Accéder au contenu principal

La justice turque ouvre la voie à une reconversion de Sainte-Sophie en mosquée

Des personnes portant des drapeaux turcs devant l'ex-basilique Sainte-Sophie, après une décision de justice qui ouvre la voie à sa reconversion de musée en mosquée, à Istanbul, le 10 juillet 2020.
Des personnes portant des drapeaux turcs devant l'ex-basilique Sainte-Sophie, après une décision de justice qui ouvre la voie à sa reconversion de musée en mosquée, à Istanbul, le 10 juillet 2020. REUTERS/Murad Sezer
Texte par : RFI Suivre
5 mn

C’était une décision très attendue en Turquie et bien au-delà : le Conseil d’État turc a annoncé, ce vendredi 10 juillet, sa décision d’abroger le statut de musée de Sainte-Sophie à Istanbul. Cette ancienne basilique byzantine avait été transformée en mosquée à la conquête ottomane, puis en musée sous la République. Si la décision suscite de nombreuses critiques à l'étranger, les unes des journaux turcs ce samedi reflètent l’absence de réelle polémique en Turquie même.

Publicité

Le 24 juillet, Sainte-Sophie d’Istanbul redeviendra pleinement mosquée. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a annoncé ce vendredi soir que sera organisée ce jour-là une première prière collective.

En Turquie, presse progouvernementale et presse d’opposition ne se divisent pas en deux camps « pour ou contre la reconversion de Sainte-Sophie en mosquée ». La distinction se fait plutôt entre les titres qui applaudissent cette décision, et ceux qui l’accueillent froidement, factuellement.

D’un côté, Türkiye annonce triomphalement la fin d’une « cruauté envers la mosquée Sainte-Sophie », rendant hommage à la mémoire du sultan Mehmet II qui avait conquis Constantinople. C'est « la fin d’une si longue attente » pour Sabah, lui aussi soulagé que « l’âme du conquérant ait retrouvé la paix ». Yeni Safak, lui, salue la « résurrection de Sainte-Sophie », reprenant la formule du président Recep Tayyip Erdogan.

L'opposition ne veut pas de polémique avec Erdogan

De l'autre côté, les journaux d’opposition Sözcü et Cumhuriyet – qui se revendiquent d’Atatürk, le fondateur de la République à l’origine de la transformation de Sainte-Sophie en musée – se contentent d’annoncer que « Sainte-Sophie est désormais mosquée ». Les quotidiens de gauche Evrensel et Birgün, eux, n’abordent même pas le sujet en Une.

Finalement, la presse turque reflète bien la division politique du pays. Les pro-Erdogan voient en lui le sauveur de Sainte-Sophie, voire de la Turquie toute entière. L’opposition, quant à elle, ne veut surtout pas entrer dans une polémique et offrir au chef de l’État l’occasion d’utiliser Sainte-Sophie pour polariser la société en accusant ses détracteurs d’être des « ennemis de l’islam ».

À lire aussi : Avec sa mosquée Sainte-Sophie, Erdogan tombe le masque : à la Une de la presse française

Décret d'Atatürk « illégal »

Ce vendredi, le Conseil d’État turc a ouvert la voie à la transformation de l'ex-basilique Sainte-Sophie en mosquée, en révoquant son statut actuel de musée. Le plus haut tribunal administratif en Turquie, qui examinait la plainte d’une association musulmane, a décidé d’annuler le décret ministériel de 1934 qui avait transformé Sainte-Sophie en musée, rapporte notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer.

Le Conseil fait valoir que Sainte-Sophie est, depuis la conquête ottomane, la propriété de la fondation Fatih Sultan Mehmet Han – du nom du sultan qui a conquis Istanbul – , que les statuts de la fondation en garantissent l’usage comme mosquée... à l’exclusion de tout autre usage. En clair, que le décret de 1934, pourtant signé de la main du fondateur de la République, Mustafa Kemal Atatürk, était donc illégal.

Une décision attendue

Cette décision n’est pas une surprise. La presse pro-gouvernementale avait dévoilé, il y a plusieurs jours, l’issue des délibérations. En revanche, l'institution renie sa jurisprudence puisqu’à trois reprises – en 2008, 2012 et 2015 – diverses formations du Conseil avait débouté cette même association musulmane.

Mais il faut dire qu'à l’époque, le président Erdogan refusait de revenir sur le statut de Sainte-Sophie. À cause de l’érosion de son électorat et des tensions avec l’Occident, il a changé d’avis ces dernières années, et la justice l’a suivi.

Au niveau intérieur, il y a une usure du pouvoir et la transformation de Saint-Sophie en mosquée est une vieille litanie de l’islam politique, mais très minoritaire. Il y a un an encore, Erdogan était réticent sur cette idée. Mais je crois qu’aujourd’hui, il utilise ses dernières cartouches. Est-ce que ça va avoir un impact positif en termes d’élargissement de sa base électorale, je ne crois pas mais ça permet de consolider sa base électorale et d’éviter encore plus l’effritement.

Ahmet Insel, professeur émérite à l’université Galatasaray

Recep Tayyip Erdogan s'est empressé d'annoncer l'ouverture de l'ex-basilique aux prières musulmanes. « Il a été décidé que Sainte-Sophie sera placée sous l'administration de Diyanet [l'Autorité des affaires religieuses, ndlr] et sera rouverte aux prières », a-t-il annoncé, dans un communiqué qu'il a posté sur Twitter.

Mises en garde

Œuvre architecturale majeure construite au VIe siècle par les Byzantins qui y couronnaient leurs empereurs, Sainte-Sophie est un site classé au patrimoine mondial de l'Unesco et l'une des principales attractions touristiques d'Istanbul. Convertie en mosquée après la prise de Constantinople par les Ottomans en 1453, elle a été transformée en musée en 1934 par le dirigeant de la jeune République turque, Mustafa Kemal, soucieux de l'« offrir à l'humanité ».

Plusieurs pays, notamment la Russie et la Grèce, qui suivent de près le sort du patrimoine byzantin en Turquie, ainsi que les États-Unis et la France, avaient  notamment mis en garde Ankara contre la transformation de Sainte-Sophie en lieu de culte musulman.

Le gouvernement grec n’a d’ailleurs pas tardé à réagir, qualifiant cette décision de « provocation envers le monde civilisé ». « Le nationalisme dont fait preuve le président Erdogan ramène son pays six siècles en arrière », a estimé Lina Mendoni, la ministre  grecque de la Culture.

De son côté, l'Unesco a elle aussi rapidement réagi et « regrette vivement » la décision des autorités turques de « modifier le statut » de Sainte-Sophie, « prise sans dialogue préalable », a réagi ce vendredi soir dans un communiqué Audrey Azoulay, directrice de l'organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture.

Il est clair que c’est une décision purement politique... Ceci dit, je ne vois pas où est le problème dans le fait qu’elle redevienne mosquée. Les touristes pourront continuer à la visiter, tout comme ils visitent librement la mosquée de Sultanahmet située juste en face.

Sainte-Sophie redevient mosquée sans provoquer de polémique en Turquie

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.