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Entretien

«La trêve humanitaire au Haut-Karabakh n’est pas respectée»

Un homme dans sa maison détruite par une frappe de l'artillerie azerbaïdjanaise à Stepanakert, dans le Haut-Karabakh, le 13 octobre 2020.
Un homme dans sa maison détruite par une frappe de l'artillerie azerbaïdjanaise à Stepanakert, dans le Haut-Karabakh, le 13 octobre 2020. AP Photo
7 mn

La trêve conclue samedi 10 octobre dans le Haut-Karabakh sous l’égide de la Russie n’est pas respectée. D'intenses combats opposaient ce mardi 13 octobre forces séparatistes arméniennes du Haut-Karabakh et armée azerbaïdjanaise. La Croix-Rouge estime que le conflit affecte des « centaines de milliers » de personnes. Sylvie Noël a rencontré l’ambassadrice d’Arménie en France, HasmikTolmajyan.

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RFI : Comment réagissez-vous à la violence de cette trêve au Haut-Karabakh ?

Hasmik Tolmajyan : Vendredi dernier, il y a eu un accord qui a été obtenu à Moscou, annonçant une trêve humanitaire qui permettrait, notamment, l’échange des corps, des prisonniers de guerre et d’autres détenus, par l’intermédiaire du Comité international de la Croix-Rouge. On sait que cet accord n’a pas été respecté par l’Azerbaïdjan. Les villes, notamment Stepanakert, ont continué à être bombardées. Les actions militaires continuent, notamment dans le nord-est et surtout, aussi, dans le sud. Donc, l’Arménie aspire à ce que ce cessez-le-feu soit vraiment strictement respecté et que l’on revienne rapidement au calme.

Qu’attendez-vous des co-présidents du groupe de Minsk de l’OSCE qui assure la médiation pour que ce cessez-le-feu soit respecté ?

Je pense qu’un message très ferme adressé à l’Azerbaïdjan sera un signal clair consistant à dire que l’agresseur ne peut pas compter sur l’impunité.

Au-delà des violences actuelles qui ont débuté le 27 septembre, quelle doit-être selon vous, la solution pour le Haut-Karabakh ?

Je pense qu’aujourd’hui, doter le Haut-Karabakh d’un statut fort et net, qui permettrait sa reconnaissance et son indépendance, est le seul moyen et la seule clé qui donnera la possibilité au peuple du Haut-Karabakh d’éviter la menace d’extermination physique. Aujourd’hui, la reconnaissance du Haut-Karabakh est le seul moyen capable d’assurer la survie du peuple d’Arstakh sur ses terres ancestrales.

Ce qui veut dire que, s’il y a reconnaissance d’un statut pour le Haut-Karabagh, il faudra qu’il y ait une contrepartie pour l’Azerbaïdjan… L’Arménie est-elle prête à envisager une contrepartie ?

Vous savez, l’Arménie a toujours dit, quand elle s’est engagée dans le processus de négociation, que toute solution du conflit, tout règlement du conflit, doit reposer sur un consensus. L’Arménie a toujours dit qu’elle est prête à faire sa part de compromis. Malheureusement, on n’a jamais entendu l’Azerbaïdjan dire à son tour quelle est la part de compromis qu'il était prêt à consentir. D’ailleurs, le Premier ministre Pachinian a répété à plusieurs reprises, que la solution aboutie devrait convenir à la fois au peuple de l’Arménie, au peuple du Haut-Karabakh – de l’Artsakh – et au peuple de l’Azerbaïdjan.

Ceci démontre clairement que l’Arménie n’a jamais soutenu, n’a jamais avancé des revendications, des exigences maximalistes. On est prêt au compromis, et bien sûr, pendant le processus de négociation qui se poursuivra sous l’égide de la co-présidence du groupe de Minsk de l’OSCE, en l’occurrence de la France, des États-Unis et de la Russie… Tous les éléments qui peuvent rapprocher les parties à une solution partagée, seront discutés, bien sûr.

Lors de conflit au Haut-Karabakh, il est apparu de façon évidente que la Turquie était désormais un acteur présent dans le Caucase. Comment l’Arménie analyse la présence, désormais, de la Turquie aux côtés de l’Azerbaïdjan ?

La Turquie et l’Azerbaïdjan, depuis toujours, revendiquent d’être une nation dans deux États. Et ils n’ont pas tort, parce qu’il est vrai qu’il y a une très, très forte proximité ethnique, linguistique entre les deux. Mais jusqu’à maintenant, la Turquie avait plutôt utilisé son soft-power. Cette fois-ci, on a vu quand même une implication explicite et très forte de la Turquie, à la fois politique, il s’agit d’un soutien politique inconditionnel, mais aussi d’une intervention directe, militaire.

On a vu les avions de combat F-16 que la Turquie a mis à la disposition de l’Azerbaïdjan, début août, dans le cadre des manœuvres militaires conjointes qu’ils ont organisées. On sait que la Turquie ne les a jamais rapatriés. Donc ils sont utilisés dans l’espace aérien arménien. La Turquie garde aussi sur place des instructeurs militaires… Et après, concernant la présence de jihadistes sur place, – ce n’est pas l’Arménie –, mais c’est un grand nombre de pays qui l’affirment. Donc c’est vrai que c’est un facteur nouveau qui change la donne. Et quand le président français affirme que les lignes rouges sont déjà franchies, ça montre à quel point ce danger, cette implication turque, devient alarmant.

On sait que la Turquie est présente sur d’autres champs de bataille ; et on sait très bien qu’à chaque fois, c’est une déstabilisation, ce sont des malheurs humains, ce sont des tragédies… Donc, ce n’est pas une nouvelle implication de la Turquie dans la région qui va simplifier les choses dans un conflit qui est déjà extrêmement complexe.

Est-ce que l’Arménie serait prête à envisager un rôle de la Turquie dans les négociations ?

Non, parce qu’il y a les parties du conflit et il y a les médiateurs. Les parties du conflit, c’est l’Azerbaïdjan, le Haut-Karabakh et l’Arménie. Et les médiateurs du conflit, ce sont les co-présidents du groupe de Minsk, la France, la Russie et les États-Unis. Les médiateurs sont impartiaux, ils ont une neutralité. C’est leur rôle, c’est leur vocation… Donc, la Turquie, comme elle n’est pas impartiale dans ce conflit – d’autant plus qu’elle revendique même d’être partie à part entière dans ce conflit –, ne peut pas être parmi les médiateurs. Si elle est parmi les belligérants, alors qu’elle le dise plus clairement. En tout cas, en évoquant lesdits faits, on peut dire haut et fort que la Turquie n’a pas de place sur la table des négociations. Et le processus de négociation ne va pas avancer, si on a une partie, un belligérant de plus, qui détient la deuxième armée de l’Otan. Aujourd’hui, symboliquement, on peut dire vraiment que les Arméniens dans le Haut-Karabakh combattent l’Azerbaïdjan, la Turquie et le terrorisme.

Diriez-vous que la présence de la Turquie dans l’arrière-cour de Moscou complique la marge de manœuvre de la Russie ?

La Russie est co-présidente du groupe de Minsk, donc elle a une impartialité, une neutralité. Elle a de bonnes relations avec l’Arménie, mais aussi de bonnes relations avec l’Azerbaïdjan. La Russie est aujourd’hui dans son rôle, quand elle fait des efforts pour restaurer la paix, pour demander d’abord une trêve humanitaire et après le renforcement du cessez-le-feu.

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