Pédocriminalité dans l’Église en Espagne: la loi du silence et des mensonges

Vue intérieure de la Sagrada Familia, à Barcelone.
Vue intérieure de la Sagrada Familia, à Barcelone. Europa Press via Getty Images - Europa Press News

Pendant qu’en France, on apprend que, selon une commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Église, il y aurait eu au moins 10 000 cas de violences sexuelles depuis 1950, en Espagne, la Conférence épiscopale continue de minimiser les affaires et de les présenter comme une série de cas isolés.

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De notre correspondant à Madrid

Pour la première fois, la conférence des évêques espagnols a reconnu l’existence de cas de pédophilie en son sein et s’est déclarée disposée à indemniser les victimes en question. Ces plaintes ne peuvent parvenir qu’au travers des évêchés, qui les traitent au cas par cas, de manière individualisée.

Mais, et les autorités ecclésiastiques espagnoles l’ont répété, il n’y aura pas comme dans d’autres pays une enquête générale sur les abus sexuels dans l’Église, ni même la mise en œuvre d’une quelconque commission d’investigation dans les 70 diocèses du pays. 

Espagne, pays à forte histoire catholique

En raison du déni et de l’opacité de la Conférence épiscopale, on peut avoir l’impression que les ravages de la pédophilie ont épargné l'Espagne. Le porte-parole des évêques reconnaît 7 ou 8 cas. Début février, la compagnie de Jésus, les jésuites, avaient eux annoncé le résultat d’une enquête interne et admis un total de 61 cas d’abus sexuels commis depuis 1927. Ajouté aux chiffres apportés par d’autres ordres religieux, cela porterait à un total de 126 cas. Une statistique ridicule comparée à celles apportées par d'autres pays occidentaux comme l’Allemagne, les États-Unis, la France.

Omerta totale

Il y a, en Espagne, un problème de crédibilité dénoncée par les associations de victimes et une tradition de silence des autorités ecclésiastiques. Cela remonte à la dictature franquiste qui dirigea le pays pendant 40 ans. Et il est très difficile de changer cette rigidité, cette place du secret dans la société espagnole.

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Il y a vingt ans, le scandale de la pédophilie dans l’Église aux États-Unis n’avait eu aucun impact, le sommet sur la pédophilie au Vatican il y a deux ans, pas davantage. Le seul effet a été l’ouverture de bureau d’attention pour les victimes d’abus sexuels commis par des prêtres, parce que le pape avait obligé l’Espagne à le faire. Mais le silence de l’Église s’accompagne du silence de l’État, qui à ce jour n’a pas créé la moindre commission d’investigation sur ces crimes. 

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