusqu’à présent par l’Allemagne dans la lutte contre le virus, peuvent aussi être comprises comme une critique voilée contre son fidèle.

Une bataille pour la succession de Merkel ?

Les deux hommes, Armin Laschet comme Markus Söder, incarnent deux stratégies dans la lutte contre la pandémie, deux styles aussi. Ils déclarent bien sûr que seul ce combat de tous les instants les occupent actuellement. Mais cette rivalité n’est pas totalement anodine à un an et demi des prochaines élections générales et du retrait politique d’Angela Merkel.

À la CDU, la campagne entre les prétendants pour la direction du parti (et indirectement pour la course à la chancellerie) a été mise en sourdine. Après le renoncement d’Annegret Kramp-Karrenbauer en février, un congrès extraordinaire à la fin de cette semaine devait trancher cette question. Il a été annulé. Armin Laschet est en lice, en équipe avec le ministre de la Santé Jens Spahn, omniprésent actuellement. Les deux hommes associent ainsi les ailes centriste et plus conservatrice de la CDU.

Face à eux, Friedrich Merz, rival historique d’Angela Merkel, battu de peu en décembre 2018 par Annegret Kramp-Karrenbauer. Ce conservateur qui a quitté le monde politique n’a plus aujourd’hui que les réseaux sociaux et quelques interviews pour faire parler de lui. Le président de la commission des Affaires étrangères du Bundestag, Norbert Röttgen, fait depuis le départ figure de figurant.

Le duo Laschet-Spahn était favori avant le début de la pandémie. Aujourd’hui, cette crise sans précédent, qui va sans doute dominer la vie politique allemande jusqu’aux élections de septembre 2021, rebat les cartes. Ceux qui dans quelques mois auront, par leur action contre le virus, marqué des points politiquement pourront en encaisser les dividendes.

Si la désignation du président ou de la présidente de la CDU ne revient qu’à cette dernière, le candidat à la chancellerie du bloc conservateur est le fruit d’un accord entre les deux partis qui le composent, les chrétiens-démocrates et leurs alliés bavarois de la CSU. Cette dernière a eu dans le passé deux candidats à la chancellerie qui ont échoué. Markus Söder ne cesse de répéter que son avenir est en Bavière et pas ailleurs. Mais la crise actuelle, à l’issue incertaine dans tous les domaines, ne permet d’exclure aucune hypothèse.

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