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L'Italie adopte un plan de relance mais le gouvernement risque d'imploser

L'ancien président du Conseil italien Matteo Renzi.
L'ancien président du Conseil italien Matteo Renzi. AP - Alberto Pellaschiar
Texte par : RFI Suivre
6 mn

Le gouvernement italien a adopté ce mercredi 13 janvier un plan de relance de 222,9 milliards d'euros pour remettre à flot une économie mise à mal par la pandémie de coronavirus. Mais la coalition au pouvoir risque d'imploser en raison d'un désaccord sur l'utilisation des fonds européens. 

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« Le Conseil des ministres a validé le #RecoveryPlan, le plus grand plan d'investissement jamais engagé en Italie », s'est félicité le ministre italien de l'Économie, Roberto Gualtieri, sur son compte Twitter.

Le plus gros de l'enveloppe ira à la transition écologique pour environ 68 milliards d'euros, dossiers en cours et futurs projets confondus, à quoi s'ajouteront 32 milliards pour les infrastructures vouées à une mobilité durable. Depuis des mois, l'accent a été mis sur le développement du réseau ferroviaire rapide. 

Plus de 45 milliards iront à la numérisation et à l'innovation. La couverture en haut-débit et en 5G figurent parmi les projets phare de ce plan de relance. Les autres axes de dépense sont l'enseignement et la recherche. 

Ce plan de relance doit aussi être l'occasion de réduire les inégalités en cherchant à favoriser « l'émancipation économique et sociale des femmes », l'emploi des jeunes... En cherchant aussi à réduire les inégalités territoriales. Un objectif dans en droite ligne avec le plan pour le Sud présenté peu de temps avant le début de la crise sanitaire. 

Autre axe, la Santé : avec environ 19 milliards d'euros, le système sanitaire restera le dernier poste de dépense. Mais, l'enveloppe a tout de même plus que doublé par rapport au projet initial. Sous la pression d'une partie de sa coalition, Giuseppe Conte, le premier ministre, a revu sa copie. 

L'alliance gouvernementale fragilisée

Ce « Recovery plan » qui doit encore passer au Parlement pourrait toutefois sonner le glas de l'alliance gouvernementale entre des partis de centre gauche (Parti démocrate et Italia Viva) et le Mouvement 5 Etoiles (M5S, antisystème).

Le patron d'Italia Viva (IV), l'ex-président du Conseil Matteo Renzi, s'était engagé à ne pas torpiller l'adoption du plan, et ainsi à ne pas retarder l'arrivée des fonds européens. Mais il avait posé des conditions sur son contenu, qu'il juge insatisfaites et menace donc de sortir du gouvernement les deux ministres de son petit parti. « Nous prendrons une décision [ce mercredi matin] et [ce mercredi] après-midi nous l'annoncerons de façon totalement libre lors d'une conférence de presse » fixée à 16h30 TU, a indiqué Matteo Renzi sur la chaîne de télévision RAI3 ce mardi soir.

Les deux ministres d'IV, Teresa Bellanova (Agriculture) et Elena Bonetti (Famille), se sont abstenues lors du vote sur le plan de relance. Matteo Renzi reproche au chef de l'exécutif, Giuseppe Conte d'avoir arbitré au détriment de l'investissement et des réformes structurelles. Il réclamait également que le pays fasse appel au Mécanisme européen de stabilité (MES), conçu pour aider les pays de la zone euro en difficulté. Il a fustigé « un gouvernement qui dilapide l'argent de [ses] enfants ».

« Partie de poker »

Plusieurs options sont à présent sur la table : démission des deux ministres d'Italia Viva, remaniement ou nouveau chef du gouvernement. Sans l'appui des 18 élus d'Italia Viva au Sénat, Giuseppe Conte perdrait sa majorité de 166 sièges sur 315 et l'Italie devrait alors retourner aux urnes.

Un scénario catastrophe pour l'actuel président du Conseil, qui n'est toutefois pas privilégié par les experts. Car ni Italia Viva, crédité de 3 % des intentions de vote dans les sondages, ni les autres membres de la coalition n'ont intérêt à se saborder, l'opposition de droite et d'extrême droite étant assurée de remporter des législatives anticipées. « Conte est fini. La droite est prête », a d'ailleurs lancé ce mardi soir Matteo Salvini, le chef du parti d'extrême droite la Lega.

► À lire aussi : Coronavirus en Italie: en Lombardie, le spectre de la pauvreté s'étend

Vers un remaniement

Giuseppe Conte juge qu'il lui sera « impossible de refaire un nouvel exécutif avec le soutien d'IV » en cas de retrait de ses ministres, selon une source. Mais il n'aura pas forcément le choix des armes. Un remaniement, avec une montée en puissance de ministres désignés par Italia Viva, est considéré comme la sortie de crise la plus probable. Elle dépend toutefois de la volonté de Giuseppe Conte et Matteo Renzi de surmonter leurs différends.

Plusieurs ténors de la majorité ont appelé les chefs de parti à la responsabilité alors que l'Italie, qui déplore près de 80 000 morts depuis le début de la pandémie de Covid-19, se mobilise pour accélérer son programme de vaccination de masse. « En pleine pandémie, une crise serait vraiment incompréhensible et dangereuse », a tonné le ministre de l'Economie (Parti Démocrate), Roberto Gualtieri.

Première bénéficiaire du méga-plan de 750 milliards d'euros adopté à l'été 2020 par les dirigeants européens, l'Italie est très attendue sur ses projets qu'elle doit soumettre à Bruxelles d'ici fin avril. Le pays suscite en effet des inquiétudes car le gouvernement italien a été accusé dans le passé d'utiliser à mauvais escient les fonds européens. Le plan de relance risque, lui, d'alourdir la dette colossale de Rome. Elle devrait atteindre 158 % du PIB, le deuxième ratio plus élevé dans la zone euro derrière Athènes.

► À écouter : Italie: les transformations de l’hôpital de Brescia pour mieux lutter contre le Covid-19

(et avec AFP)

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