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Présidentielle en Biélorussie: l'indétrônable Loukachenko défié par trois femmes

Campagne présidentielle en Biélorussie: les supportrices de Svetlana Tikhanovskaya manifestent le 6 août 2020. Sur cette affiche les symboles des trois femmes candidates (coeur-poing-victoire).
Campagne présidentielle en Biélorussie: les supportrices de Svetlana Tikhanovskaya manifestent le 6 août 2020. Sur cette affiche les symboles des trois femmes candidates (coeur-poing-victoire). Sergei GAPON / AFP
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Leur campagne a créé la surprise en Biélorussie et bousculé les certitudes du pouvoir en place. Trois femmes ont uni leurs forces pour tenter de battre le président sortant Alexandre Loukachenko, au pouvoir depuis 26 ans. Ces trois femmes représentent trois candidats jetés en prison ou poussés à l’exil.

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Avec notre envoyé spécial à Minsk, Daniel Vallot

Maria Kolesnikova est la porte-parole de Victor Babariko, l’un des candidats mis en prison à l’approche de la présidentielle. Avec Svetlana Tikhanovskaya, dont le mari a lui été aussi arrêté, et Veronika Tsepkalo, dont l'époux a été contraint à l’exil, elle forme cette troïka féminine qui a permis de galvaniser en quelques semaines l’opposition biélorusse.

« Svetlana, Veronika et moi nous nous sommes rencontrées, nous avons parlé 15 minutes et très vite nous avons compris que nous avions le même but, nous confie Maria Kolesnikova. Et que nous étions prêtes à nous unir pour atteindre ce but. »

L’objectif des trois femmes, c’est bien sûr de battre Alexandre Loukachenko. L’inamovible et très macho président biélorusse n’imaginait pas une seconde être mis en difficulté par un trio de femmes. La surprise a donc été totale pour les autorités.

« Nous contournlons tous les obstacles ! »

« Ils n’ont pas compris que nous étions dangereuses, souligne Maria Kolesnikova. Maintenant ils ont compris et ils essaient de nous stopper, mais nous contournons tous les obstacles ! »

En quelques semaines, les trois jeunes femmes multiplient les meetings, et rassemblent jusqu’à 60 000 personnes. Du jamais vu en Biérlorussie depuis la fin de l’URSS.

« Nous donnons de l’espoir à ces gens pour la première fois depuis 26 ans, affirme Maria Kolesnikova. Et maintenant ils ne renonceront jamais à cette idée d’avoir un futur et une nouvelle Biélorussie ! »

Craintes de fraudes massives

Face à cette opposition inattendue, Alexandre Loukachenko adopte un ton martial, et menace de réprimer brutalement toute contestation de son pouvoir dans la rue. D'ailleurs l’opposition s’attend à des fraudes massives dans les bureaux de vote ce dimanche et appelle ses électeurs à envoyer des photos de leurs bulletins, pour organiser un comptage parallèle.

Alexandre Loukachenko pensait avoir verrouillé le scrutin mais les deux épouses et la porte-parole de ces trois candidats privés d’élections ont soulevé un engouement et un espoir sans précédents en Biélorussie. Elles apportent un discours neuf qui tranche avec celui d’Alexandre Loukachenko, enferré dans ses diatribes patriotique et misogynes.

Menace sous-estimée par en raison de sa misogynie

Car l’une des explications de cette situation absoulment inédite ici, c’est que le président biélorusse a totalement sous-estimé la menace que représentait cette troïka féminine, justement parce qu’il s’agit de femmes. En sous-estimant ces adversaires inattendues, le président biélorusse a finalement laissé émerger une opposition unie et très populaire au sein de la population.

Un autre facteur joue en faveur de l’opposition : Alexandre Loukachenko a perdu une bonne partie de son soutien populaire. Deux explications à cela : d’abord, la situation économique n’a cessé de se dégrader ces dernières années. La Biélorussie a beaucoup souffert de la chute des cours du pétrole, et surtout du refus de Moscou de lui vendre l'or noir à un prix largement inférieur à celui du marché.

Autre explication, le coronavirus. Alexandre Loukachenko a minimisé la gravité de la maladie, invitant les Biélorusses à se protéger en buvant de la vodka ou en faisant des travaux agricoles. Cette prise de position a suscité l’indignation d’une partie de la population qui a constaté elle-même la dangerosité du virus, et qui s’est elle-même mobilisée pour aider le système de santé à faire face. Voilà pourquoi aujourd’hui, Alexandre Loukachenko n’a plus un soutien aussi large qu’auparavant au sein de ce pays qu’il dirige depuis 26 ans.

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