Reportage

Traversée de la Manche: la difficile surveillance des côtes

Une patrouille de gendarmes sur la plage Saint-Gabriel au sud de Boulogne-sur-Mer, le 20 août 2020.
Une patrouille de gendarmes sur la plage Saint-Gabriel au sud de Boulogne-sur-Mer, le 20 août 2020. RFI/Alexis Bédu

Dans le nord de la France, les tentatives de traversée de la Manche pour rejoindre l’Angleterre sont de plus en plus importantes. Un millier de personnes ont réussi le passage à bord d’embarcations sur le seul mois de juillet. Londres fait pression sur Paris pour renforcer la surveillance sur ces cent kilomètres de côtes où gendarmes et policiers sont déjà à pied d’œuvre. Reportage sur la côte près de Calais.

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Un soudanais a été retrouvé mort mercredi matin sur une plage de Sangatte près de Calais. Chaque jour, des dizaines de migrants sont secourus, à la dérive le plus souvent sur des Zodiac de fortune. Jumelles autour du cou, le gendarme Roger Lécuyer passe son été à surveiller la côte pour « éviter les traversées et les drames humains », précise-t-il. De jour comme de nuit, des patrouilles de la gendarmerie quadrillent les plages et les chemins de Dunkerque jusqu’à la baie de Somme. « Nous sommes ici sur la plage de Saint-Gabriel où il y a eu des tentatives de départs de migrants, raconte le gendarme réserviste, c’est facile pour les passeurs de déposer des migrants à cet endroit. Il n’y a que 200 mètres à faire à pied, cela leur permet d’être rapides et efficaces. »

La mise à l’eau est complètement détruite, stigmate d’une récente tempête, « c’est devenu très dangereux mais malheureusement ça n’empêche pas les gens de vouloir partir », décrit Roger Lécuyer.

Les autorités britanniques ont demandé à la France d’en faire plus dans le contrôle de cette frontière maritime. Londres souhaite que la Manche devienne « impraticable » pour les personnes souhaitant passer illégalement. Côté français, surveiller ces 100 kilomètres de côte en permanence est très difficile, voire même impossible. « Il y a un certain nombre de lieux et d’accès possible et on ne peut pas être partout malheureusement, déplore le capitaine Thierry Hoste, commandant adjoint de la compagnie de gendarmes d’Écuire, tout ce que l’on fait est difficilement quantifiable même si l’on a permis d’interpeller et de mettre à mal l’action de certains passeurs. »

Depuis le 1er janvier, au moins 900 personnes ont été interceptés par les autorités françaises après avoir tenté cette traversée, selon l’AFP. La météo ensoleillée de ces derniers mois a permis de nombreux passages – 4 500 en huit mois soit plus du double de l’année dernière. L’armée britannique a annoncé le déploiement d’un avion de surveillance supplémentaire pour assister les garde-côtes. Après la visite en France du secrétaire d’Etat à l’immigration britannique Chris Philp, Londres et Paris ont annoncé travailler sur « un nouveau plan pour fermer la route migratoire de la Manche ».

Cela ne changera rien, estime François Guennoc, vice-président de l’association l’Auberge des migrants présente à Calais. « Exilés et passeurs trouveront toujours des moyens de passer, et en tant qu’association humanitaire, nous sommes très pessimistes sur la capacité de la France à résister aux pressions britanniques. On se prépare donc à durer. Dans cinq ans, dans dix ans, il y aura toujours des migrants à Calais. On aura mis un peu plus d’obstacles sur leurs routes mais ils seront toujours là. »

Pour les associations, la fin de ces drames humains passe impérativement par la révision du système de demande d’asile en Europe.

François Guennoc, vice-président de l’association calaisienne venant en aide aux personnes exilés « l’Auberge des migrants ».
François Guennoc, vice-président de l’association calaisienne venant en aide aux personnes exilés « l’Auberge des migrants ». RFI/Alexis Bédu

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