En Serbie, les manifestations contre le gouvernement ne faiblissent pas

Des manifestants nationalistes intègrent désormais les cortèges. Ici un homme agite un drapeau avec la carte du Kosovo aux couleurs de la Serbie lors d'une manifestation à Belgrade, le 11 juillet 2020.
Des manifestants nationalistes intègrent désormais les cortèges. Ici un homme agite un drapeau avec la carte du Kosovo aux couleurs de la Serbie lors d'une manifestation à Belgrade, le 11 juillet 2020. OLIVER BUNIC / AFP

Samedi, des milliers de personnes se sont rassemblées dans plusieurs villes serbes ainsi que devant le Parlement de Belgrade, la capitale, pour la cinquième nuit consécutive. Des rassemblements plutôt calmes contrairement à la veille où des heurts avaient éclaté entre manifestants et forces de l'ordre.

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Les manifestants s'étaient donné rendez-vous, samedi 11 juillet, pour le cinquième soir consécutif dans plusieurs villes de Serbie. Ils protestaient contre la gestion de la crise sanitaire, et plus largement, contre la politique du président serbe Aleksandar Vucic.

En majorité pacifiques, les manifestations rassemblent tous les déçus de la politique gouvernementale. Des jeunes et des familles. Ils ont été rejoints par des groupes qui eux entonnent des slogans nationalistes et ont tenté, vendredi 10 juillet, de pénétrer dans le Parlement avant d'être dispersés par des forces anti-émeutes.

En Serbie, la situation est « pire qu'au mois d'avril »

À l'origine du mouvement se trouve la colère de la population face à une gestion de la pandémie jugée incohérente. Si la Serbie a été l'un des premiers pays d'Europe à imposer, très tôt, un confinement strict, la décision de lever rapidement toute mesure de distanciation et de déclarer deux mois plus tard la « victoire contre le virus » n’est pas passée auprès de la population.

Pour cause, un épidémiologiste, membre de la cellule de crise, estime que la situation est « pire qu'au mois d'avril », notamment dans la capitale où le système de santé arrive à saturation. Officiellement, la maladie a contaminé environ 18 000 personnes en Serbie et fait 382 morts.

Les Serbes estiment que le gouvernement a volontairement minimisé l'ampleur de la pandémie et lui reprochent d’avoir autorisé l’organisation de divers évènements. Des élections législatives le 21 juin, des matchs de football avec des milliers de spectateurs ou encore un tournoi de tennis avec Novak Djokovic, qui a été testé positif quelques jours plus tard, ont eu lieu alors qu'un nouveau couvre-feu était envisagé à Belgrade.

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Une contestation qui exprime un « » analyse Jacques Rupnik

Ces manifestations montrent « que le système politique ne fonctionne pas, que la démocratie, les institutions de ce pays ne sont pas capables de répondre aux attentes de la société, de la jeunesse de ce pays, analyse Jacques Rupnik, directeur de recherche au CERI- Sciences Po, joint par Marie Normand du service international de RFI. Mais je ne suis pas sûr que cela fragilise le pouvoir : le président Vucic est installé. Il vient de remporter les élections, il contrôle tous les leviers du pouvoir, l'appareil de l'Etat, certains secteurs de l'économie, les médias, etc ; et c'est un mouvement qui n'a pas d'objectif politique clair affiché : le seul objectif c'est "Vucic démission". Et aussi c'est un mouvement sans leader ni force politique capable de le soutenir. Ce mouvement exprime un mécontentement profond à l'égard de l'état de la démocratie en Serbie, sa dérive que l'on peut considérer comme semi-autoritaire, mais je ne lui vois pas de débouché politique à court ou moyen terme.» 

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