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Série: paroles d'infirmiers

Isabelle, infirmière en Belgique: «Je ne changerai de métier pour rien au monde»

Le CHU de Dinant, Belgique.
Le CHU de Dinant, Belgique. Archives personnelles d'Isabelle N

Les infirmiers sont en première ligne face au coronavirus. De l'Europe en Amérique en passant par l'Afrique et le Moyen-Orient, RFI leur donne la parole. En Belgique,Isabelle N. a passé une semaine dans la section Covid-19 de l’hôpital où elle travaille, le Centre hospitalier universitaire (CHU) de Dinant, une localité de Wallonie proche de la frontière avec la France.

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En mars, lors des premières semaines de la pandémie en Belgique, l’équipe du CHU de Dinant dans laquelle travaille Isabelle N. a tâtonné, comme tout le monde. « Nous surveillons toutes sortes de symptômes : en plus de ceux de la maladie, ceux des traitements, avec des suivis particuliers pour les patients ayant des effets secondaires différents ». Au début, cette infirmière belge se souvient des hésitations sur les dosages du protocole du Dr Didier Raoult, Plaquenil et Azithromycine, administré par son CHU. « Ce traitement marche très bien, nous avons vu beaucoup de gens se rétablir, et d’autres non, avec des effets secondaires que nous avons découverts au fur et à mesure. Nous n’avons eu que sept morts à Dinan, qui reste un petit hôpital de campagne. Tous avaient plus de 80 ans ».

Un stress certain s’est installé, en raison des mesures de protection à prendre. « Pour la première fois, il a fallu s’habiller de la tête aux pieds et apprendre à se déshabiller sans s’en mettre sur le visage et dans les yeux. On a pris le pli ». Plusieurs de ses collègues ont été infectées et ont dû rester chez elles, sans suites dramatiques.  

Pas de dépistage pour le personnel soignant 

Une douche à l’hôpital, une autre en rentrant à la maison, c’est le quotidien pour Isabelle N., qui se couche tôt après une journée de travail. Elle n’a pas peur pour elle, mais pour ses proches, inquiète de leur transmettre le virus à son insu. Elle a décidé que son fils de deux ans et demi porterait un masque, comme elle, hors du foyer. « Je ne suis sortie que pour faire de petites courses, mais j’avais peur de transmettre le virus parce qu’on ne nous dépiste pas, même si l’on sait qu’on peut être porteur sain. La politique a été de dire :  Tant que vous n’avez pas de symptômes, on ne vous fait pas de frottis . ».

Aussi, vit-elle dans la peur d’avoir transmis le virus à son fils, qui pourrait contaminer d’autres personnes dans la famille. « Ne pas faire de câlin avec un petit, c’est compliqué… Je trouve qu’on devrait dépister les soignants qui ont été en contact avec des patients Covid-19, comme c’est le cas en Allemagne, où le dépistage est gratuit pour tout le monde. En Belgique, je ne sais pas ce qu'ils attendent. »  

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Ni gant ni masques en maison de repos jusqu’au 3 avril  

Son point de vue est tout aussi clair sur la situation belge, dramatique, le pays ayant franchi le 29 avril la barre des 7 500 morts pour 11 millions d’habitants, soit le plus fort taux de mortalité au monde, rapporté à la taille de la population (650 morts par million d’habitants, contre 353 en France, 179 aux Éats-Unis, 76 en Allemagne, 12,5 en Grèce et moins de 5 au Maroc). Plus de la moitié des patients qui décèdent se trouvent en maison de repos, le nom donné aux maisons de retraite médicalisées pour les seniors en Belgique. Ce n’est que depuis le 10 avril que les tests de dépistages se sont généralisés dans ces maisons (à hauteur de 95 236 au 28 avril), devenus de tels foyers épidémiques que l’armée a dû intervenir dans certaines pour pallier au personnel soignant, soit malade, soit décédé.  

« Dans les maisons de repos, la situation aurait dû être prise beaucoup plus au sérieux, estime Isabelle N. Chez nous, 8 patients sur 20 viennent de la maison de repos d’à côté, la moitié de l’étage est rempli ! Certains infirmiers du CHU ont dû aller apporter de l’aide là-bas, mais il n’y avait aucune mesure de protection : pas de gants, pas de masques, et ce jusqu’au vendredi d’avant le week-end de Pâques ».  

Accompagnement dans la mort par soins palliatifs  

Les personnes âgées contaminées par le coronavirus ont été transférées à l’hôpital, où elles n’ont pas toutes été intubées au-delà de 80 ans. « Les familles nous avaient dit de ne pas nous acharner. Les patients et les familles ont le droit en Belgique de le faire savoir, ils signent un papier et on laisse confortablement partir le patient avec des anti-douleur. Nous avons fait des soins de confort, sans les mettre sous respirateur à leur âge. Intuber quelqu’un de 86 ans, ce n’est pas possible, à cause des séquelles : la fonte musculaire et une difficulté à récupérer au niveau respiratoire, ou à sortir du coma dans lequel on place les malades pour respirer. C’est triste à dire, mais c’est moins long si on n’intube pas et si on accompagne avec les soins palliatifs ».  

Autre problème depuis dix jours : le CHU ayant annulé les consultations et autres rendez-vous jusqu’au 13 mai pour les autres pathologies, l’hôpital est « à moitié vide et nous sommes maintenant en chômage technique, payés seulement 70 % de notre salaire, dont le total dans mon cas s’élève à 1800 euros nets ». Isabelle N. le vit comme une injustice, dans la mesure où d’autres fonctionnaires n’ayant pas été sur la ligne du front sanitaire ni au contact des patients touchent au contraire l’intégralité de leurs salaires.  

Isabelle N. n’a aucun regret. Elle a choisi son métier un peu par hasard, en suivant une amie à l’école d’infirmière. « J’ai tout de suite accroché et je ne changerai de métier pour rien au monde », dit-elle. Ce qui la fait tenir ? « La reconnaissance du patient, voir des gens dits condamnés sortir de l’hôpital six semaines plus tard.  Aussi, le travail d’équipe. Il y a les médecins, le kiné, l’anesthésiste. Chacun apporte sa graine pour permettre au patient d’évoluer ». 

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