Covid: des métiers bouleversés

Covid-19: du salon de coiffure à la coupe itinérante

À Bruxelles, où les salons de coiffure sont fermés depuis début novembre, les coiffeurs deviennent itinérants.
À Bruxelles, où les salons de coiffure sont fermés depuis début novembre, les coiffeurs deviennent itinérants. AFP - NICOLAS MAETERLINCK

Avec la pandémie de Covid-19, nombre de coiffeurs de Bruxelles, fermés depuis début novembre, réinventent leur métier en travaillant à domicile. Parmi eux, Abdou*, coiffeur belge d’origine sénégalaise, devenu itinérant.

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Ce coiffeur et barbier quadragénaire à la silhouette élancée, a accepté de témoigner de manière anonyme, parce qu’il opère de manière « underground », pour ne pas dire illégale. Il a fermé son salon comme tous les autres début novembre, au début du second confinement décrété en Belgique en 2020, mais il a choisi de travailler différemment. Non pas comme au mois de mars, où il était resté inactif. Il avait alors obtenu une aide « Passerelle » de l’État, qu’il ne compte pas redemander pour la période actuelle, puisqu’il a plus de travail qu’en temps normal.

« Heureusement, j’ai vu Abdou avant le confinement, sinon je ressemblerais à un yéti », témoigne une de ses clientes, dont les dreadlocks vont avoir besoin d’un entretien avant le printemps. Coiffeurs, esthéticiens, bars et restaurants… Rien dans les métiers dits « de contact » ne devrait rouvrir avant le mois de février, et les pessimistes s’attendent à un printemps similaire à celui de 2020 – confiné.

Lampe de spéléologue en guise de lumière

Équipé d’une lampe de spéléologue vissée sur sa tête, Abdou coiffe à domicile avec sa lumière, pour être sûr de bien voir ce qu’il est en train de faire. « Je vois les clients chez eux, ce que je faisais déjà avant, un service que je proposais pour les mariages, les événements, les artistes et les sportifs. J’ai un kit de travail pour me déplacer et je fais des coupes, couleurs et brushings, pour hommes, femmes et enfants, cheveu afro ou pas. Je fais tout sauf les tresses, ça ne m’intéresse pas ». Le grand changement, pour Abdou, consiste à ne plus faire que du travail à domicile, en se déplaçant pour ses rendez-vous avec sa clientèle habituelle, qui s’est étoffée par le bouche-à-oreille. Ses tarifs sont restés les mêmes, environ 30 euros pour une coupe homme, à quoi il ajoute 10 euros pour le déplacement.

« Je suis booké », constate Abdou, qui n’a pas peur d’être contaminé par le coronavirus. Il met le masque et se lave les mains, mais ne peut pas respecter la distance sociale avec ses clients lorsqu’il s’occupe de leur tête. D’autant que certains doivent enlever leur masque, lorsqu’il doit leur faire la barbe.

Le 9 janvier 2021, il a commencé sa journée à 10h30, pour la terminer à 21h, en se déplaçant dans différents quartiers de Bruxelles. Il lui arrive aussi d’aller à Anvers, la ville où il est arrivé avec ses parents à l’âge de 8 ans, où il a grandi et s’est formé à son métier, « la coiffure de style européen avec des cheveux européens ». Il a appris à couper les cheveux crépus de sa clientèle africaine et afro-descendante avec un oncle autodidacte, puis en se rendant dans un salon d’Amsterdam tenu par des Surinamiens, qui donnent des formations sur des périodes courtes, une fois par semaine pendant six semaines.

Un « Uber » de la coiffure

La seule chose qui lui manque, explique-t-il, c’est sa chaise de coiffeur. Pour le reste, il pense être devenu un « Uber » de la coiffure, et pense à transformer son art durablement, en investissant dans un « Coiffure truck ». Il a remarqué que ce système est plus confortable pour les clients, à qui il demande de se shampouiner eux-mêmes, avant son arrivée. Un système de prise de rendez-vous en ligne lui permettrait de travailler en itinérant, en invitant les clients à venir dans un salon mobile qui se garerait au pied de leur porte, et où il aurait sa chaise, sa lumière et tous ses instruments. « Le retour à la normale risque de prendre des années, et rien ne sera plus comme avant », pense-t-il.

Est-il le seul à opérer ainsi ? « Tous les coiffeurs travaillent à Bruxelles, sauf un dont on m’a parlé, qui est déprimé et a trop peur d’attraper le Covid-19 », dit-il. Pour lui, il est « incompréhensible que le gouvernement ait pris la décision que les gens ne se coiffent plus pendant des mois, alors que les magasins et les transports en commun sont bondés. Les gens qui prennent ces décisions sont coiffés, eux ». Il s’interroge sur la circulation du virus dans les salons de coiffure. « Entre les deux confinements, on ne prenait plus qu’une personne à la fois, et les salles d’attente étaient vides, les gens ne venant que sur rendez-vous ». Il n’a pas été contaminé par le Covid-19, mais se trouve stimulé par la pandémie, qui souligne les lacunes du marché. « La formation dans le cheveu afro fait défaut en Belgique, où les autodidactes sont très nombreux. Ceux qui veulent s’améliorer doivent aller à Londres ou Amsterdam pour progresser ». Pour lui, clairement, « il y a un marché à prendre ». 


*Son prénom a été changé à sa demande.

►Notre série Covid : des métiers bouleversés est à retrouver ici 

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