Irlande du Nord: pourquoi le protocole post-Brexit divise toujours

«Pas de frontière en mer d'Irlande» : les graffitis contre le protocole nord-irlandais issu du Brexit s'affichent sur les murs du centre-ville de Belfast, le 3 février 2021.
«Pas de frontière en mer d'Irlande» : les graffitis contre le protocole nord-irlandais issu du Brexit s'affichent sur les murs du centre-ville de Belfast, le 3 février 2021. AP - Peter Morrison

Depuis le 1er janvier et la fin de la période de transition post-Brexit, le Royaume-Uni est traversé par une frontière : en mer d’Irlande, entre la Grande-Bretagne et la province de l’Irlande du Nord. Avec la sortie du pays de l’Union européenne, c’était une obligation : il fallait délimiter les deux espaces douaniers. C’est ce qu’on appelle le protocole nord-irlandais. Cette solution ne plaît pas à tout le monde en Irlande du Nord.

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De notre correspondante à Dublin,

En Irlande du Nord, la politique est quasiment binaire : on est soit unioniste, soit nationaliste. Les unionistes sont attachés à l’union avec le Royaume-Uni – schématiquement, la communauté protestante. Les nationalistes, ou républicains, souhaiteraient la réunification de l’Irlande. Ils donc plutôt catholiques, même si la dimension religieuse tend à s’effriter. Le pouvoir nord-irlandais, lui, est traditionnellement partagé entre les deux camps.

Le protocole nord-irlandais ne satisfait pas tout le monde, surtout dans le camp des unionistes. Évidemment, une frontière entre les régions britanniques est perçue comme nuisible pour l’unité du royaume puisqu’elle favorise un rapprochement avec la République d’Irlande, au sud de l’île. Des menaces ont d’ailleurs été proférées envers le personnel des douanes, le mois dernier. 

Cette frontière n’est pas seulement symbolique, elle est aussi très perceptible. Vu que l’Irlande du Nord est considérée comme appartenant à l’espace douanier européen, les livraisons en provenance du Royaume-Uni sont ralenties et parfois même interrompues. Même s’il n’y a pas de pénurie, certains produits deviennent plus compliqués à se procurer. Et à la caisse des supermarchés, pas de différence entre unionistes ou nationalistes. C’est en tout cas la rhétorique du DUP, le premier parti unioniste, pour convaincre les Nord-Irlandais de rejeter ce protocole. 

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Arrêt de la construction de nouveaux postes douaniers dans les ports

Le DUP a publié un plan anti-protocole, qui prévoit entre autres de muscler la communication hostile à la clause et de boycotter la coopération entre Irlande du Nord et République d’Irlande. Objectif : enrayer le protocole.  

Le parti a également lancé plusieurs recours en justice. Selon lui, le protocole serait contraire à l’acte de l’Union, un document qui date de 1800 et qui entérine l’association de l’Irlande du Nord et de la Grande-Bretagne au sein du même Royaume. Il serait contraire aussi, selon le DUP, aux accords de paix du Vendredi saint, signés en 1998, et qui proscrivent toute érosion des liens entre l’Irlande du Nord et ses deux voisins. 

Dernière action en date : ce vendredi 26 février, le ministre nord-irlandais de l’Agriculture, un unioniste, a demandé l’arrêt de la construction de nouveaux postes douaniers dans les ports, en réponse aux « difficultés pratiques » du protocole. Une décision jugée irresponsable par l’opposition et le camp nationaliste, qui rappellent que le protocole doit être respecté dans son entièreté et qu’il s’agit d’une conséquence naturelle du Brexit - soutenu, à l’époque, par le DUP. 

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