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Haut-Karabakh: Stepanakert frappée par des tirs, l'Arménie prête pour une médiation

La principale ville séparatiste, Stepanakert, a été frappée par les forces azerbaïdjanaises, le 2 octobre 2020.
La principale ville séparatiste, Stepanakert, a été frappée par les forces azerbaïdjanaises, le 2 octobre 2020. REUTERS
Texte par : RFI Suivre
9 mn

Les combats se poursuivent pour le sixième jour consécutif dans le Haut-Karabakh, une enclave séparatiste à majorité arménienne en Azerbaïdjan. Erevan se dit prêt à s'engager avec le groupe de Minsk sous l'égide de l'OSCE à rétablir un cessez-le-feu. Pour Bakou, la seule solution pour l'arrêt des combats est le retrait des forces arméniennes de la région.

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Dans un communiqué daté du 2 octobre, la diplomatie arménienne se dit prête à « s'engager avec les pays coprésidant le groupe de Minsk de l'OSCE pour rétablir un cessez-le-feu basé sur les accords de 1994-1995 ».

Cette annonce intervient au lendemain d'une déclaration commune des présidents français, russe et américain dont les pays pilotent depuis le début des années 1990 cette médiation sur le Haut-Karabakh. L'Azerbaïdjan estime de son côté que l'Arménie doit se retirer du territoire séparatiste afin d'arrêter « l'escalade ».

La Turquie s’est exprimée pour rejeter l'initiative du Groupe de Minsk. « Après avoir négligé ce conflit pendant trente ans il est inacceptable que les Etats-Unis, la Russie et la France s'impliquent dans la recherche d'un cessez-le-feu », a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan.

De son côté, Moscou s'est dit « très préoccupée » du déploiement dans la région du Haut Karabakh de « terroristes et de mercenaires étrangers » venant de Syrie et de Libye. Des mercenaires acheminés à grand frais par la Turquie qui fournit aussi du matériel militaire à l’Azerbaïdjan.

Les combats sont pour le moment dans la partie sud et nord, qui est la partie plate du Haut-Karabakh, celle qui est facile d'accès. Ce qui compte pour l'Azerbaïdjan, c'est le symbolique. Ils savent très bien qu'ils n'ont pas les moyens militaires de récupérer tout le Haut-Karabakh.

Pierre Razoux, directeur académique de la Fondation méditerranéenne d'études stratégiques (FMES)

Accusations contre la Turquie, principal soutien de l'Azerbaïdjan

La France, par la voix de son ministre des Affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, a mis en garde les deux parties contre le risque d'une « internationalisation du conflit »  et d'une « escalade hors de contrôle ».  Parallèlement, la France a accusé la Turquie d'envenimer la situation en envoyant, selon elle, des « jihadistes » de Syrie combattre avec les Azerbaïdjanais.

De son côté, le Premier ministre arménien dit détenir « des preuves » de l'implication militaire d'Ankara dans le conflit. Il l'accuse d'avoir fourni à Bakou des véhicules militaires, des armes, ainsi que des conseillers militaires. « Nous savons que la Turquie a formé et transporté des milliers de mercenaires et de terroristes depuis les zones occupées par les Turcs dans le nord de la Syrie », a déclaré Nikol Pachinian dans un entretien au quotidien français Le Figaro.

Le poste d'accueil du centre de secours de Stepanakert.
Le poste d'accueil du centre de secours de Stepanakert. Anissa El Jabri et Bertrand Haeckler /RFI

Sur le terrain, les combats entre Arméniens et Azerbaïdjanais font rage, et la capitale Stepanakert a été vendredi la cible de plusieurs tirs y compris sur des quartiers d'habitation.

La ville a été frappée par les forces azerbaïdjanaises, les bombardements faisant « de nombreux blessés parmi la population civile » et des dégâts matériels, affirme le ministère de la Défense arménien.

Le bâtiment de la sécurité civile et des pompiers a notamment été visé par des tirs d’artillerie. Toutes les vitres ont été brisées, racontent les envoyés spéciaux de RFI, Anissa El Jabri et Bertrand Haeckler, et le poste d' accueil presque détruit. Il n'y a plus aucun bureau à l'intérieur du bâtiment principal, les pneus des camions de pompiers ont explosé. Sur le parking : un trou béant.

Tout le personnel a été évacué et, de temps en temps, un soldat passe un balai pour ramasser le verre brisé au sol. « Normalement, nous sommes tous dans ce batiment jour et nuit parce que c'est la guerre mais là, c’était l'heure du repas. Les gens étaient sortis déjeuner, il restait un tiers des effectifs de permanence. Les Azerbaïdjanais n’hésitent pas à viser toutes les infrastructures civiles, des écoles, des crèches. Des tirs ont failli atteindre le batiment de la Croix-Rouge dimanche dernier », explique Armen Narimanyan, porte-parole du ministère des Situations d’urgence.

Les vitres des maisons voisines ont également souffert. Ce vendredi, à la mi-journée, il s'agissait de tirs d'artillerie mais des drônes sont aussi envoyés dans la capitale du Haut-Karabagh. Les femmes, les enfants et les personnes âgées vivent depuis 5 jours réfugiés dans les caves des immeubles ou des bunkers.

Le premier jour où ils ont bombardé la ville, j'ai trouvé cet endroit, je suis allée chercher les enfants du quartier et je les ai amenés ici...

Reportage d'Anissa El Jabri et Bertrand Haeckler dans une cave d'immeuble à Stepanakaert

En début de soirée, trois autres roquettes se sont abattues sur le centre-ville cette fois, rapporte notre autre envoyé spécial Régis Genté . 

Cette attaque, la plus importante depuis l’éclatement des hostilités de dimanche dernier, étonne car manifestement, reprendre la capitale du Karabakh ne fait pas partie des objectifs militaires de l’Azerbaïdjan. On peut exclure qu’il s’agisse de tirs indiscriminés visant à terroriser les 55 000 habitants de la ville, ceux qui restent. Cependant, l’une de ces roquettes tirée ce vendredi soir, s’est abattue tout près de l’état-major de l’armée dite de défense du Haut Karabakh. 

Cette attaque laisse aussi penser que la stratégie de la Bakou vise à faire comprendre à l’Arménie que sa supériorité militaire est telle, qu’il est temps d’accepter de négocier avec l’Azerbaïdjan, ce qu’Erevan refuse jusqu’à ce jour, étant sortie victorieuse de la guerre de 1988-1994.

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