Brexit: ultimatum ou bluff... à quoi joue Boris Johnson?

Le Premier ministre britannique Boris Johnson à Downing Street à Londres, le 10 décembre 2020.
Le Premier ministre britannique Boris Johnson à Downing Street à Londres, le 10 décembre 2020. REUTERS - SIMON DAWSON
Texte par : RFI Suivre
6 mn

Ce dimanche 13 décembre, Londres et Bruxelles devraient indiquer quelle suite ils auront décidé de donner aux pourparlers sur leur relation post-Brexit. Les positions se sont raidies en fin de semaine laissant entendre que chaque partie était prête à l’éventualité d’un « no deal ». Du côté britannique, le Premier ministre Boris Johnson souffle le chaud et le froid ces derniers jours et il est difficile de lire dans son jeu.

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Avec notre correspondante à Londres,  Muriel Delcroix

Que veut exactement Boris Johnson : clore ce divorce brutalement ou à l’amiable ? Le dirigeant conservateur a si bien brouillé les signaux que le mystère demeure complet. Et s’il ne le sait pas lui-même, sa stratégie semble de pousser l’Union européenne (UE) dans ses retranchements et l’obliger à prendre la décision elle-même.

Une tactique qui serait tout à son avantage car si les Européens finissent par accepter de faire des concessions pour conclure un accord commercial, l’orgueil britannique sera sauf. Et si Bruxelles ne cède pas et qu'un « no deal » a lieu, alors le Premier ministre pourra blâmer l’intransigeance du rouleau compresseur européen auquel il fallait résister au nom de la souveraineté britannique.

Boris Johnson et son gouvernement ont déjà préparé les esprits en répétant depuis des mois que le pays pourrait parfaitement prospérer avec une relation à l’australienne, c’est-à-dire minimale. Et pourtant le fait que Londres et Bruxelles n’arrivent pas à siffler la fin de la partie et insistent si publiquement sur les conséquences potentiellement négatives d’une absence d’accord, suggère qu’ils pourraient encore à la dernière minute choisir de s’éloigner du précipice.

À lire aussi : Brexit: les relations se tendent entre l'UE et le Royaume-Uni

L'Australie met en garde les Britanniques

Depuis des mois, Boris Johnson assure en effet que le Royaume-Uni pourra parfaitement prospérer grâce à un « accord à l’australienne » avec ses voisins européens. Un euphémisme pour éviter d’évoquer un retour en réalité à des relations selon les règles de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) avec des taxes élevées à la clé.

L’Australie est d’ailleurs la première à regretter cette situation : interrogé sur la BBC en fin de semaine, son ancien Premier ministre Malcom Turnbull a prévenu les Britanniques qu’ils seraient « déçus ». « Il existe de très gros obstacles au commerce entre l’Australie et l’Union européenne que nous cherchons à surmonter en négociant justement actuellement un accord de libre-échange avec l’Europe et les Australiens ne qualifieraient pas nos relations commerciales avec l’Europe de " satisfaisantes ", a-t-il noté.  Vous savez, méfiez-vous de ce que vous appelez de vos vœux : la relation de l’Australie avec l’UE n’est pas, d’un point de vue commercial, une relation dont la Grande-Bretagne voudrait, franchement. »

L’Australie n’a que quelques accords spécifiques en place avec le bloc européen, notamment une coopération au niveau scientifique et concernant le commerce du vin, ce qui ne serait pas le cas pour le Royaume-Uni s’il partait sans accord.

Par contre, les effets immédiats d’un « no deal » au 1er janvier seraient, avec le retour des droits de douane, de lourds blocages et retards à la frontière et une forte augmentation du prix des denrées dans les supermarchés. 

Quelle conséquence pour les PME françaises et britanniques ?

La France est la porte d'entrée du Royaume-Uni. Plus de 80% des flux de marchandises sortant de Grande-Bretagne outre-Manche transitent vers l’Europe par un des neuf points d’entrée situés en France. Laurent Dommergues est avocat fiscaliste pour le cabinet GMBA. Il conseille les entreprises du secteur marchand au Royaume-Uni et en Europe. Pour les PME des deux camps, plus fragiles que les gros groupes, l'enjeu est important, selon lui :   

Le fameux «deal» dont il est question aurait principalement pour objet pour ce secteur d'activités – le mouvement de marchandises – d'arriver à une négociation sur des droits de douane à un tarif préférentiel. Donc c'est ça l'enjeu du «deal» qui est en attente.

Laurent Dommergues, avocat fiscaliste au sein du cabinet de conseil GMBA

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