Arménie: le Premier ministre Nikol Pachinian affaibli par la fronde des militaires

Nikol Pachinian a pris la tête d’une manifestation de ses partisans à Erevan jeudi 25 février, afin de réaffirmer son autorité, mise à mal depuis la défaite au Haut-Karabakh.
Nikol Pachinian a pris la tête d’une manifestation de ses partisans à Erevan jeudi 25 février, afin de réaffirmer son autorité, mise à mal depuis la défaite au Haut-Karabakh. via REUTERS - Stepan Poghosyan/Photolure

Le Premier ministre arménien Nikol Pachinian, a parlé de « tentative de coup d’État militaire », jeudi, après que l'état-major de l'armée lui a demandé de partir. Pour le contrer, il a demandé à ses partisans de descendre dans la rue afin de montrer que le peuple est avec lui et non avec les 17 partis d’opposition qui exigent sa démission trois mois après la défaite de l’Arménie dans le conflit autour de la province du Haut-Karabakh face à l’Azerbaïdjan.

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Était-ce une « tentative de coup d’État militaire » ou plutôt l’expression d’une grogne d’une partie des officiers de l’armée, encore humiliée par sa défaite au Haut-Karabakh face à l'Azerbaïdjan ? La situation s’est apaisée en Arménie après qu'une quarantaine d’officiers supérieurs de l’armée ont appelé, jeudi 25 février, le Premier ministre à quitter le pouvoir.

Dans leur lettre de demande de démission du Premier ministre Nikol Pachinian, la quarantaine d’officiers signataires dénoncent « les attaques » de l’actuel gouvernement qui « visent à discréditer » l’armée, accusée d’erreurs pendant les 45 jours du conflit au Karabakh, rapporte notre correspondant à Tbilissi, Régis Genté.

Soutien limité de part et d'autre

Une chose est sûre, les casernes n’ont pas bougé. La quarantaine d’officiers en colère semble plutôt avoir espéré que les 17 partis d’opposition qui réclament le départ de Pachinian dans la rue depuis trois mois soient suffisamment nombreux pour forcer sa démission avec ce « coup de main » supplémentaire de l’armée. Il n’en a rien été : la corruption des anciens dirigeants du pays fait qu’ils peinent à drainer les Arméniens dans les rues.

Nikol Pachinian a pris la tête d’une manifestation de ses partisans à Erevan, la capitale, jeudi après-midi, afin de réaffirmer son autorité, affaiblie par la défaite militaire dans le Haut-Karabakh. 

« Je pense qu’il y a une partie de la population qui soutient inconditionnellement Nikol Pachinian, mais ils ne sont pas nombreux. Car s’il était vraiment adoré avant la guerre du Haut-Karabakh, spécialement après la révolution en 2018, cette euphorie s’est dissipée avec la défaite militaire, et il ne peut plus compter dessus, estime Alexandre Iskandarian, politologue à l'Institut du Caucase en Arménie. Par ailleurs, une autre partie de la population est radicalement contre lui. Mais là aussi, ils ne sont pas beaucoup. L’opposition n’arrive pas à se débarrasser de Nikol Pachinian car elle n’est pas vraiment soutenue par le peuple. Beaucoup de leurs adhérents sont des intellectuels, des personnes politiquement engagées. Ils n’arrivent pas à enthousiasmer les gens normaux. En fait, je pense que la majorité de la population ressent une certaine apathie envers la politique et le gouvernement.  Ils voient cette crise comme une guerre entre les élites. Aujourd’hui, le pouvoir du parti de Nikol Pachinian repose sur l'indifférence du peuple, plutôt que sur son soutien. Maintenant, le but du pouvoir et de l’opposition, c'est de convaincre cette tranche de la population lassée par le climat politique actuel de sortir dans les rues. »

Mais le bras de fer continue. Jeudi soir, diverses personnalités se sont adressées au chef de l’état-major, Onnik Gasparian, qui refuse de quitter ses fonctions malgré la demande de son renvoi par le Premier ministre.

Moscou préfère presser comme un citron Nikol Pachinian jusqu’à s’en débarrasser, plutôt que de voir une nouvelle majorité risquer de l'obliger à jouer un jeu différent dans la région.

Gaidz Minassian, enseignant à Science Po Paris, explique pourquoi Russes et Turcs s'inquiètent de la situation

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