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Contestation en Biélorussie: Loukachenko se tourne vers Poutine

Le président russe Vladimir Poutine et le président biélorusse Alexandre Loukachenko se rencontrent dans la station balnéaire de la mer Noire de Sotchi, en Russie, le 15 février 2019 (photo d'illustration).
Le président russe Vladimir Poutine et le président biélorusse Alexandre Loukachenko se rencontrent dans la station balnéaire de la mer Noire de Sotchi, en Russie, le 15 février 2019 (photo d'illustration). Sergei Chirikov/Pool via REUTERS/File Photo
Texte par : RFI Suivre
7 mn

En Biélorussie, alors que le mouvement de contestation contre Alexandre Loukachenko se poursuit, le président biélorusse se tourne à présent vers Moscou, après l’avoir accusé d’ingérence pendant la campagne présidentielle.

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L’annonce d’un sixième mandat à la tête du pays ne passe pas. Confronté à un mouvement de contestation sans précédent depuis son arrivée au pouvoir en 1994, Alexandre Loukachenko est fébrile. Ce samedi, en début d'après-midi, des milliers de personnes convergeaient vers une station de métro de l'ouest de Minsk, pour rendre hommage à un homme ayant trouvé la mort à proximité lors d'une manifestation. Et dans la soirée, quelque 3.000 personnes se sont rassemblées devant la siège de la télévision publique, dans la capitale Minsk, pour protester contre la réélection du président sortant, et réclamer la « vérité » sur la répression des opposants. Des gerbes de fleurs, décorées de rubans blancs et rouges, les couleurs de l'opposition, ont été déposées près d'un mémorial improvisé. 

De plus en plus isolé, Alexandre Loukachenko s'est entretenu avec le président russe ce même jour,rapporte notre correspondant à Moscou, Étienne Bouche. « Les présidents ont discuté de la situation en cours à l'intérieur et l'extérieur » de la Biélorussie, a indiqué l'agence Belta. Le président Biélorusse souhaitait évoquer la « menace » visant, selon lui, son pays et « toute notre région ».

« Nous nous sommes entendus avec lui (Vladimir Poutine ): dès notre première demande, une aide complète sera fournie (par la Russie) pour assurer la sécurité » de la Biélorussie, a affirmé M. Loukachenko, cité par l'agence publique Belta, après que les deux dirigeants se soient entretenus par téléphone.

Le soutien ambigu et distant de Moscou

Condamné par les Européens, l'homme fort de Minsk s’en remet donc à son alliance traditionnelle avec Moscou. Reste à savoir si le Kremlin viendra à son secours. Car jusqu’à présent, le Kremlin a tenu à manifester à l’égard de cette crise politique un certain détachement. La diplomatie russe a certes évoqué des tentatives d’ingérence en Biélorussie, il n’empêche que Moscou reste bien silencieux. Le Kremlin n’exprime pas de soutien officiel à Alexandre Loukachenko.

A la suite de l’entretien des deux dirigeants ce samedi, la présidence russe a publié un communiqué sommaire. « Les deux parties ont exprimé leur confiance dans une résolution rapide de la crise ». Pour le Kremlin , « ces problèmes » ne doivent pas profiter « à des forces destructrices cherchant à porter atteinte à la collaboration mutuellement avantageuse ».

C’est tout l’enjeu pour Moscou : conserver ses intérêts chez son voisin et maintenir les engagements bilatéraux. Le journal Nezavissimaïa Gazeta souligne le coût financier que représenterait une rupture entre les deux pays. A la télévision, l’inhabituelle diversité des points de vue sur les événements semble un autre signal envoyé à Minsk : le Kremlin n’est pas prêt à tout pour sauver un Loukachenko plus que jamais en difficulté.

Aujourd’hui, Poutine est le seul soutien politique dont jouit la présidence Loukachenko et c’est un soutien ambigu et encore à confirmer. (…) La Russie va veiller à ce que la Biélorussie ne passe pas dans le camp occidental mais elle va veiller également à ne pas se placer dans une situation trop difficile à l’égard de l’UE ou des Etats-Unis qui prendraient une intervention russe comme prétexte pour renforcer des sanctions contre la Russie.

Cyrille Bret

Durant la campagne, Alexandre Loukachenko avait pointé la menace russe dans les affaires intérieures. Minsk avait annoncé l’arrestation de 33 mercenaires du groupe paramilitaire Wagner, considéré comme proche du Kremlin. Les hommes ont été relâchés vendredi et renvoyés en Russie.

Maintenant, donc, tout semble pardonné. Le président biélorusse a désigné de nouvelles menaces à la sécurité nationale : il accuse pêle-mêle la Pologne, les Pays-Bas, mais aussi Alexeï Navalny et Mikhaïl Khodorkovski, deux opposants au Kremlin.  Selon Alexandre Loukachenko, son pays fait face à une « révolution de couleur », le nom donné à plusieurs soulèvements dans l'ex-URSS ces 20 dernières années, avec des « éléments d'interférence extérieure ». 

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Il a par ailleurs rejeté « toute médiation étrangère », faisant référence à un plan de médiation proposé par la Pologne, la Lituanie et la Lettonie. Samedi 15, les États-Unis et Varsovie ont appelé Minsk au dialogue avec la société civile. L’Union européenne, elle, a annoncé l’adoption prochaine de sanctions contre des responsables biélorusses.

Les Etats-Unis discutent de la Biélorussie avec l'UE 

S'exprimant à Varsovie, pour la dernière étape d'une tournée en Europe centrale,  secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo a indiqué que Washington suivait la situation en Biélorussie et que l'objectif des discussions avec l'Union européenne était d'essayer de la meilleure façon d'aider le peuple biélorusse à atteindre souveraineté et liberté.

« Nous avons déjà dit que les élections elles-mêmes n'ont pas été libres et honnêtes. Et donc nous avons passé ces derniers jours à consulter nos partenaires européens, pas seulement lors de rencontres que j'ai pu avoir mais aussi lors de conversations téléphoniques, pour essayer de comprendre précisément ce qu'il se passe, et tout cela dans un objectif commun. Cet objectif commun est de soutenir le peuple biélorusse pour qu'il puisse atteindre la souveraineté, la liberté pour construire ce que vous voyez émerger des manifestations. Ces personnes réclament tout ce qu'un être humain peut demander : le droit de décider de ce que doit être leur gouvernement. Et donc nous exhortons les dirigeants biélorusses à élargir le cercle, à engager un dialogue avec la société civile, pour accéder aux demandes du peuple biélorusse ».

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