Kosovo-Serbie: un accord favorable aux intérêts américains avant tout

Le président américain Donald Trump dans le Bureau ovale avec le président serbe Aleksandar Vucic et le Premier ministre kosovar Avdullah Hoti le 4 septembre 2020.
Le président américain Donald Trump dans le Bureau ovale avec le président serbe Aleksandar Vucic et le Premier ministre kosovar Avdullah Hoti le 4 septembre 2020. REUTERS/Leah Millis

Le président serbe Aleksandar Vucic et le Premier ministre kosovar Avdullah Hoti ont signé ce vendredi 4 septembre, à la Maison Blanche, un accord économique censé contribuer à régler le conflit territorial entre les deux pays. Présenté comme « historique », cet accord va surtout profiter aux intérêts américains.

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Le différend politique profond entre Belgrade et Pristina n'est pas du tout réglé par l'accord signé sous les auspices de Donald Trump. C'est ce que regrette Nikola Burazer, directeur de programme de l'ONG Center for Contemporary Politics basé à Belgrade. Pour lui, le gain économique pour les deux pays n’est même pas certain.

« Cet accord ne traite d’aucune des questions fondamentales du processus de normalisation politique, souligne Nikola Burazer. La coopération économique n’est pas une mauvaise chose en soi et nous espérons que cet accord apporte quelques bénéfices économiques et du coup, un élan pour la poursuite du dialogue. Cela permettrait aussi d’accroître la confiance entre les deux parties. Mais nous n’attendons pas beaucoup de gains économiques pour les deux parties. »

Toujours pas de reconnaissance du Kosovo

Belgrade refuse de reconnaître l'indépendance proclamée en 2008 par le Kosovo après la guerre de la fin des années 1990, qui a fait 13 000 morts. « Il n'y aucun risque que je signe un document qui contiendrait la reconnaissance du Kosovo. Point final », avait martelé Aleksandar Vucic jeudi 3 septembre. Il assure que cet article a finalement « disparu » suite à ses protestations.

Seule concession politique, les deux pays ont accepté de « geler » pendant un an la campagne internationale du Kosovo en faveur de son intégration dans les organisations internationales et celle de Belgrade pour convaincre les pays qui ont entériné l'indépendance de son ex-province de la « dé-reconnaître ».

►À lire aussi : Revue de presse des Balkans - le Kosovo et la Serbie signent un accord économique aux États-Unis

Ce sommet de Washington, inhabituel dans un processus traditionnellement mené par les Européens, visait officiellement à promouvoir le seul « renforcement des relations économiques » entre les deux pays. Les négociations politiques doivent d'ailleurs reprendre dès lundi à Bruxelles, où Aleksandar Vucic et Avdullah Hoti retrouveront le chef de la diplomatie européenne Josep Borrell.

Un accord pour les États-Unis avant tout

Selon Nikola Burazer, l’accord sert les États-Unis, notamment dans sa guerre commerciale avec la Chine : « Nous voyons plutôt des bénéfices pour les intérêts américains, par exemple lorsque la Serbie et le Kosovo s’engagent à retirer de leurs réseaux mobiles les équipements 5G de fournisseurs non approuvés. On peut supposer que cela vise Huawei et la Chine. En tout cas, tout cela n’a rien à voir avec les questions fondamentales liées au dialogue politique. »

Il y a des choses qui ont vraiment rien à faire là. Par exemple, l'allusion au fait que le fait que le Kosovo et la Serbie doivent convaincre les 69 pays où l'homosexualité est un crime de travailler sur cette question. Le fait de désigner le Hezbollah comme une organisation terroriste et enfin ce qui concerne le déplacement par la Serbie de son ambassade en Israël à Jérusalem et la reconnaissance mutuelle du Kosovo et d'Israël.

Loic Tregoures, chercheur spécialiste des Balkans, sur l'accord fourre-tout entre le Kosovo et la Serbie

 

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