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Procès de la ‘Ndrangheta: «la plupart des accusés sont issus de la société civile régionale»

Le procès hors normes contre l'organisation criminelle 'Ndrangheta s'est ouvert ce mercredi 13 janvier dans un bunker en Calabre.
Le procès hors normes contre l'organisation criminelle 'Ndrangheta s'est ouvert ce mercredi 13 janvier dans un bunker en Calabre. AP - Valeria Ferraro
Texte par : Vincent Souriau
5 mn

Un maxi-procès contre la la toute puissante mafia calabraise, la 'Ndrangheta, s'est ouvert ce mercredi en Italie. Entretien avec Federico Varese, professeur de criminologie à Oxford et spécialiste du crime organisé.

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L'Italie n'avait pas connu pareil procès depuis les années 1980. Sur le banc des accusés se trouvent des membres présumés de la puissance mafia calabraise 'Ndrangheta, mais aussi des entrepreneurs, des dirigeants administratifs, des hommes politiques et des policiers. En tout, 355 personnes.

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La liste des délits est très longue : meurtres, association mafieuse, trafic de drogue, détention illégale d’armes, blanchiment d’argent, recel, usure, ou encore abus de pouvoir. Les magistrats italiens veulent faire de ces audiences un exemple de la lutte contre le crime organisé qui contrôle les flux de drogue internationaux depuis des années.

RFI : Comment décririez-vous le groupe qui se tient devant la justice depuis ce mercredi ?

Federico Varese : L’organisation qui se trouve au cœur de ce procès, c’est le clan Mancuso, qui constitue à la fois l’un des clans les plus violents et les plus aventureux de la mafia calabraise, avec une véritable dimension internationale. Ils ont établi des liens avec l’Australie, la Colombie, les Etats-Unis, car ils sont extrêmement bien intégrés sur le marché international de la drogue.

C’est un groupe criminel qui vient d’une toute petite province de l’ouest de la Calabre… Comment ont-ils réussi à bâtir un empire de cette importance ?

Leur atout fondamental, c’est le port de Gioia Tauro, à la pointe de la botte italienne… Ils y sont présents depuis des années, ils en contrôlent une partie et c’est là qu’arrivent les containers de stupéfiants en provenance d’Amérique latine. Traditionnellement, la 'Ndrangheta a toujours eu cette vocation internationale, et, en dehors des Mancuso, un très grand nombre de groupes mafieux calabrais entretiennent des relations avec, par exemple, l’Australie, le Canada ou l’Allemagne.

Ils ont énormément d’argent issu du trafic de drogue, mais aussi parce qu’ils dominent l’économie locale. Ils ont beaucoup construit sur la côte calabraise, notamment des ensembles touristiques qui sont détenus par des sociétés écrans. On n'a pas de chiffres précis mais on parle de milliards et de milliards d’euros. Ils sont richissimes.

On parle beaucoup de procès historique, exemplaire, jamais-vu. Pourtant, ce n’est pas la première procédure qui vise des cadres de la mafia calabraise. Qu’est-ce qui différencie ce procès de ceux du passé ?

D’une certaine manière, l’élément le plus agaçant, c’est que la plupart des accusés qui vont comparaître sont issus de la société civile régionale. Ce sont des entrepreneurs, des hommes politiques, des fonctionnaires, des policiers… C’est surtout ça que ce procès met en lumière : les rapports très étroits entre un groupe criminel et la société qui l’entoure. Deux entités qui sont censées s’ignorer mais qui, en réalité, sont profondément enchevêtrées. C’est pour cette raison qu’à première vue, les accusés ont des profils tout à fait communs. 

Il y a quand même un fait nouveau : la présence de repentis de la mafia qui ont collaboré avec la police…

Oui, il y a 58 repentis qui vont participer à ce procès. Et ce qui est extraordinaire, c’est qu'on compte parmi eux le fils du chef des Mancuso qui va témoigner contre sa propre famille. C’est plutôt un fait nouveau au sein de la 'Ndrangheta. Ça se voyait en Sicile, où les membres de la mafia ne sont pas recrutés en fonction des liens du sang. Jusqu’ici, c’était très rare en Calabre, parce qu’en Calabre, quand on est mafieux, dénoncer tes collaborateurs signifie dénoncer son père, sa mère, sa sœur ou ses fils. C’est autrement plus difficile.

La nouveauté, c’est que ce processus commence à porter ses fruits en Calabre, et je crois qu’il faut le porter au crédit du procureur qui n’a jamais rien lâché. Les mafieux ont quasiment la certitude de passer plusieurs dizaines d’années en prison et cette perspective a dû en décider quelques uns. Mais si vous prenez le fils Mancuso, il a dit qu’il le faisait aussi pour sa fille, pour ne pas qu’elle grandisse dans cet environnement. Il y a donc des motivations éthiques. Mais ce qui prime, c’est surtout la peur de passer sa vie derrière les barreaux

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