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Biélorussie: «C’est par le bas que les manifestants tentent de porter atteinte au régime»

Un nouveau rassemblement de la contestation populaire des résultats de la présidentielle a eu lieu dimanche 4 octobre 2020 à Minsk.
Un nouveau rassemblement de la contestation populaire des résultats de la présidentielle a eu lieu dimanche 4 octobre 2020 à Minsk. REUTERS/Stringer
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Après s’être entretenue avec Angela Merkel mardi à Berlin, Svetlana Tikhanovskaïa est entendue mercredi matin 7 octobre à l’Assemblée nationale française. L’opposante biélorusse, qui revendique la victoire à la présidentielle du 9 août, intervient par visioconférence devant la Commission des Affaires étrangères. La concurrente d’Alexandre Loukachenko appelle les pays européens à maintenir la « pression », notamment par des « sanctions », sur le régime du président biélorusse. À Minsk et dans les autres villes du pays, le mouvement de contestation dure depuis près de deux mois. Ioulia Shukan, maîtresse de conférence en études slaves à l’Université Paris-Nanterre, a passé plusieurs semaines à observer cette mobilisation populaire sans précédent en Biélorussie.

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Comment le mouvement de protestation a-t-il évolué depuis le 9 août ?

On observe un accroissement de la répression. Le nombre d’interpellations se multiplie, tant dans la capitale que dans les régions. Face à cette répression, le mouvement évolue ; il a, en fait, trouvé son propre rythme. Il y a toujours ces grandes marches du dimanche où des centaines de milliers de manifestants se réunissent et investissent les principaux axes de Minsk. Mais en même temps, le mouvement a migré vers des territoires plus éloignés, vers les cours des tours d’immeubles, où les voisins font connaissance, se rencontrent autour d’un concert, d’un atelier dessin, d’un séminaire de sciences politiques, où ils discutent de ce qui se passe dans le pays. Il y a une sorte de politisation par le bas, mais aussi de mobilisation par le bas, que l’on observe dans ces territoires.

La politique s’est immiscée dans de nombreuses sphères de la vie des Biélorusses. Est-ce vraiment un phénomène nouveau ?

C’est quelque chose d’extrêmement nouveau, effectivement. Dans de nombreuses cours d’immeubles, où je suis allée à la rencontre de ces voisins mobilisés, les gens me disaient qu’ils ne se connaissaient pas auparavant, qu’ils se disaient à peine bonjour. Aujourd’hui, notamment grâce à ces communautés virtuelles créées via les tchat Telegram, mais aussi grâce aux communautés réelles avec ces rencontres tous les soirs dans ces cours d’immeubles, les gens ont appris à se connaitre, à agir ensemble. Certains se réunissent même pour partir ensemble rejoindre les grandes marches du dimanche.

Dans quel état d’esprit sont les manifestants après deux mois de mobilisation, après la prestation de serment d’Alexandre Loukachenko et alors qu’une bonne partie de l’opposition est soit en prison, soit en exil ?

Il y a une attente de leadership qui émerge, mais dans le même temps, il y a une grande détermination et ce sentiment que même dans des conditions extrêmement difficiles, où effectivement tous les leaders sont soit en prison, soit à l’étranger, la mobilisation doit continuer par en bas. Il y a toujours une grande détermination à descendre dans la rue et aussi une détermination à agir par des voies détournées, notamment à travers ces rassemblements dans les cours d’immeubles. On a vu aussi toute une campagne de boycott du paiement des impôts, ou des gens qui retardaient au maximum le paiement des diverses sanctions financières imposées par les administrations. De leur côté, les hackers essayent de mettre à mal le fonctionnement d’un certain nombre de sites institutionnels. Donc, il y a toute une panoplie d’actions autres que l’action protestataire dans la rue. C’est par le bas que les manifestants tentent de porter atteinte au régime.

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Comment la multiplication des interpellations est-elle vécue par les manifestants : est-elle de nature à entamer leur moral ou leur détermination ?

Je n’ai pas cette impression-là. Bien au contraire, je pense qu’il y a une très grande détermination, mais j’ai aussi le sentiment qu’il y a cette perspective de vivre un jour ou l’autre une interpellation. Cette perspective est de plus en plus acceptée, comme on peut l’entendre dans les discussions au sein des manifestations du dimanche. Les gens parlent entre eux de la manière de se préparer en amont : comment se rendre à la manifestation, comment s’habiller pour pouvoir, en cas d’interpellation, passer un certain nombre de jours en prison, ne pas y avoir froid, avoir des vêtements confortables. Il y a énormément de conseils qui circulent sur les manières de faire, sur les attitudes à adopter vis-à-vis des policiers. Ce risque existe, c’est une expérience que les gens ne souhaitent pas forcément vivre, mais il est totalement accepté, en tout cas, comme partie intégrante de cette expérience protestataire.

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