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Télétravail: des logiciels espions pour surveiller en masse les salariés

La vie privée des employés est protégée dans nombreux pays, mais les entreprises surveillent de plus en plus leurs activités en télétravail. Ici, une employée et son chat à Sassenheim, aux Pays-Bas le 2 octobre 2020.
La vie privée des employés est protégée dans nombreux pays, mais les entreprises surveillent de plus en plus leurs activités en télétravail. Ici, une employée et son chat à Sassenheim, aux Pays-Bas le 2 octobre 2020. REUTERS/Eva Plevier

Le télétravail avait déjà pris une place croissante dans le quotidien des salariés ces dernières années. Il connaît une accélération sans précédent en 2020 avec l’épidémie de Covid-19. Mais, conséquence néfaste de cette évolution, les entreprises déploieraient en masse des systèmes logiciels pour surveiller à distance leurs employés, selon une enquête du cabinet ISG.

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Les craintes d’une cybersurveillance généralisée dans le monde du travail ne seraient pas des simples fantasmes des salariés grincheux, selon une enquête publiée en juin 2020 par le cabinet de consultants ISG, spécialiste de la recherche et du conseil en technologie pour de grands groupes internationaux.

En examinant plus de 2 000 entreprises à travers le monde, l’étude révèle que les ventes de logiciels permettant de contrôler des employés en télétravail ont augmenté de plus de 500% depuis le début de la pandémie de Covid-19.

Répandue aux États-Unis, la pratique est encadrée en France

En France, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (Cnil) a prévu un certain nombre de garde-fous censés protéger les télétravailleurs. Parmi ceux-ci figurent le principe de proportionnalité dans l’exercice de cette surveillance et l’obligation d’en informer les représentants du personnel. Comme l’explique Alexandre Lazarègue, avocat au barreau de Paris spécialisé en droit du numérique, l’employeur ne peut utiliser « juridiquement » ces outils « contre son salarié ».

Le principe de proportionnalité est le principe selon lequel les libertés individuelles doivent toujours être respectées. La Cnil a mis en place tout un tas de délibérations pour encadrer l’usage des outils technologiques par le salarié, pour protéger sa vie privée qui reste un droit fondamental dans l’exercice de sa vie professionnelle. Donc l’employeur peut s’introduire pour contrôler le travail du salarié, mais sur le plan juridique, c’est quelque chose qu’il ne pourra pas utiliser contre son salarié ou l’utiliser pour expliquer que, compte-tenu de tels ou tels éléments, son travail n’est pas satisfaisant. Il ne peut en définitif utiliser ces outils pour accéder à des éléments qui relèvent de la vie privée du salarié.

Selon Alexandre Lazarègue, avocat au barreau de Paris spécialisé en droit du numérique, l’employeur ne peut utiliser «juridiquement» ces outils «contre son salarié»

Captures d’écran, enregistrement de frappes, clics et conversations, photos via la webcam…

Ces logiciels permettent de collecter beaucoup d’informations du salarié. L’un des plus sophistiqués, qui se nomme Hubstaff, propose de prendre une capture d’écran de l’ordinateur du salarié toutes les cinq minutes, ou encore de traquer les données GPS des téléphones des employés.

Beaucoup plus intrusif, CleverControl promet, à grand renfort d’encarts publicitaires sur le web, de « détecter les fainéants ». Cela en enregistrant les frappes et les clics de souris du télétravailleur. Ce système capte aussi les conversations des employés en passant par les microphones des ordinateurs, voire les prend en photo par webcam pour vérifier s’ils sont bien à leur poste.

Ces logiciels sont certes très sophistiqués, pouvant s’installer facilement à distance et à votre insu sur du matériel délivré par votre entreprise ou sur votre ordinateur personnel. Mais leur usage par les employeurs est complètement illégal, du moins et pour l’instant en France, convient-il de préciser.

À écouter aussi : Télétravail, le nouvel horizon de l’entreprise?

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