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Pérou: pas d'accord pour trouver un successeur à Manuel Merino après sa démission

Des Péruviens rendent hommage aux deux jeunes gens tués lors des manifestations protestant contre la destitution du président Martin Vizcarra.
Des Péruviens rendent hommage aux deux jeunes gens tués lors des manifestations protestant contre la destitution du président Martin Vizcarra. Luka Gonzales/AFP
Texte par : RFI Suivre
5 mn

Manuel Merino n’aura pas duré une semaine comme président intérimaire du Pérou. Après la destitution de l’ancien président Martin Vizcarra, il lui avait succédé en sa qualité de président du Congrès mais les manifestations qui se sont multipliées et ont été brutalement réprimées lui ont fait perdre les rares soutiens qui lui restaient. Il a démissionné ce dimanche 15 novembre.

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Les membres du Congrès péruvien n’ont pas été capables de se mettre d’accord pour élire leur président et ses trois vice-présidents, explique notre correspondant régional, Eric Samson. Il n’y avait pourtant qu’une seule liste mais seuls 45 députés ont voté pour alors qu’il en fallait 60. Les partis doivent présenter de nouvelles listes le 17 novembre.

Cette élection était d’autant plus capitale que selon la Constitution, le futur président du Congrès devenait d’office le nouveau chef de l’État. En tête de liste se trouvait la députée Rocio Silva, l’une des rares à ne pas avoir voté la destitution de Martin Vizcarra. Celle qui pensait devenir la première femme présidente du Pérou n’a pourtant pas été élue, probablement parce que son élection aurait obligé de nombreux députés à se déjuger, à reconnaître que la destitution de Martin Vizcarra n’était pas correcte.

Ce dernier n’a d’ailleurs visiblement pas renoncé à revenir au pouvoir. « C’est le Tribunal constitutionnel qui doit déterminer si la décision du Congrès de me destituer était légale, a-t-il déclaré. Nous lui demandons de ne pas attendre mercredi [18 novembre] et de prendre une décision immédiatement. On ne peut pas attendre. Le tribunal doit se réunir d’urgence et rendre son avis une fois pour toutes. Face à la crise politique, on ne peut pas attendre ». Le tribunal Constitutionnel doit se réunir ce 16 novembre. S’il donne raison à Martin Vizcarra, ce dernier pourrait alors contester sa destitution et le choix d’un successeur.

« Vous croyez vraiment que la solution viendra des députés, de ceux qui ont violé la Constitution ? a encore déclaré Martin Vizcarra. Quel est l’intérêt de remplacer à la tête de l’État un député président du Congrès par un autre ? Ils ont tous violé la Constitution car ils font partie de la même institution. Nous avons vécu une semaine de dictature, nous n’étions plus en démocratie et le choix du Congrès n’est pas important. La population s’est réveillée, a mûri et se fera respecter pour le bien de tous les Péruviens ».

Après la mort de deux manifestants, « l'heure n'est pas à la fête »

Des manifestations avaient lieu chaque jour pour demander le départ de Manuel Merino. Après avoir fêté l'annonce de sa démission, les Péruviens ont rendu hommage aux deux personnes tuées le 14 novembre alors qu’elles participaient à la manifestation contre le pouvoir en place. Bryan Pintado Sanchez avait 22 ans et Inti Sotelo Camargo, 24 ans. Ce dimanche 15 novembre, des milliers de Péruviens sont venus se recueillir sur le mémorial dressé en hommage à ces deux jeunes, rapporte notre correspondante à Lima, Wyloën Munhoz-Boillot.

Au milieu des gerbes de fleurs et des bougies, Adrian a déposé une pancarte, où il a écrit : « On ne vous oublie pas ». Comme beaucoup de Péruviens ce jour-là, il a du mal à se réjouir de la démission du président Manuel Merino. « L’heure n’est pas à la fête, déclare-t-il. Deux compatriotes se sont fait tuer par la police et il y a encore des dizaines de disparus. On espère qu’ils vont réapparaître et qu’ils ne sont pas morts eux aussi ».

Adrian dénonce la violente répression policière qui a mené au drame de samedi. Plus loin, une mère de famille, venue soutenir les parents des victimes, dénonce elle l’assassinat des deux jeunes et demande justice. « Comment est-ce possible qu’ils assassinent impunément nos enfants qui ne font que réclamer leurs droits ? demande-t-elle. Car on leur a bien tiré dessus volontairement. Ils avaient des impacts pleins le visage. Les députés corrompus et les ministres qui restent en poste après la démission du président doivent partir aux aussi, parce qu’ils ont laissé faire cela ».

Dans l’après-midi, des centaines de motards vêtus de noir se sont joints à l’hommage aux deux jeunes manifestants, avant d’entraîner la foule vers le Parlement, où les députés étaient réunis en session extraordinaire.

► À lire aussi : Pérou: des milliers de manifestants dans la rue après la destitution du président

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