L'Ukraine face à la bombe à retardement des maisons de retraite illégales

L'incendie d'une maison de retraite illégale de Kharkiv a fait 15 morts et 11 blessés le 21 janvier 2021.
L'incendie d'une maison de retraite illégale de Kharkiv a fait 15 morts et 11 blessés le 21 janvier 2021. AP

En Ukraine, un incendie a entièrement brûlé une maison de retraite illégale jeudi dernier près de Kharkiv, la seconde ville du pays, faisant 15 morts et 11 blessés. Le sinistre a déclenché un grand débat en Ukraine où la prise en charge des personnes âgées est totalement défaillante et laissée à la merci de structures privées ou illégales.

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De notre correspondant à Kiev,

Jeudi 21 janvier dans l'après-midi, un incendie s'est déclaré dans une maison de retraite de Kharkiv, la grande métropole de l'est de l'Ukraine, en pleine période de grand froid. Les flammes ont détruit un établissement qui par une triste ironie portait le nom de « Maison de l'âge d'or ». Sur les 33 résidents, 15 personnes âgées de 58 à 81 ans ont été brûlés vives. Onze autres ont été blessés, et une intense polémique s'est déclenchée.  

Cette maison privée de deux étages ne disposait en effet d'aucun permis, ni d'aucune autorisation administrative. Une maison de retraite illégale qui arrivait à fonctionner grâce aux tribunaux locaux corrompus. Il fallait débourser 500 euros pour y avoir une place, puis payer un loyer mensuel de 200 euros.

Vendredi, les gérants de l'établissement ont été mis derrière les barreaux, et le président Volodymyr Zelensky a fait de ce samedi 23 janvier 2021 une journée de deuil national.

Les maisons de retraite illégales un problème d'ampleur en Ukraine

L'Ukraine compte officiellement 40 millions d'habitants, mais il n'y a que 90 maisons de retraite enregistrées par le ministère des Affaires sociales, où vivent seulement 22 000 personnes âgées. Mais beaucoup de ceux qui les ont visitées n'y mettraient pour rien au monde leurs parents. Le chauffage et la nourriture manquent, les équipements médicaux sont inexistants et le personnel est non formé.

Résultat, le nombre de structures privées explose. Il y en aurait 2 000 dans toute l'Ukraine. Certains établissements fonctionnent relativement bien, avec des équipements convenables et des employés bienveillants. D'autres, au contraire, sont de véritables taudis qui pourraient être qualifiés de mouroirs. 

Olga Bondarenko, directrice de « Let's Help », la principale ONG venant en aide aux personnes âgées en Ukraine, estime que la priorité n'est pas de fermer ces établissements, mais de lancer une grande inspection et de créer des normes législatives qui encadrent les services gériatriques. 

Un pays qui vieillit

En Ukraine, culturellement, les seniors sont pris en charge au sein des familles. Pour beaucoup, abandonner ses aînés à des structures extérieures est difficilement concevable. Selon la loi, une personne âgée qui a encore des parents, ne serait ce qu'un lointain neveu, n'a d'ailleurs pas le droit d'aller en maison de retraite. 

Seulement le pays vieillit. Les retraités représentent désormais un tiers de la population, et 60% d'entre eux reçoivent une pension mensuelle inférieure à 100 euros. Le nombre de personnes dépendantes et isolées explose, car ces dernières années, des millions d'Ukrainiens sont partis travailler dans les grandes villes, ou ont pris le chemin de l'exil, notamment en Pologne ou en République tchèque, laissant souvent derrière eux leurs parents âgés. 

Cette situation crée une bombe humaine à retardement dans un pays où 30 ans après la fin de l'URSS, les politiques sociales sont quasiment inexistantes.

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