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Reportage

Présidentielle en Pologne: l’opposition mise sur le report des voix pour l'emporter

Le maire de Varsovie, Rafal Trzaskowski, espère pouvoir compter sur un report des voix du premier tour pour battre le président sortant Andrzej Duda au second tour de l'élection présidentielle.
Le maire de Varsovie, Rafal Trzaskowski, espère pouvoir compter sur un report des voix du premier tour pour battre le président sortant Andrzej Duda au second tour de l'élection présidentielle. REUTERS/Kacper Pempel
10 mn

Dimanche 12 juillet, le président sortant affrontera le maire de Varsovie. Les derniers sondages donnaient Andrzej Duda et Rafal Trzaskowski à égalité quasi parfaite. Au premier tour, le chef de l’État et candidat du PiS est arrivé largement en tête avec 43,5% des voix. Son concurrent a recueilli 30,5% des suffrages, mais il compte sur le report des voix du premier tour.

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De notre envoyée spéciale à Cracovie,

Dans les couloirs des bureaux de la Plate-forme civique de Cracovie, transformés en QG de campagne de Rafal Trzaskowski, l’activité bat son plein : députés, sénateurs, volontaires se croisent entre deux déplacements sur le terrain auprès des électeurs.  « Nous avons jusqu’à minuit pour convaincre les gens. Nous allons nous battre pour recueillir le plus de voix, mais nous nous concentrons sur les petites villes et les villages, parce qu’à Cracovie, les gens n’ont pas besoin d’être convaincus. Dans les grandes villes, nous gagnons », raconte Krzysztof Kubon, responsable de la section jeunesse du parti pour la région de Cracovie.

Au premier tour, Rafal Trzaskowski s’est imposé avec 38% des voix à Cracovie contre 32% pour le président sortant. Mais Andrzej Duda a remporté la région de Maloposka, la « Petite Pologne » avec 51% des suffrages.

« Il y a beaucoup d’espoir mais aussi d’inquiétude »

C’est logiquement à l’extérieur de la capitale régionale que les partisans de l’opposition libérale concentrent leurs derniers efforts. Le KOD, Comité pour la démocratie, un mouvement citoyen né après l’arrivée du PiS au pouvoir en 2015, a soutenu quatre candidats de l’opposition au premier tour. Il mène désormais campagne pour Rafal Trzaskowski en se concentrant sur les petites localités. « Pour la première fois de ma vie, j’ai tellement peur que j’en ai du mal à respirer », témoigne Katarzyna Kukiela. Membre très actif du mouvement, elle raconte avoir repris espoir après être allée tracter à Makow Podhalanski, un « bastion de Radio Maria, de l’Église et du PiS ». « La ville est remplie d’affiches de Trzaskowski », se réjouit la militante. Son collègue, Artur Grzybowski, a fait un constat similaire dans le nord de la région. « Il y a beaucoup d’espoir, mais aussi d’inquiétude. C’est pourquoi nous mettons les bouchées doubles », raconte ce membre du KOD, guide touristique francophone, de retour de Miechow, au nord de Cracovie, où il raconte avoir vu, à son grand étonnement, « plus d’affiches de campagne de Rafal Trzaskowski que celles d’Andrzej Duda ».

La présidente de la section régionale du KOD constate une évolution des mentalités dans les régions acquises au PiS et de sa politique sociale généreuse et ultra-conservatrice. « Il y a encore un an, il était très difficile de demander aux gens de poser des affiches chez eux, parce que, pour que le propriétaire d’une maison accepte de faire cela, il fallait qu’il n’ait pas peur de dévoiler ses convictions politiques à ses voisins », explique Evelina Pytel, qui constate une mobilisation plus importante qu’aux précédentes élections. « L’inquiétude est là, mais il y a aussi beaucoup d’espoir, parce que l’opposition a une chance d’arrêter le PIS », résume la jeune femme.

Report des voix

Pour s’imposer dimanche soir, le candidat de la Plate-forme civique va devoir ratisser large. Rafal Trzaskowski compte sur le report des voix des candidats du premier tour et en particulier celles du candidat indépendant Szymon Hołownia, qui a récolté 13,9% des suffrages. L’ancien journaliste et présentateur de télévision n’a pas donné d’instructions de vote à ses partisans, mais a fait savoir, qu’à titre personnel, il voterait contre le PiS. Une consigne que suivra Mateusz Mielczarek, conseiller jeunesse du candidat Holownia. « Je vais voter contre le président. Ce n’est pas un vote pour Rafal Trzaskowski mais contre Andrzej Duda, parce que sa vision de notre pays est mauvaise », explique le jeune étudiant de 20 ans, venu à Cracovie rencontrer quelques militants et électeurs de son mentor.

Wojciech Rzehak, coauteur du scénario du film Kler, « Le Clergé », qui dénonce les travers de l’Église catholique polonaise et qui, à sa sortie, il y a deux ans, avait suscité un vif débat, a donné sa voix à Rafal Trzaskowski dès le premier tour, plus par raison que par cœur. « Ce n’est pas le candidat de mes rêves, mais je pense que les Polonais n’ont pas d’autre option. Le président Duda a fait en sorte de diviser les gens, c’était prémédité. Dans la politique du pouvoir actuel, je vois le cléricalisme et je vois un danger pour ma liberté », déclare-t-il.

« La plupart des électeurs de Holownia, Kosniak-Kamysz ou Biedron voteront pour Trzaskowski. Mais pour gagner, il aurait besoin de 100% de ces voix », tempère Jaroslaw Flis, chercheur, spécialiste des élections à l'université Jagellonne de Cracovie.

Jusqu’à minuit ce vendredi 10 juillet, fin de la campagne, les deux candidats vont continuer à sillonner le pays. Ils doivent séduire les indécis et ceux qui n’ont pas voté au premier tour. Selon un sondage Ipsos, 60% des abstentionnistes disent vouloir prendre part au vote dimanche.


Chez les électeurs de Szymon Holownia, le « tout sauf Duda »

Pour l’emporter face au président sortant, le maire de Varsovie compte donc bénéficier du report des voix de plusieurs des candidats malheureux du premier tour. Il espère en particulier avoir convaincu les électeurs du candidat indépendant Szymon Holownia qui a recueilli près de 14% des voix et séduit de nombreux jeunes. Mais qu'en pensent ces derniers ? Reportage.

Je vais voter pour Trzaskowski mais ce ne sera pas tant un vote pour lui que contre Andrzej Duda, parce que je considère que la vision du président pour notre pays est mauvaise.

En Pologne, le report des voix pourrait changer la donne du scrutin

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