Russie: dans le métro de Moscou, des écrans-espion pour surveiller les usagers

Le métro de Moscou prévoit, dans un premier temps, d’équiper 85 stations avec plus de 300 écrans dotés du système de reconnaissance faciale.
Le métro de Moscou prévoit, dans un premier temps, d’équiper 85 stations avec plus de 300 écrans dotés du système de reconnaissance faciale. AP - Sergei Kiselev

Des caméras à reconnaissance faciale dans des écrans de publicité, c’est ce que prévoit d’installer la mairie de Moscou dans le métro de la capitale russe. Un projet qui pose, bien entendu, de nombreuses questions dans une ville où la vidéosurveillance est déjà omniprésente.

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De notre correspondant à Moscou,

Les caméras seront installées à l’intérieur d’écrans qui diffuseront eux-mêmes soit des publicités, soit des messages sur le trafic du métro.

Selon le journal Kommersant qui a révélé ce projet, le métro de Moscou prévoit dans un premier temps d’équiper 85 stations avec plus de 300 de ces écrans-espion, pour un coût total de 930 millions de roubles, environ 10 millions d’euros. Un porte-parole du métro interrogé par le journal affirme que ces caméras ne serviront pas à identifier les usagers.

Pourtant, dans l’appel d’offres, il est bien spécifié que les caméras devront être équipées de la technologie de reconnaissance faciale. Pour justifier le projet, l’autorité qui gère le métro moscovite assure qu’il ne s’agit pas de surveiller les usagers, mais d’assurer leur sécurité. En quantifiant les flux de personnes pour éviter les « embouteillages » qui pourraient se former dans les couloirs ou sur les quais, ou en intervenant plus rapidement en cas de malaise.

Dans l’appel d’offres, il est tout de même précisé que les caméras devront être capables de détecter les mouvements « rapides » et les tentatives de resquillage. Il s’agit bien donc également d’un instrument de contrôle et de surveillance.

Collecte des données personnelles

Ces écrans-espion pourraient en outre servir à des fins commerciales. C’est la crainte en tout cas de l’association Roskomsvoboda, citée par Kommersant : celle-ci estime possible une collecte de données personnelles des usagers qui passeront devant les écrans, les données pouvant ensuite être envoyées aux annonceurs publicitaires. À la dimension commerciale vient s’ajouter la dimension policière du projet – l’utilisation massive de la vidéosurveillance à Moscou étant depuis plusieurs années sources d’inquiétudes et de polémiques. Avec un réseau de plus de 100 000 caméras à reconnaissance faciale, la capitale russe se targue d’être l’une des villes en pointe dans ce domaine. Ces caméras ont été utilisées pour contrôler la quarantaine des malades du Covid, et elles sont accusées également de servir aux forces de police pour identifier et interpeller les opposants lors des manifestations non autorisées.

Projet « Orwell »

Un autre projet suscite la polémique : celui qui vise les écoles du pays. Des caméras de surveillance à reconnaissance faciale ont déjà été installées dans plus de 1 600 écoles et des dizaines de milliers d’autres pourraient également être connectées à ce système. Les caméras installées aux entrées, dans les couloirs ou encore dans les escaliers doivent permettre d’identifier toute personne extérieure à l’établissement scolaire. Mais, selon le journal RBK,  elles pourraient aussi servir à vérifier la présence (ou l’absence) des élèves et du personnel enseignant à telle ou telle heure de la journée. Signe d’un cynisme à toute épreuve ou clin d’œil assumé, le projet a été baptisé « Orwell » par ses concepteurs. Du nom de l’écrivain britannique qui avait prédit, dans son roman 1984, l’avènement d’une société ultra-répressive et ultra-surveillée.   

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