Accéder au contenu principal
Entretien

Mobilisation pro-IVG en Pologne: «C’est un mouvement quasi pré-insurrectionnel»

Les manifestations contre les restrictions du droit d'avortement prennent de l'ampleur en Pologne, le 28 octobre 2020.
Les manifestations contre les restrictions du droit d'avortement prennent de l'ampleur en Pologne, le 28 octobre 2020. Czarek Sokolowski/AP Photo
Texte par : Béatrice Leveillé
3 mn

Les manifestations se succèdent en Pologne, après la décision du Tribunal constitutionnel d’interdire d’avorter en cas de « déficience fœtale grave et irréversible ou de maladie incurable menaçant la vie du fœtus ». Une décision contestée par la jeunesse polonaise décrit Georges Mink, titulaire de la chaire de civilisation européenne au collège d’Europe à Varsovie.

Publicité

RFI : Quel a été le catalyseur de cette contestation qui s’amplifie ?

Georges Mink : Tout a commencé par une récente décision du Tribunal constitutionnel   ou soi-disant Tribunal constitutionnel, car tout le monde conteste sa légitimité   qui a déclaré inconstitutionnel un des motifs médicaux d’avortement. Cela concerne le fait de faire naître des embryons handicapés, voire morts. Et évidemment, cela a été un catalyseur qui a réveillé la fureur surtout des jeunes. On assiste à un tournant générationnel en Pologne. Ceci explique la force de ce mouvement, nous sommes en présence de jeunes femmes de 20 à 30 ans accompagnées des hommes qui soutiennent les manifestations, ça va des lycées aux universités en passant par les professionnels. Tout le monde est mobilisé pour réclamer le retrait de cette décision.

Les conditions pour avorter en Pologne étaient déjà très restrictives   il ne reste plus que l’IVG consécutif à un inceste ou consécutive à un viol  et le nombre d’avortements n’excèdent pas 2 000 par an. Ce mouvement prend-il une dimension politique ?

C’est parti d’un problème de société et en se déroulant massivement dans pratiquement toutes les villes de la Pologne cela a pris une coloration politique d’autant plus que l’opposition a soutenu ce mouvement c’est un mouvement quasi pré-insurrectionnel face à un État autoritaire policier et plus confessionnel, car cette décision a été prise sous la pression de l’Église polonaise une Église traditionaliste rétrograde et parfois fondamentaliste.

Jusqu’où ce mouvement peut-il aller ?

Je pense qu’il y a une sorte d’impasse parce que les dirigeants actuels n’offrent aucune possibilité de négociations bien au contraire. Ils réagissent en lançant un appel aux contre-manifestants, ce qui est un appel à la guerre. Évidemment, le mouvement lui-même se radicalise. Il va jusqu’à contester devant les bâtiments de l’Église. Cela prend une tournure violente et compte tenu de l’impasse actuelle, cela peut aller dans tous les sens, y compris jusqu’à un bain de sang.

Ce qui est intéressant à souligner c’est que 73% des Polonais selon de récents sondages s’opposent à cette décision du Tribunal constitutionnel, donc la raison est du côté des manifestantes bien entendu.

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail

Page non trouvée

Le contenu auquel vous tentez d'accéder n'existe pas ou n'est plus disponible.