Russie: maintenu en détention, Navalny appelle à manifester

Alexe£i Navalny à son arrivée à Moscou, le 17 janvier, peu de temps avant son arrestation.
Alexe£i Navalny à son arrivée à Moscou, le 17 janvier, peu de temps avant son arrestation. REUTERS - STAFF
Texte par : RFI Suivre
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Le principal opposant russe, Alexeï Navalny, a été arrêté par les services pénitentiaires dimanche dès son arrivée à Moscou depuis l'Allemagne, où il se trouvait en convalescence après un empoisonnement présumé, suscitant la condamnation immédiate de l'UE et des États-Unis et de l’ONU. 

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La présidente de la Commission européenne, Ursula Von der Leyen, a condamné l'arrestation de l'opposant russe. Elle a demandé sa « libération immédiate ». Une arrestation « arbitraire en violation des principes de l'État de droit », selon le porte-parole de la chancelière Angela Merkel. La France se dit très préoccupée, la Pologne réclame une « réponse rapide et sans équivoque de l’Union européenne ».

À l’ONU, le Haut-Commissariat aux droits de l'homme demande lui aussi la « libération immédiate » d’Alexeï Navalny en réitérant son appel en faveur d'une enquête approfondie et indépendante sur son empoisonnement.

Outre-atlantique les réactions ne se sont pas faites attendre, le Canada a jugé cette arrestation « inacceptable » et le futur conseiller à la sécurité nationale de Joe Biden, Jake Sullivan, appelle à libérer Navalny et à « tenir responsable » les auteurs de son empoisonnement.

Première réponse de Moscou: la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères demande aux responsables étrangers de « respecter le droit international » et de « se mêler de leurs propres problèmes ».

Ce lundi, Alexeï Navalny a appelé les Russes à descendre « dans la rue » contre le pouvoir, dans une vidéo diffusée quelques minutes avant une décision de justice qui l'a placé en détention jusqu'au 15 février. « Ce que ces bandits (au pouvoir) craignent le plus, vous le savez, c'est que les gens descendent dans la rue (...) alors n'ayez pas peur, descendez dans la rue, pas pour moi mais pour vous même, pour votre avenir », a-t-il dit dans une vidéo filmée dans la salle d'audience et diffusée sur les réseaux sociaux.

Trente jours de détention c’est ce qu’avait demandé le parquet russe à l’issue d’une audience pour le moins surréaliste, puisque cette audience s’est déroulée dans un commissariat de la banlieue de Moscou. Ce tribunal improvisé et cette justice pour le moins expéditive ont déjà fait l’objet de nombreuses critiques sur les réseaux sociaux, où l’on brocarde ces tables et ces chaises poussées contre les murs, et cette juge obligée de se déplacer en dehors de son tribunal pour se prononcer. Une affaire montée de toutes pièces aux yeux des partisans de l’opposant qui y voient la volonté des autorités d’écarter Alexeï Navalny a l’approche des élections législatives.


La menace d'une peine plus lourde

En fin de journée, Alexeï Navalny a été transféré dans une autre prison dont il pourrait ne pas sortir car le 2 février, la justice se penchera sur la révocation du sursis dont il bénéficiait dans une condamnation à 3 ans et demi de prison pour fraude.

Avec notre correspondant à Moscou,   Jean-Didier Revoin

Après l’annonce de sa condamnation, Alexeï Navalny a été transféré lundi vers un autre centre de détention dans la banlieue immédiate de Moscou pour purger sa peine. Mais selon Lioubov Sobol, une avocate proche de l’opposant, impliquée elle aussi dans la lutte contre la corruption, il ne s’agit pas d’un centre de détention dont il ressortira après 30 jours. Elle estime que les personnes qui y sont envoyées le sont en attente d’une éventuelle condamnation à une peine plus lourde.

Une précision qui a son importance. Le 2 février prochain, la justice russe a annoncé qu’elle se pencherait sur la révocation du sursis d’Alexeï Navalny condamné pour fraude à trois ans et demi de prison en 2014. Pour la porte-parole du fondateur du Fonds de lutte contre la corruption, il ne fait pas de doute que cette condamnation avec sursis sera très prochainement convertie en peine de prison ferme.

Dans ces conditions, l’appel à manifester lancé par Alexeï Navalny samedi prochain dans toute la Russie prend une autre ampleur. Une forte mobilisation en sa faveur pourrait inciter les autorités à se montrer conciliantes le 2 février prochain.

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