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Turquie: les minorités chrétiennes déplorent la transformation de Sainte-Sophie en mosquée

Les premières prières à Sainte-Sophie après sa transformation en mosquée se dérouleront ce vendredi 24 juillet (ici, l'ex-basilique, le 11 juillet 2020).
Les premières prières à Sainte-Sophie après sa transformation en mosquée se dérouleront ce vendredi 24 juillet (ici, l'ex-basilique, le 11 juillet 2020). REUTERS/Murad Sezer
Texte par : Anne Andlauer
3 mn

Alors qu’elle était un musée depuis 85 ans, Sainte-Sophie d’Istanbul redevient formellement une mosquée ce vendredi 24 juillet avec une première prière collective sous sa coupole millénaire. Le président Recep Tayyip Erdogan, qui a décrété cette réouverture au culte après un arrêt du conseil d’Etat révoquant le statut de musée, sera évidemment présent. Si sa décision n’a créé aucune polémique en Turquie, elle n’en est pas moins déplorée par les minorités religieuses.

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De notre correspondante à Istanbul,

Recep Tayyip Erdogan a promis que la mosquée Sainte-Sophie resterait ouverte à tous, « musulmans et non-musulmans ». Une allusion, d’abord, aux touristes, car les minorités religieuses de Turquie, notamment les orthodoxes hellénophones – les Roums, descendants des Byzantins – ont vu leur population fondre au cours du 20e siècle, à force de pogroms, d’expulsions, de discriminations. À Istanbul, il ne reste que 1 800 Roums, âgés pour la plupart.

« Ce sont des gens qui ont connu les pressions et qui se souviennent que juste avant les pogroms de 1955, on lisait dans la presse des articles dénigrant et menaçant les Roums, explique Mihail Vasiliadis, une figure de cette communauté. Eh bien, au sujet de Sainte-Sophie, on a vu réapparaître des articles similaires qui ont inquiété et apeuré les Roums, et mêmes toutes les minorités religieuses. À tel point que quand la décision sur Sainte-Sophie a été annoncée, beaucoup se sont dit "Ouf. Cette affaire se termine sans qu’il nous soit arrivé quoi que ce soit" »

Un coup pour l'image de la Turquie

Sur la scène politique, un seul parti s’est opposé à la reconversion de Sainte-Sophie, le HDP pro-kurde. Selon Garo Paylan, député d’origine arménienne, l’image de la Turquie sera la première à en souffrir.

« La Turquie suscitait l’intérêt du monde tant qu’elle incarnait une image multi-identitaire et multiculturelle, commente-t-il. Le pouvoir est en train de ruiner cette image. Une Turquie uniformisée n’intéresse personne. Elle devient un pays banal, qui se soucie uniquement des sensibilités des musulmans. » Craignant des provocations, les autorités turques sont sur le qui-vive. Plus de 17 000 policiers sont mobilisés pour encadrer la prière.

À écouter aussi : Les chrétiens d’Orient: entre mémoire et espérance

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