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Analyse

Pologne: une présidentielle très ouverte

Le maire de Varsovie Rafal Trzaskowski (G) sera l'un des principaux rivaux du président sortant Andrzej Duda (D) lors de cette élection présidentielle.
Le maire de Varsovie Rafal Trzaskowski (G) sera l'un des principaux rivaux du président sortant Andrzej Duda (D) lors de cette élection présidentielle. REUTERS/Kacper Pempel
6 mn

Les Polonais sont appelés aux urnes ce dimanche pour le premier tour de l’élection présidentielle. Le scrutin qui devait se tenir initialement en mai a fini par être reporté après un imbroglio juridique et politique sur fond d’épidémie de coronavirus. Onze candidats sont en lice. Le président sortant Andrzej Duda, candidat du parti Droit et Justice (PiS), au pouvoir, apparaît comme favori pour ce premier tour, mais il ne devrait pas échapper à un second tour, qui s’annonce très ouvert.

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En pleine épidémie de coronavirus, le Parti Droit et Justice (PiS) aura tenté coûte que coûte de tenir le scrutin à la date prévue du 10 mai, alors que la popularité du chef de l’État sortant était an plus haut. Mais l’organisation d’un vote par voie postale, en plein confinement et en l’absence de campagne digne de ce nom pour les candidats de l’opposition, a provoqué une vive polémique y compris parmi les alliés du parti Droit et Justice. « Le caractère un peu abracadabrantesque de l’organisation de ce premier tour, imposé par correspondance, alors que cette disposition n’avait pas été prévue, a suscité de la part de plusieurs acteurs politiques un certain désarroi y compris au sein de la majorité », souligne Jérôme Heurtaux, directeur du Centre français de recherche en sciences sociales (CEFRES) à Prague (auteur de Pologne 1989. Comment le communisme s'est effondré   aux éditions Codex).

De fait, l’organisation d’un tel scrutin privait les candidats de l’opposition de la possibilité de faire campagne en sillonnant de pays pour y tenir des réunions publiques. « En plein confinement en tant que président en exercice, Andrzej Duda s’est retrouvé à être le seul candidat à faire campagne. Il est apparu aux yeux du public comme un président sur le front », détaille Valentin Behr, docteur en sciences politiques et chercheur post-doctorant à l’Université de Varsovie. « Les très bons sondages pour le président sortant étaient alors liés à un contexte spécifique, mais une fois le confinement terminé, la compétition politique a repris ses droits et les sondages se sont rééquilibrés », explique-t-il.

►À lire aussi: Pologne: report de la présidentielle au 28 juin, trop tard pour Andrzej Duda ?

Entre-temps, la candidate du principal parti d’opposition de centre-droit PO (Plateforme civique), Małgorzata Kidawa-Błońska, a jeté l’éponge et a laissé sa place au dynamique maire de Varsovie, Rafał Trzaskowski. « Il est entré de manière beaucoup plus offensive dans la campagne, avec des déclarations assez dures par rapport aux médias publics qui font clairement campagne pour le PiS et pour Duda. Il s’est lancé dans la campagne en disant qu’il y allait pour gagner. Il s’est présenté de manière plus dynamique que Małgorzata Kidawa-Błońska qui n’a jamais réussi à prendre la lumière » affirme Valentin Behr.

Opposition revigorée

Avec l’arrivée de Rafał Trzaskowski, la donne a changé, analyse Geroges Mink, directeur de recherche émérite au CNRS et professeur permanent au Collège d’Europe à Varsovie. « Ce candidat est beaucoup plus efficace, plus crédible, il représente davantage une génération jeune de politiques et a derrière lui à la fois une expérience gouvernementale et internationale ». À 48 ans, ce professionnel de la politique, polyglotte, passé par le Parlement européen, a aussi été ministre du gouvernement de Donald Tusk. « Les deux candidats principaux ont le même âge, note Jérôme Heurtaux, et pourtant, Andrzej Duda apparaît clairement beaucoup plus âgé, à la fois, à travers les gens qui l’entourent dans les meetings mais aussi à travers sa manière d’être qui risque peut-être de le couper d’une partie des électeurs polonais. » 

L’opposition libérale reprend donc des couleurs grâce à la candidature du maire de Varsovie. Rafal Trzaskowski ne ménage pas ses efforts sur le terrain et sillonne le pays. Grâce au changement de candidature, « l’électorat traditionnel de la Plateforme civique, urbain, éduqué, moderne, mais attaché aux traditions, est revenu », note Georges Mink. Il lui faudra ratisser plus large au second tour : « Rafal Trzaskowski est à la fois moderne sur le plan des mœurs, il a par exemple signé la charte LGBT, devenant ainsi la cible des attaques de son adversaire, mais il est aussi pour le respect de la tradition nationale, ça n’est pas un révolutionnaire, loin de là. » Le principal concurrent du président sortant s’inscrit dans une société polonaise conservatrice, très attachée aux traditions et à la religion catholique. « Il ne s’agit pas là d’un candidat entièrement radical, porteur d’un projet politique nouveau, mais il incarne une certaine nouveauté par l’opposition qu’il incarne à un régime qui est, depuis plusieurs années, attentatoire aux libertés », analyse Jérôme Heurtaux.

Droit de veto

Pendant la campagne, le candidat de la Plateforme civique a promis de jouer un rôle de contre-pouvoir, en s’emparant pleinement du « droit de veto et d’initiative législative » conféré au président de la République en Pologne. C’est l’enjeu principal de cette élection, souligne Georges Mink : « Dans le système constitutionnel polonais, le pouvoir du président n’est pas exorbitant, mais il existe réellement. Si le président élu est un président d’opposition, il peut bloquer toute la politique qu’a imaginée le parti Droit et Justice et son président Jaroslaw Kaczynski, qui consiste notamment à neutraliser la justice, à lui enlever son autonomie. C’est là le véritable enjeu et la mobilisation de l’électorat se joue autour de cela. » Le PiS ne disposant pas d’une majorité des deux tiers pour pouvoir passer outre un veto présidentiel, la victoire d’un candidat d’opposition signifierait un blocage de textes controversés et de l’action gouvernementale, souligne Valentin Behr : « Il y a un ensemble de réformes que souhaite faire le PiS, notamment au niveau du fonctionnement de l’État, qui risque d’être bloqué par une présidence Trzaskowski. » Les Européens ont, à maintes reprises, dénoncé les réformes du gouvernement polonais, en particulier celles du système judiciaire, qui, à leurs yeux, minent la démocratie. En faisant campagne sous le mot d’ordre « on en a assez », Rafal Trzaskowski s’est engagé à réparer les liens avec Bruxelles.

Selon les derniers sondages, le chef de l’État sortant remporterait facilement le premier tour dimanche, mais ses chances de s’imposer au second tour sont évaluées à 50%. Le jeu est donc très ouvert, constate Jérôme Heurtaux : « C’est une bonne nouvelle pour la démocratie polonaise. »

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