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Les manifestations contre le racisme se poursuivent autour de la planète

La manifestation dans le centre de Bruxelles en Belgique, ce dimanche 7 juin 2020.
La manifestation dans le centre de Bruxelles en Belgique, ce dimanche 7 juin 2020. REUTERS/Yves Herman
Texte par : RFI Suivre
10 mn

Bientôt deux semaines après la mort de George Floyd, un homme noir asphyxié par un policier blanc à Minneapolis, l'émotion et la douleur restent vives à travers le monde. Ce dimanche 7 juin des manifestations se sont déroulées de la Belgique à l'Afrique du Sud en passant par le Royaume-Uni, les protestataires dénonçant aussi le racisme dans leur propre pays.

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À Bruxelles, les associations antiracistes belges ont organisé une manifestation statique devant le palais de justice. Le bourgmestre de la capitale belge avait décidé de tolérer ce rassemblement même si une manifestation classique sous forme de défilé avait été interdite. La manifestation a rassemblé 10 000 manifestants qui étaient là pour George Floyd et aussi contre les violences policières en Belgique, rapporte notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet.

« Nous sommes tous noirs », « le racisme est une pandémie », les slogans de la manifestation de Bruxelles contre la mort de George Floyd et contre les violences policières ont été repris par une foule beaucoup plus nombreuse que prévu.

Parmi les manifestants, Perpétue, infirmière en Wallonie. « Je ne peux pas concevoir en 2020 de vivre des choses comme ça. Ce n’est pas possible, on ne plus pas accepter ce genre de choses. Il y a l'injustice qui doit être corrigée par rapport aux gens de couleur. »

Selon Kalvin Soiresse, député écologiste d’origine togolaise, il subsiste en Belgique une forme de racisme issu du passé colonial. « Vous avez beau mettre la poussière sous votre lit, un jour vous allez déménager. C’est ce qui est en train de se passer en Belgique. Et donc ces mobilisations doivent permettre de faire bouger les lignes et de décoloniser ce pays. »

Mais pour Patchito Olinga qui a fait le déplacement de Liège, la Belgique s’en tire plutôt bien. « Je suis Congolais, donc pour tout Congolais à la base la Belgique est un deuxième pays. Mais bon, si je dois être honnête, comparé à d’autres pays, en Belgique il y a tout de même une prise de conscience assez élevée du vivre ensemble. »

La demande des autorités de respecter des distances sociales n’a pu être respectée devant le succès de cette première manifestation organisée, ici, depuis des mois.

Les Britanniques réclament un changement profond

Au Royaume-Uni des manifestations se sont déroulées dans plusieurs villes, comme à Bristol et Londres où les manifestants se sont rassemblés devant l’ambassade des États-Unis avant de traverser le quartier de Westminster pour rejoindre Parliament Square. S’ils se montrent solidaires du mouvement américain, ils veulent aussi remettre en cause le racisme de la société britannique, explique notre correspondante à Londres, Chloé Goudenhooft.

Parmi les slogans qui ont résonné dans les rues de Londres il y avait bien sûr « Black Lives Matter », (« les vies noires comptent »), « pas de Justice, pas de paix » ou encore les dernières paroles de George Floyd : « I can’t breathe, I can’t breathe ». Mais si ces manifestations sont pour les contestataires une façon de rendre hommage à l’Américain, les revendications sont plus profondes.

« On est juste venus ici en tant qu’humain, pour protester, pour nos droits, explique un homme au cœur du défilé. Oui, on veut juste du changement On en a eu assez. Il est temps qu’on nous traite comme tout le monde. »

Pour certains, il n’y a pas à en douter, la société britannique est raciste :

« Ça remonte aux colonies britanniques, commente une manifestante. On a l’a vu et c’est enraciné dans notre système scolaire, dans notre système de travail, dans notre éducation, dans les boulots. Dans la vie tous les jours, les personnes noires n’obtiennent pas les opportunités qu’elles méritent. Des choses comme ça, on le voit car on n’est pas respectés, on est jugés par la couleur de notre peau. La Grande-Bretagne est vraiment raciste. »

Ce qu’attendent ces manifestants, c’est de faire entendre leur voix et d’engager un changement profond au sein de la société britannique.

La statue d'un négrier déboulonnée par des manifestants à Bristol

À Bristol, les manifestants de Black Lives Matter ont déboulonné la statue d’Edward Colston, un négrier britannique lié à la prospérité de la ville. Cela faisait plusieurs années que ce monument était contesté mais cette fois, il a été retiré pour de bon.

Edward Colston avait bâti sa fortune sur l’esclavage. Selon la presse britannique, son entreprise aurait transporté plus de 100 000 esclaves de l’Afrique de l’Est aux Caraïbes et aux Amériques au cours du XVIIe siècle. Pour cette raison, la présence de cette statue au cœur de la ville posait problème et l’une des députés de la région s’était prononcée pour son retrait dès 2018. Une pétition avait aussi été lancée dans ce but et avait recueilli plus de 11 000 signatures. A défaut de retirer la statue, les autorités ont préféré ajouter une plaque expliquant qui était vraiment Edward Colston mais cela n’a pas convaincu. Les manifestants du mouvement Black Lives Matter ont donc décidé de prendre les choses en main. Sous les cris de la foule, la statue a été décrochée puis s’est faite piétinée par les manifestants. Ils l’ont faite rouler jusqu’au port de la ville avant de la précipiter dans l’eau. Priti Patel, la ministre de l’Intérieur, a dénoncé cet acte qu’elle qualifie de vandalisme. Une enquête pour acte criminel est actuellement en cours.

