Le «#MeToo» grec provoque un séisme dans le sport et la culture

Le mouvement de libération de la parole au sujet des violences sexuelles touche la Grèce bien après #MeToo.
Le mouvement de libération de la parole au sujet des violences sexuelles touche la Grèce bien après #MeToo. GETTY IMAGES NORTH AMERICA/AFP/File
Texte par : RFI Suivre
4 mn

La Grèce connaît depuis janvier une vague de révélations relatives à des agressions sexuelles, comparable au mouvement international « #MeToo » qui s’est développé à la suite de l’affaire Weinstein aux États-Unis fin 2017. Ce lundi 22 février, une centaine d’actrices et d’acteurs manifestaient ainsi à Athènes pour demander la démission de la ministre de la Culture, à la suite de révélations d’abus sexuels dans le monde du théâtre.  

Publicité

De notre correspondant à AthènesJoël Bronner

Cette vague de révélations d’abus sexuels en Grèce a démarré ici à la mi-janvier, après le témoignage d’une sportive parmi les plus renommées du pays. Sofia Bekatorou est une ancienne championne olympique de voile et c’est elle qui a ouvert la boite de Pandore en dévoilant avoir été victime d’agressions sexuelles de la part d’un responsable de sa fédération, lorsqu’elle était jeune athlète, il y a près de vingt ans.

►À lire aussi : Le mouvement #MeToo creuse son sillon en Grèce, Corée du Sud et au Chili, le Japon bégaie

Ces déclarations ont fait grand bruit en Grèce, où la sportive a notamment été reçue par la Présidente de la république. Très vite, les révélations d’agressions sexuelles se sont alors multipliées, et ce bien au-delà du seul monde du sport.

Le monde de la culture au premier plan

Ces derniers jours, le monde de la culture, en particulier celui du théâtre, se retrouve particulièrement touché par ces révélations. Plusieurs affaires ont éclaté au grand jour dans les rangs des actrices et des acteurs. Mais le cas qui suscite le plus d’émotion et de réactions concerne effectivement l'ex-directeur artistique du Théâtre National Grec, Dimitris Lignadis.

Celui-ci a démissionné au début du mois alors que des rumeurs enflaient. Ce week-end, il a finalement été arrêté -en attendant son audition par un juge- l’ancien directeur étant accusé d’une série de viols sur mineurs. En raison de son poste important et de la gravité des accusations portées, cette affaire spécifique a rapidement pris une dimension très politique.

Lina Mendoni, la ministre grecque de la Culture, a publiquement exprimé qu’elle avait été « dupée » par Lignadis, qu’elle qualifie désormais de « personne dangereuse ». Cela n’a pas empêché, lundi matin, une centaine d’actrices et d’acteurs de manifester pour demander la démission de cette même ministre, qui avait nommé ce directeur à la tête du Théâtre national grec en 2019.

Plusieurs années après #MeToo

Pourquoi ce mouvement apparenté à #MeToo apparaît-il seulement maintenant en Grèce, plusieurs années après une première vague de révélations internationales ? L’explication la plus simple, c’est que la Grèce demeure une société relativement conservatrice où, jusqu’à présent les affaires de mœurs et de harcèlements sexuels, étaient souvent encore considérées tabous.

Lors de cette manifestation, une étudiante en arts dramatiques me disait en substance que, traditionnellement, on ne parlait pas de ces choses-là en Grèce et que des suspicions avaient tendance à peser sur les victimes qui osaient prendre la parole. Mais la jeune femme avait le sentiment, et l’espoir, que les choses étaient justement en train de changer.

Une actrice également présente se réjouissait, elle, de la fin d’une forme de loi du silence et elle estimait s’attendre à voir le nombre d’affaires se multiplier, laissant supposer que la vague #MeToo, en Grèce, n’en était  peut-être encore qu’à ses débuts.

 

 

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail