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Reportage

Haut-Karabakh: les habitants s’organisent comme ils peuvent face au conflit

Des habitants regardent les débris d'un bâtiment détruit par les conflits dans le Haut-Karabakh, dans la capitale Stepanakert, le 19 octobre 2020.
Des habitants regardent les débris d'un bâtiment détruit par les conflits dans le Haut-Karabakh, dans la capitale Stepanakert, le 19 octobre 2020. REUTERS/Stringer
Texte par : RFI Suivre
6 mn

Les combats se poursuivent dans le Haut-Karabakh, malgré deux cessez-le-feu sous l'égide de Moscou et la médiation des États-Unis. Alors que la situation humanitaire se dégrade encore, les habitants s’organisent pour proposer de l'aide aux nombreux réfugiés, comme dans la ville arménienne de Goris, près de la frontière, où le patron d’un hôtel a mis son établissement à disposition d’une soixantaine de personnes.

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Deux enfants jouent aux dames, pendant qu’un groupe de femmes discutent doucement, assises dans les fauteuils du hall d’entrée de l’hôtel. Armen Yeguian, 47 ans, est le seul homme de l’assistance. Amputé des jambes lors de la guerre du Karabakh dans les années 1990, il vient d’arriver de Stepanakert, la capitale du Haut-Karabakh. Sa fille, son épouse et sa mère sont là aussi, mais son fils, 18 ans, est sur le front, raconte-t-il à nos envoyés spéciaux en Arménie, Anastasia Becchio et Richard Riffonneau : « Hier, il a eu une journée de repos à Stepanakert, j’ai pu le voir. Mais il ne dit rien. Que voulez-vous, c’est un garçon de 18 ans, c’est terrible. Cette guerre dure trop longtemps. On veut qu’une seule chose, que cette guerre se termine, que nous puissions rentrer chez nous auprès de nos fils. »

Le gite et le couvert offerts tant que la guerre durera

Vahagh Hayrapetyan est le patron de l’établissement qu’il a lui-même construit il y a 16 ans. Aujourd’hui, avec sa femme, il fait son possible pour aider les réfugiés et offrir un peu de repos aux militaires revenus du front. En dépit des difficultés financières, il se dit prêt à continuer à offrir le gite et le couvert tant que durera la guerre. Mais, comme beaucoup ici, il espère une aide extérieure. « Sans participation de la Russie, ce conflit n’aura pas d’issue, opine-t-il. Je pense que la Russie, mais aussi la France, peuvent aider et tout faire pour arrêter cette guerre. »

Selon le défenseur des droits de l’homme du Haut-Karabakh, 90 000 civils ont dû fuir la région, soit près de 60% de la population.

Une situation humanitaire toujours plus difficile pour les blessés et habitants

Selon plusieurs bilans partiels, les combats entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan ont fait près de 1 000 morts, dont une centaine de civils. Mais les équipes humanitaires ne peuvent toujours pas accéder aux zones de front car aucun cessez-le-feu n’est respecté, tout comme la médiation de Washington, qui ne semble pas porter ses fruits.

Les équipes de la Croix-Rouge espéraient porter secours aux blessés et aux habitants, dont la situation s’empire. Mais comme l’explique Zara Amatuni, du Comité international de la Croix-Rouge à Yerevan, la poursuite des combats rend leur travail compliqué.

« C’est très difficile pour nos équipes d'accéder aux zones de front, pour des raisons de sécurité. C’est trop dangereux, explique-t-elle. Ils ne peuvent pas porter secours aux populations civiles. Les contacts avec eux et avec les autorités locales de chaque côté ne se font que par téléphone. »

« Des bâtiments ou des sous-sols non chauffés » pour refuge

Sans ce soutien humanitaire, des dizaines de milliers de civils vivent depuis plusieurs semaines réfugiés dans des abris souterrains, sous les bombardements des deux armées. « Les gens ont peur, ils sont déplacés, d’autres restent dans des refuges, des bâtiments ou des sous-sols non chauffés, ils ne sont pas dans de bonnes conditions sanitaires, ajoute Zara Amatuni. Pour l’instant, nous leur avons principalement fourni des produits de première nécessité comme des légumes, de l’huile et du sucre. Et des produits d’hygiène. »

Depuis la reprise du conflit fin septembre, l'Azerbaïdjan a démontré une supériorité militaire face à son adversaire arménien. Et aucune partie n’anticipe pour l’instant une trêve même humanitaire.


■ Le discours belliqueux d’Erdogan inquiète les Arméniens de Turquie

Depuis la reprise du conflit dans le Haut-Karabakh entre les séparatistes appuyés par l’Arménie et l’armée azerbaïdjanaise, un seul pays soutient inconditionnellement cette dernière sans jamais avoir appelé à un cessez-le-feu : la Turquie. Le président Recep Tayyip Erdogan qualifie même l’Arménie « d’État voyou », un discours belliqueux et nationaliste au sommet de l’État, largement relayé dans les médias locaux, qui inquiète la petite minorité arménienne de Turquie.

Avec notre correspondante à Istanbul, Anne Andlauer

Au bout du fil, l’Arménien Armen se dit « tendu » et « stressé » depuis la reprise des conflits dans le Haut-Karabakh. Pourtant, il vit à Diyarbakir, grande ville du sud-est de l’Anatolie, plus proche à vol d’oiseau de l’Arménie et de l’Azerbaïdjan d’Istanbul, où vivent la plupart des 60 000 Arméniens de Turquie. « Je ne vais plus au café. Vous savez, au café, on parle de politique et mes voisins croient ce qu’écrit la presse turque, qui n’écoute qu’un seul camp dans ce conflit, explique-t-il. J'ai peur qu’il arrive du mal aux Arméniens d’ici... On ne sait jamais ce qui peut se passer. »

Armen a en tête le discours anti-Arménie propagé depuis un mois dans la plupart des médias turcs, qui dérape facilement en discours anti-Arméniens. Il pense aux klaxons et aux drapeaux de l’Azerbaïdjan agités, à quelques reprises, sous les fenêtres des quartiers majoritairement arméniens… Difficile, dans un tel climat, de rester serein quand on est une minorité et qu’on partage une mémoire aussi douloureuse que celle des Arméniens de Turquie.

À Istanbul, Ara Koçunyan est le rédacteur en chef de Jamanak, quotidien en langue arménienne. Il reconnaît des « inquiétudes », mais aussi beaucoup de « peine » dans sa communauté : « Nous souffrons avant tout du retour de la violence dans le Caucase et pas seulement – c’est important de le dire – parce que des Arméniens y meurent. Bien sûr, tous les membres de la communauté arménienne de Turquie ne vivent pas les tensions actuelles de la même manière, avec la même psychologie… Mais malheureusement, le climat de guerre facilite notre mise à l’écart de la société. »

Malgré ce lourd climat, Jamanak fêtera dans quelques jours ses 113 ans. Cette longévité en fait le quotidien le plus ancien de Turquie, mais aussi le plus vieux du monde publié sans interruption en langue arménienne.

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