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Le patriarche de l'Eglise orthodoxe serbe meurt à son tour du Covid-19

Le patriarche Irinej lors d'une messe à Belgrade, le 5 janvier 2012.
Le patriarche Irinej lors d'une messe à Belgrade, le 5 janvier 2012. AP - Darko Vojinovic

Le Covid-19 provoque une véritable hécatombe dans les rangs de l’Église orthodoxe serbe. Après le métropolite Amfilohije du Monténégro le 30 octobre, le patriarche Irinej est décédé ce vendredi 20 novembre à Belgrade des suites du Covid-19. Les chefs des Eglises orthodoxes d’Albanie et de Grèce sont également hospitalisés.

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Testé positif au coronavirus, le patriarche Irinej avait été hospitalisé le 4 novembre et son état de santé s’était dégradé ces derniers jours. Dimanche 1er novembre, Irinej, âgé de 90 ans, avait présidé les obsèques du métropolite Amfilohije du Monténégro, emporté par la Covid-19 deux jours plus tôt. La cérémonie avait rassemblé des milliers de personnes dans la basilique du Christ-Sauveur de Podgorica. Le cercueil du défunt métropolite était resté ouvert, et hiérarques religieux comme dignitaires politiques ne s'étaient pas privés de lui rendre hommage en baisant sa mitre ou sa main. Aucun des célébrants ne portait de masques et la communion, selon l’usage liturgique, a été distribuée à la même cuillère partagée. 

Saisie, la justice monténégrine a refusé de qualifier la cérémonie de délit pénal, même si elle violait les règles sanitaires édictées contre l’épidémie. Le pays affiche en effet le taux d’incidence le plus élevé d’Europe, avec plus de 1 000 cas pour 100 000 habitants. La situation n’est guère meilleure en Serbie, et les scènes de Podgorica risquent de se reproduire à Belgrade. Vendredi, le Saint-Synode, c’est-à-dire le gouvernement collégial de l’Église, n’a pas retenu l’hypothèse d’adapter la cérémonie au contexte sanitaire. Le corps du patriarche sera donc exposé à la cathédrale de Belgrade et les obsèques seront célébrées dimanche dans l’immense basilique de Saint-Sava.

Appel à enfreindre les règles

Alors que les pays des Balkans connaissent tous un très violent rebond de l’épidémie, presque aucun d’entre eux n’a pas pris de mesure pour limiter les célébrations religieuses en public. En Roumanie, la puissante Eglise orthodoxe avait dénoncé le mois dernier l’interdiction de certains pèlerinages, appelant ouvertement les fidèles à enfreindre les consignes gouvernementales. Durant les liturgies, aucune règle de distanciation n’est appliquée et une seule et même cuillère est presque toujours utilisée pour distribuer la communion aux fidèles. Les Eglises de la région risquent de payer ces pratiques au prix fort : non seulement, on peut redouter que d’autres dignitaires serbes ne soient contaminés, mais ces derniers jours, l’archevêque Anastasios, chef de l’Eglise orthodoxe albanaise, âgé de 91 ans, et l’archevêque Ieronimos d’Athènes ont aussi été hospitalisés pour Covid-19. 

Êvêque de Nis durant un quart de siècle, Irinej avait pris la tête de l’Église serbe en 2010. Il avait succédé au patriarche Pavle, intronisé en 1990 et mort en réputation de sainteté pour avoir su diriger l’Église durant la délicate période de l’éclatement yougoslave. L’Église serbe – dont le siège patriarcal est au Kosovo – a compétence sur les orthodoxes de Serbie, de Bosnie-Herzégovine, de Croatie, du Monténégro et de Macédoine du Nord, même si son autorité est contestée dans ces deux derniers pays. Alors qu’une partie du clergé excitait le nationalisme serbe, le patriarche Pavle avait toujours su garder une relative réserve et, à l’hiver 1996, il avait même pris la tête des manifestations contre le régime de Slobodan Milosevic.

Irinej s’est montré bien plus complaisant que son précédesseur à l’égard du pouvoir politique. Après avoir décoré le président Vucic de l’ordre de Saint-Sava, la plus haute distinction de l’Église, il avait condamné les manifestations de l’opposition en 2019, appelant les Serbes à « l’unité » derrière le régime, même sur le délicat sujet du Kosovo. Certains des plus prestigieux monastères serbes se trouvent en effet dans le petit pays qui a proclamé en 2008 une indépendance contestée par Belgrade. Or, Aleksandar Vucic s’était rallié ces dernières années à l’option d’un partage du Kosovo, une option rejetée par l’Église serbe locale qui craint d’être « abandonnée ». Irinej, qui avait invité le chef de l’État à prendre la parole au sein même du Saint-Synode, s’était employé à faire taire les critiques. En retour, l’Église avait bénéficié de très généreuses subventions publiques.

Risque de tensions

Le patriarche, qui affichait une forte aversion envers les communautés LGBT, s’en était également pris à l’aile « moderniste » de l’Église : ces dernières semaines, plusieurs enseignants de la faculté de théologie de Belgrade ont été suspendus d’enseignement. Leur « crime » ? S’être prononcés en faveur de la scientificité de la théorie darwinienne de l’évolution, et avoir soutenu que l’usage d’une seule cuillère pour distribuer la communion n’avait aucune base théologique, surtout par temps de pandémie…

La succession d’Irinej risque de raviver les tensions au sein d’une Église qui a perdu deux de ses principales figures en trois semaines. Selon la procédure propre à l’Église serbe, le Saint-Synode doit retenir trois candidats, dont le nom est glissé dans une Bible, et c’est ensuite l’Esprit-Saint, d’aucune diront le hasard, qui désigne le nouveau patriarche. En 2010, Amfilohije avait figuré parmi les trois « finalistes » tout comme Irinej. On verra bien qui l’Esprit choisira cette année des conservateurs et des modernistes dont le nom sera glissé dans la Sainte-Bible…

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