Coronavirus: en Autriche, pourquoi l'application de traçage numérique est saluée par les ONG

En Autriche, les supermarchés ont rouvert le 14 avril 2020 après un confinement instauré par le gouvernement pour lutter contre le coronavirus.
En Autriche, les supermarchés ont rouvert le 14 avril 2020 après un confinement instauré par le gouvernement pour lutter contre le coronavirus. Erich SPIESS / EXPA / APA / AFP

Elle fait encore débat en France, mais elle déjà été lancé en Autriche depuis un mois : l'application de traçage numérique à installer sur nos smartphones est présentée comme une aide utile pour lutter contre la propagation du coronavirus, notamment après le déconfinement. Mais alors que ces applis sont encore au stade de projet dans la plupart des Etats européens, l’Autriche fait figure de pionnier. Le pays a lancé son application il y a déjà un mois...

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De notre correspondante à Vienne,

L'application s’appelle « Stopp Corona ». En Autriche, elle est gérée par la Croix Rouge et développée par l’entreprise Accenture. Elle n’est pas obligatoire mais compte déjà 400 000 utilisateurs réguliers.

Comment fonctionne-t-elle ? Une fois installée sur le smartphone, l'application recense les contacts de l'utilisateur avec d’autres personnes. S'il est infecté, il le signale sur l’application qui va ensuite envoyer un message à tous ceux avec lesquels il été en contact les deux derniers jours pour les prévenir qu’ils ont fréquenté une personne infectée, tout en préservant son anonymat. Les personnes contactées pourront alors s’isoler ou appeler un médecin.

Données personnelles protégées

Cependant, une telle application, suscite des craintes sur la protection des données. C’est pourquoi plusieurs ONG spécialisées ont pu l’étudier et ont rendu leur rapport la semaine dernière. Parmi elles, l’ONG de Max Schrems, juriste mondialement connu pour son combat pour le respect de la vie privée des internautes. Et le constat est globalement positif.

Pourquoi ? Parce qu’avec cette application, la communication entre téléphones passe par un serveur centralisé mais - point important - les données personnelles de chaque utilisateur ne sont jamais stockées ailleurs que sur son téléphone.

Les organisations ont formulé 25 recommandations, dont 16 ont déjà été mises en œuvre par les développeurs. Au mois de mai, l’application devrait évoluer vers une nouvelle architecture qui correspond au protocole appelé DP-3T, c’est-à-dire la meilleure option connue aujourd’hui, selon Max Schrems. Ce dernier dit même que l’application autrichienne serait ainsi la plus respectueuse de la vie privée qu’il ait sur son téléphone.

Un modèle pour les autres pays ?

« Stopp Corona » pourrait donc inspirer d’autres pays européens. Le code source de l’application a d’ailleurs été rendu public afin d’inspirer d’autres Etats. L'Autriche peut être l’exemple d’une application dite décentralisée, c’est-à-dire respectueuse de nos données, selon Max Schrems.

« Nous apportons notre aide pour générer un modèle que d’autres pourront suivre, soutient le juriste. Car si les gens ne font pas confiance à cette technologie, cela ne fonctionnera pas. Nous avons besoin qu’une large partie de la population installe l’application et un des seuls moyens pour construire cette confiance, c’est d’avoir une approche décentralisée et dire aux gens : "Vos données resteront dans votre poche". »

Les spécialistes estiment en effet que pour être efficace, l’application doit être utilisée par 60 % de la population. Un chiffre qui sera très difficile à atteindre. Il est donc important, selon Max Schrems, que le public fasse confiance à l’application afin que celle-ci soit largement diffusée.

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