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Propos d'Erdogan sur Macron: la France rappelle son ambassadeur à Ankara

Le président turc Recep Tayyip Erdogan, lors d'une réunion avec le président du Conseil européen Charles Michel, à Bruxelles, le 9 mars 2020.
Le président turc Recep Tayyip Erdogan, lors d'une réunion avec le président du Conseil européen Charles Michel, à Bruxelles, le 9 mars 2020. REUTERS/Francois Lenoir
Texte par : RFI Suivre
7 mn

Le président français Emmanuel Macron a répliqué vertement samedi aux nouvelles attaques de son homologue turc Recep Tayyip Erdogan et a rappelé à Paris l'ambassadeur de France, un acte diplomatique rare.

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La présidence française a dénoncé les propos jugés « inacceptables » du président turc qui avait mis en question « la santé mentale » d'Emmanuel Macron en raison de son attitude envers les musulmans, mais aussi noté « l'absence de messages de condoléances et de soutien d'Ankara après l'assassinat de Samuel Paty », une semaine après la décapitation de cet enseignant par un islamiste près de Paris.

Le courroux français se traduit par le rappel immédiat de l'ambassadeur de France à Ankara, semble-t-il pour la première fois de l'histoire des relations diplomatiques franco-turques. L'acte, dit l'entourage d'Emmanuel Macron, se veut « un signal très fort ». Pour le souligner encore, l'Élysée a fait savoir que l'ambassadeur rappelé ce dimanche aurait un tête à tete avec le chef de l'État.

Le précédent rappel à Paris d'un ambassadeur de France « en consultation », selon l'expression consacrée, remonte à février 2019, pour protester contre une rencontre entre Luigi di Maio, alors vice-premier ministre italien, et des « gilets jaunes ».

De nouvelles attaques d'Erdogan

En novembre dernier, Recep Tayyip Erdogan avait déjà mis en cause la santé mentale d'Emmanuel Macron, répliquant aux propos du président français sur la « mort cérébrale » de l'Otan en l'invitant à « examiner sa propre mort cérébrale ».

« Des insultes et des provocations d'Erdogan, on en a eu quasiment toutes les semaines cet été », admettait-on samedi dans l'entourage du président Macron. Ce qui changerait cette fois, c'est « le contexte ».

Cela n'a en tout cas pas empêcher le président turc d'attaquer à nouveau ce dimanche Emmanuel Macron, réitérant ses doutes sur sa santé mentale. Erdogan a accusé Emmanuel Macron de « s'en prendre à Erdogan jour et nuit », et a ajouté: « C'est un cas, et en conséquence, il a vraiment besoin de subir des examens ».

Depuis des mois, les sujets de tension s’accumulent entre les deux pays : les réfugiés syriens sur le sol turc utilisés comme levier de pression, la Libye, la Syrie, la Méditerranée orientale, le Haut-Karabahh, le dossier de l'islam aussi. Il y a de l'entrisme religieux turc sur le sol français, juge-t-on à Paris.

Recep Tayyip Erdogan lui peint la France en pays hostile aux musulmans, un moyen aussi de s'affirmer comme le tout premier défenseur des musulmans.

Soutien du chef de la diplomatie européenne et de la classe politique française à Macron

Jusqu’ici en tout cas, la tension restait relativement circonscrite aux deux chefs d’État. Paris avait du mal à fédérer autour de sa position. Cette fois-ci, les représentants des 27 sont montés au créneau contre Ankara. Il y a dix jours, ils avaient repoussé la possibilité de sanctions contre la Turquie au prochain conseil européen début decembre

Ce dimanche 25 octobre à midi, le chef de la diplomatie européenne a posté un message sans ambiguïté sur Twitter. Josep Borell qualifie les propos du président turc d’« inacceptables ». En français dans le texte, il appelle aussi la Turquie à cesser cette spirale dangereuse de confrontation.  Dans un autre message, Josep Borell demande à Ankara d’opter pour un « agenda positif », au risque, continue-t-il, d’être « encore plus isolée », rapporte notre correspondant à Bruxelles, Jérémy Audouard.

Au micro de RTL, Marine Le Pen a apporté son soutien à Emmanuel Macron. 
Mais la présidente du Rassemblement national (RN) demande une réponse plus forte au niveau européen. « Je défends le président de la République française, a-t-elle déclaré. La première des sanctions est d'arrêter de leur verser de l'argent. Pourquoi l'Union européenne finance des milliards à la Turquie en répondant au chantage aux migrants de monsieur Erdogan ? »

Sur BFMTV, le député de la France insoumise (LFI) Adrien Quatennens, tout en lui apportant son soutien, a tout de même conseillé à Emmanuel Macron de ne pas trop en faire. « C'est inacceptable mais je mets aussi en garde monsieur Macron de ne pas surjouer l'indignation parce qu'avec la Turquie, monsieur Macron a parfois été aux abonnés absents quand il le fallait, a-t-il déclaré. Quand des opposants turcs étaient emprisonnés en Turquie, j'aurais aimé à ce moment-là entendre plus fortement Emmanuel Macron ».

À droite, le député Les Républicains (LR) Damien Abad, invité de France 3, a accusé Recep Tayyip Erdogan de vouloir instrumentaliser les musulmans français. « Il fait un amalgame volontaire pour encourager l'islamisme, a-t-il affirmé. D'un côté, Erdogan le fait au nom de la défense de l'islam, à tort. De l'autre, Marine Le Pen le fait aussi et confond le musulman et l'intégriste ». Pour le secrétaire d’Etat français chargé des Affaires européennes Clément Beaune, le président turc cherche à « déstabiliser » la France.

 

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