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Biélorussie: une campagne présidentielle agitée

Un manifestant détenu par des policiers biélorusses lors d'un rassemblement de soutien à des candidats opposants au président Alexander Loukachenko, à Minsk le 19 juin 2020.
Un manifestant détenu par des policiers biélorusses lors d'un rassemblement de soutien à des candidats opposants au président Alexander Loukachenko, à Minsk le 19 juin 2020. Sergei GAPON / AFP
Texte par : Étienne Bouche
3 mn

L'élection présidentielle du 9 août devait être une formalité pour Alexandre Loukachenko qui, après 26 ans à la tête du pays, brigue un sixième mandat. Seulement, l’homme fort de Minsk est confronté à une défiance populaire d’une ampleur inédite. Les principaux candidats dissidents ont été évincés de la compétition. L’honnêteté des élections a toujours été contestée depuis l’arrivée au pouvoir d’Alexandre Loukachenko, en 1994.

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De notre correspondant régional, Étienne Bouche

Dans le passé, Loukachenko a été un dirigeant populaire. Il incarnait la stabilité et une prospérité enviable dans l’espace post-soviétique. Aujourd’hui, il est surnommé « Sacha 3 % », le score qu’il obtiendrait si le jeu électoral n’était pas faussé. La coupe est pleine pour les citoyens biélorusses qui aspirent plus que jamais à l’alternance politique.

Sa gestion contestée du coronavirus et la dégradation sensible de l’économie ont encore aggravé son impopularité. Et pour de nombreux Biélorusses, le seul moyen de faire campagne contre lui a été de parrainer d’autres candidats, quels qu’ils soient. Alors plusieurs personnalités ont émergé. Le pouvoir a pris peur et préféré écarter ces opposants.

Arrestation de l'ancien banquier Babariko

Des affaires judiciaires se sont en effet abattues sur trois d’entre eux : Mikola Statkevitch, une figure historique l’opposition, Sergueï Tikhanovski, un YouTubeur incisif, et Viktor Babariko, dont l’arrestation a fait scandale il y a quelques jours. C’était sans doute le profil le plus dangereux pour Loukachenko : Viktor Babariko n’est pas issu de l’opposition traditionnelle, il a été directeur de la Belgazprombank, une filiale du géant russe Gazprom. Plusieurs collaborateurs de cette banque ont été arrêtés au cours d’un raid. Les enquêteurs disent soupçonner une affaire de fraude et de blanchiment organisée par Viktor Babariko.

Le président Loukachenko a non seulement accusé son adversaire de vouloir privatiser le pays, mais aussi d’être soutenu par la Russie. Cette dernière attaque, Alexandre Loukachenko l’a utilisée de façon récurrente contre ses opposants. Et cette rhétorique révèle les relations tendues qu’entretient le pays avec son allié traditionnel.

Hantise d'une révolution à l'ukrainienne

Le président Loukachenko a assuré que l’opposition était financée par des « oligarques russes ». Il se présente comme le garant de l’indépendance nationale – il a d’ailleurs remanié le gouvernement en ce sens – et joue volontiers cette carte russe. Il sait que la population rejette majoritairement le projet d’intégration élaboré par le Kremlin. Mais il sait aussi que le rapport de force avec Moscou est inégal et que le pays est très dépendant de la Russie, en particulier dans le domaine énergétique. Son puissant voisin assure des débouchés économiques essentiels.

Dans ces conditions, Loukachenko ne sait pas trop sur quel pied danser. Sa hantise est un nouveau Maïdan, référence à la révolution en Ukraine en 2014. Il ne lui a pas échappé que dans l’espace post-soviétique, de nouvelles têtes ont fait leur apparition : Zelensky en Ukraine, Pachinian en Arménie. Selon certains observateurs, Loukachenko pourrait avoir malgré lui besoin du soutien du Kremlin. Il est attendu ce mercredi 24 juin à Moscou à l’occasion du défilé militaire commémorant la victoire sur l’Allemagne nazie.

À écouter : Pétrole: la Biélorussie veut diversifier ses sources d'approvisionnements

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