Les Sud-Africains expriment aussi leur colère

En Afrique du Sud le slogan « Black Lives Matter », a aussi pu être entendu à Johannesbourg ce dimanche, où des cérémonies étaient organisées, malgré l’épidémie de coronavirus, selon notre correspondante à Johannesbourg, Claire Bargelès.

Pour éviter de trop gros rassemblements, les manifestants se sont donné rendez-vous à différents endroits. Noluvo, une jeune femme de 18 ans, s’est rendue devant le consulat des États-Unis.

« Les gens ont amené des fleurs et des affiches. On est en train de déposer tout cela. On est aussi victimes, en Afrique du Sud, de discriminations raciales, et je pense que le mouvement " Black Lives Matter " démarré aux États-Unis a déclenché une étincelle chez nous, et c’est pour cela qu’on se regroupe aujourd’hui, pour exprimer notre colère. »

Certaines pancartes réclament aussi justice pour Collins Khosa, un Sud-Africain noir mort entre les mains de l’armée pendant le confinement.

Chazya est venue habillée de son tee-shirt « Black Lives Matter ». « On est témoins de ce qui se passe un peu partout dans le monde et ici, nous avons aussi des problèmes de violences policières, avec par exemple le cas de Collins Khosa. Ça ne peut pas continuer. Il y a 4 ans, je portais déjà ce tee-shirt pour protester. Quatre ans plus tard, on en est toujours là. Cela doit s’arrêter. »

Noor Nieftagodien, professeur d’histoire et ancien militant contre l’apartheid, se réjouit de voir autant de jeunes visages. « La violence d’État contre les Noirs ça existait déjà lors de l’avènement de notre démocratie. Il faut que l’on réfléchisse aux raisons qui font que cette violence persiste. Mais quand je vois tous ces jeunes réunis, j’ai espoir qu’il y ait une prise de conscience, et que le combat contre ces questions ne s’arrête pas là. »

D’autres manifestations sont prévues ce lundi par le parti de gauche radicale des combattants pour la liberté économique (EFF).

Dans un discours public, le président Cyril Ramaphosa a lui-même déploré la mort de George Floyd et s’est déclaré solidaire de la communauté afro-américaine. Il a par ailleurs condamné les violences commises par les forces de l’ordre dans son propre pays.

► À lire aussi : Manifestations: le monde entier rend hommage à George Floyd

Le Brésil de Bolsonaro est mobilisé

São Paulo, Rio de Janeiro, Salvador, Brasilia : en pleine pandémie, les Brésiliens défilent contre les violences policières. Un mouvement en écho aux rassemblements mondiaux pour les droits des personnes noires, mais aussi une marche pour défendre la démocratie, alors que le pays vit en ce moment une grave crise politique. Ces manifestations contre le président brésilien ont fait polémique, alors que le pays est désormais le plus touché par le coronavirus. Dans les cortèges ont retrouve le nom de George Floyd aux côtés de ceux d’Agatha et Jõao Pedro, victimes de violences policières à Rio. À Sao Paulo, Guilherme Boulos, candidat aux dernières élections présidentielles, prend la parole. « À tous ceux qui participent à cette manifestation : rendons hommage aux victimes du coronavirus, en majorité des personnes noires, pauvres, de la périphérie. Faisons une minute d’applaudissement pour eux ! »

Devant une assemblée de manifestants masqués, le leader de gauche dit respecter ceux qui ont décidé ne pas venir. « La division n’est pas entre ceux qui sont venus protester et ceux qui ne sont pas venus. La division est entre ceux qui défendent la démocratie et ceux qui sont du côté des fascistes ! »

Alors que le Brésil approche du pic de l’épidémie, sortir manifester est une décision inconsciente selon le rappeur noir Emicida, qui a appelé à ne pas défiler cette semaine. « En ce moment, tout regroupement - peu importe la légitimité de la cause - c’est amener une nouvelle vague de contamination à l’intérieur de nos favelas, où vivent ceux qui nous sont chers. Au Brésil, on compte un mort par minute, et on ne parle que du Covid-19. »

La vague de manifestations contre le racisme s'étend

En Thaïlande où une manifestation anti-raciste avait été interdite, plus de 200 personnes ont participé à une protestation virtuelle.

En Espagne,  des manifestations se sont déroulées dans une dizaine de villes de Barcelone au nord à Valence sur la côte méditerranéenne. À Madrid, les contestataires ont eux aussi mis genou à terre en levant le poing. Ils ont ensuite marché pacifiquement jusqu'à l'emblématique Puerta del Sol, au coeur de la capitale.

En Allemagne, les joueurs de quatre clubs de Bundesliga ont posé un genou au sol dimanche en soutien à la lutte antiraciste au lendemain du Bayern et de Dortmund.

Vêtus de noir, des milliers de Suisses ont défilé à Lausanne, où des pancartes proclamaient « Ma couleur n'est pas une menace ». À Budapest, plus d'un millier de personnes se sont elles-aussi réunies près de l'ambassade américaine, respectant huit minutes de silence.

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