Reportage

Russie: Khabarovsk défie le Kremlin et continue à demander le retour de son gouverneur

Des manifestants bravent la pluie à la ville de Khabarovsk pour soutenir leur gouverneur, Sergueï Furgal, le 1er août 2020.
Des manifestants bravent la pluie à la ville de Khabarovsk pour soutenir leur gouverneur, Sergueï Furgal, le 1er août 2020. REUTERS/Evgenii Pereverzev

Pour la quatrième semaine consécutive, de dizaines de milliers de manifestants ont affronté la pluie samedi 1er août dans les rues de Khabarovsk, la plus grande ville de l’Extrême-Orient russe, pour dénoncer l’arrestation de Sergueï Fourgal. Début juillet, ce gouverneur de la région avait été arrêté et envoyé à Moscou sur une accusation de meurtre, et un intérimaire pro-Kremlin a été nommé.

Publicité

Avec notre envoyé spécial à Khabarovsk, Daniel Vallot

Vers 15h heure locale (5h TU) ce 1er août, la foule commençait à se disperser à Khavarovsk, la manifestation touchant à sa fin. Après avoir défilé dans le centre de la ville, les manifestants se sont rassemblés sur la place Lénine où se trouvent l’administration régionale et les bureaux du gouverneur.

Comme tous les jours depuis l’arrestation de Sergueï Fourgal, ils ont réclamé le retour à Khabarovsk de leur gouverneur élu pour qu’il soit jugé sur place, dans cette région de l’Extrême-Orient russe. L’élu a été arrêté le 9 juillet dernier pour des accusations de meurtres remontant à plus de quinze ans, qu'il rejette.

« Nous n’avons plus confiance »

Les manifestants réclament également le départ du gouvernement nommé par le Kremlin. Enfin, ils laissent éclater leur colère à l’égard de Moscou, du pouvoir central et même de Vladimir Poutine. À intervalles réguliers, des slogans hostiles au président russe ont été entonnés par la foule, tels que : « Vingt ans au pouvoir, nous n’avons plus confiance » ou encore « Poutine, démission ». La région de Khabarovsk est l’une de celles qui a le moins voté lors du référendum du 1er juillet sur la réforme de la Constitution. « C’est notre région, notre vote, et notre maison… C’est pour cela que nous sommes là : nous voulons être libres dans notre propre maison ! », s'indigne une manifestante.

Pour de nombreux manifestants interviewés, cette mobilisation inédite par son ampleur dans une ville de province russe s’explique par le sentiment d’injustice ressenti depuis l’arrestation du gouverneur - élu en 2018 en battant le candidat du parti au pouvoir. « C’est un bon gouverneur. Il est ouvert, et il est différent de tous les hommes politiques qu’on a connu en Russie », estime Maria.

« Depuis qu’il est là, il n’a tenu aucune de ses promesses »

La nomination d’un nouveau gouverneur, issu du même parti, le LDPR de Vladimir Jirinovski, n’a pas convaincu les habitants de la ville. Le parachutage de MikhaÏl Degtiarev, décidé par le Kremlin, a même attisé la colère des manifestants. « Ils auraient pu au moins le remplacer par quelqu’un qui connaît la région… Depuis qu’il est là, il n’a tenu aucune de ses promesses. Il a dit qu’il viendrait nous parler, et il ne l’a pas fait », rajoute Mikhaïl

Mais les manifestants ont aussi l’impression d’être méprisés par les autorités russes. En témoignent le très grand nombre de drapeaux aux couleurs de la région de Khabarovsk qui flottent au-dessus des manifestants qui sont déterminés : « Nous reviendrons tous les samedis pour obtenir justice et le retour de notre gouverneur », déclarait ainsi une habitante de la ville.

À lire aussi : Russie: le mouvement de colère de Khabarovsk s'étend à plusieurs villes du pays

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail