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Reportage

Haut-Karabakh: malgré la rétrocession du district de Latchine, des habitants ont choisi de rester

Des véhicules blindés de transport de troupes des forces de maintien de la paix russes roulent le long d'une route près de Latchine, dans la région du Haut-Karabakh, le 13 novembre 2020.
Des véhicules blindés de transport de troupes des forces de maintien de la paix russes roulent le long d'une route près de Latchine, dans la région du Haut-Karabakh, le 13 novembre 2020. REUTERS - STRINGER
Texte par : RFI Suivre
9 mn

L’Azerbaïdjan a repris le contrôle de l’ensemble des districts qui avaient été conquis par l’Arménie dans les années 1990 et qui formaient une sorte de zone tampon autour du Haut-Karabakh. Erevan a rétrocédé, hier, mardi 1er décembre, le district de Latchine. Désormais, le seul lien entre la république autoproclamée et l’Arménie, c'est la route du corridor de Latchine, une bande de 5 km de large, dont la sécurité est assurée par les soldats russes.

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Avec nos envoyés spéciaux à Latchine,  Anastasia Becchio et Julien Boileau

Le drapeau du Haut-Karabakh flotte toujours au-dessus de la mairie d’Aghavno, un petit bâtiment en pierre d’un étage, avec un toit en tôle ondulée. À quelques mètres de la rivière qui traverse la vallée, un groupe d’hommes discute autour du jeune maire, Andranik Tchavouchian, en treillis, fusil kalachnikov à l’épaule : « On nous a coupé l’électricité et je pense que cela a été fait exprès, pour nous pousser à partir d’ici. Mais on a trouvé des générateurs, on s’est débrouillés. Les officiels ont tout fait pour que les gens soient évacués, mais lorsque j’avais des discussions personnelles avec eux, ils me disaient que notre village resterait sous notre contrôle. C’est pourquoi je ne fais pas confiance aux autorités. »

Pas de signal clair

Les autorités du Haut-Karabakh n’ont pas donné de signal clair aux habitants de trois localités situées dans la zone des 5 km de part et d’autre de la route de Latchine. Karina Agikian, 63 ans, fusil à l’épaule, n’imagine pas quitter cette terre pour laquelle elle s’est battue durant la guerre des années 1990 : « Il y a eu des rumeurs comme quoi on devait partir. Mais moi, je ne veux pas en entendre parler. J’aime cette terre, cette rivière, ces montagnes. Je n’ai pas l’intention de partir d’ici. Je suis arrivée dans ce village en 1993, je venais d’être blessée à la guerre et je me suis installée là. Notre maison, nous l’avons construite nous-mêmes. Quand nous sommes arrivés, c’était en très mauvais état, tout avait été détruit par les combats et on a tout remis en état avec nos moyens. Ici, je me sens bien. »

Le village de 265 habitants, une cinquantaine de familles, avec ses maisons aux façades blanches et aux toits bordeaux, construites avec l’aide de la diaspora, a subi des dégâts pendant les quarante-six jours de guerre. L’école a été bombardée. Des missiles Grad ont touché des maisons. Celle du maire, à l'orée du village, est restée intacte. Dans son jardin : une piscine gonflable et une voiturette renversée. Ses jeunes enfants jouent dans un coin du salon. Pas question pour Andranik Tchavouchian de les envoyer ailleurs : « Je n’ai pas besoin d’avoir des richesses, je veux continuer à vivre la même vie ici, avec mes enfants, c’est mon choix. J’ai perdu des amis dans cette guerre. Mais moi, j’ai survécu, et je me dis que leur mort ne doit pas servir à rien. Cette terre, ce n’est pas uniquement de la terre, c’est une terre baignée de sang. Pour moi, c’est un lieu sacré. »

« Ce sont les Russes qui ont gagné »

Comme huit autres familles du village, celle d’Armen Barsagian a décidé de rester après la rétrocession de tout le district à l’Azerbaïdjan. Ce retraité au visage jovial est arrivé dans ce village, qui était quasiment à l’état de ruine, il y a 27 ans. Sa femme, son fils, sa belle fille et son petit fils sont restés ici. Lui, participe aux rondes nocturnes organisées pour défendre le village de toute intrusion : « Les Azéris sont à deux kilomètres de là, c’est pourquoi on est sur nos gardes. Cette terre nous appartient depuis la nuit des temps. Mais à l’époque de Lénine, les communistes ont décidé de la donner aux autres. Or, c’est notre terre, on n’a pas à avoir peur d’y rester. Mais on ne peut pas compter uniquement sur la présence de la force de maintien de la paix. Toutes les nuits, on organise des rondes, les armes à la main. En face, ils nous disent : ''Rendez-nous toutes les terres''. Ils veulent nous dicter leur loi, parce qu’ils ont gagné la guerre. Mais en réalité, finalement, ce sont les Russes qui ont gagné. »

À quelques centaines de mètres en surplomb, au bord de la route, les militaires russes ont installé un poste de contrôle pour surveiller les allées et venues. Ces soldats de la force de maintien de la paix sont présents sur une demi-douzaine de points, le long des 60 km séparant la frontière arménienne de Stepanakert. 

À lire aussi : L’Azerbaïdjan reprend le contrôle de Latchine, dernier district rétrocédé par l'Arménie

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