Allemagne: vers une suppression des dernières lois nazies

Les responsables nazis accusés de crimes de guerre durant la Seconde Guerre mondiale au procès de Nuremberg écoutent la lecture du verdict le 2 octobre 1946.
Les responsables nazis accusés de crimes de guerre durant la Seconde Guerre mondiale au procès de Nuremberg écoutent la lecture du verdict le 2 octobre 1946. © AFP - -INP / INTERNATIONAL NEWS PHOTOS (INP) / AFP

Les dispositions antidémocratiques ou antisémites adoptées par le Troisième Reich ont été supprimées juste après la guerre mais les textes épurés de leurs mesures extrêmes ont pu perdurer bien que leurs origines et certaines mentions restent des plus sulfureuses.

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De notre correspondant à Berlin, 

La loi sur les changements de noms mentionne toujours aujourd’hui « le ministre de l’Intérieur du Reich ». Ce texte de 1938 portait la signature de Wilhelm Frick qui occupait cette fonction sous le Troisième Reich de 1933 à 1943. Il sera condamné à mort en 1946 pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité lors du procès de Nuremberg contre de hauts dirigeants nazis. 

La loi avait été adoptée avant tout contre les juifs allemands obligeant à partir du 1er janvier 1939 les hommes et les femmes à ajouter respectivement les prénoms Israël et Sara à leur prénoms officiels. Le texte renforçait un peu plus, comme de nombreux autres avant lui, l’exclusion des juifs. Le conseil de contrôle allié, mis en place après la capitulation du régime nazi pour gérer l’Allemagne, a, en septembre 1945, supprimé la loi confiant les pleins pouvoirs à Hitler en 1933 ainsi que la législation du Troisième Reich. Les dispositions discriminatoires contre des personnes en raison de leur origine ou de leur religion étaient interdites. Plusieurs dizaines d’autres décisions similaires du conseil de contrôle allié contribuent à la dénazification du droit allemand mais toutes les traces ne disparaissent pas pour autant. 

Le texte de 1938 a été débarrassé de sa dimension antisémite et est devenu en 1954, sur décision administrative, une loi de la République fédérale d’Allemagne. Mais malgré de nombreux amendements depuis, les dernières traces témoignant de l’origine de ces dispositions n’ont jamais été complètement effacées. 

Fin 2019, le délégué du gouvernement allemand en charge de la lutte contre l’antisémitisme reçoit une lettre d’une femme qui a souhaité garder l’anonymat, d’après l’hebdomadaire Der Spiegel. L’expéditrice demande à Felix Klein de faire en sorte que les derniers reliquats de la législation nazie disparaissent définitivement. Le destinataire du courrier ne reste pas inactif. Trois mois plus tard, il publie une tribune dans la presse avec deux députés issus des deux partis composant la grande coalition, la CDU et le SPD. Dans le texte intitulé « Supprimez enfin les paragraphes nazis ! », les auteurs écrivent : « Une personne qui veut aujourd’hui modifier son nom ou son prénom est confrontée à un texte adopté à l’époque pour des raisons antisémites. Cela est insupportable, pas seulement pour les juifs ». Les auteurs de la tribune demandent une correction du texte pour que les dirigeants actuels de l’Allemagne ne figurent pas indirectement dans la continuité du « ministre de l’Intérieur du Reich » toujours mentionné dans le texte. Ils demandent également une suppression systématique des traces du Troisième Reich dans les lois actuelles.

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Vingt-neuf textes seraient concernés. Hormis celui sur les changements de noms et de prénoms, – le plus emblématique – d’autres lois plus techniques sont concernées comme celle sur les naturopathes ou sur les casinos. Felix Klein souhaitait que le Parlement allemand puisse d’un coup procéder à toutes les corrections nécessaires, mais une telle procédure semble trop ambitieuse. Avec le soutien du ministère de l’Intérieur, une réforme de la loi sur les changements de noms devrait avoir lieu avant la fin de la législature actuelle en septembre. Le député social-démocrate Helge Lindh, en charge du dossier pour son parti, estime, interrogé par RFI, que la survie de ces dispositions constitue « une honte ». Il rappelle que la disparition du Troisième Reich avait certes mis fin à l’État de non droit qui régnait sous le nazisme mais que les structures et le personnel issus de cette période avaient perduré. Et les générations ultérieures n’ont pas toujours eu la sensibilité suffisante pour « dénazifier » un certain nombre de textes.

Ce mercredi 27 janvier est célébrée la Journée internationale dédiée à la mémoire des victimes de l'Holocauste, jour anniversaire de la libération du camp d'Auschwitz-Birkenau, le 27 janvier 1945.

 

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