À l'agonie, le prisonnier Dimitris Koufodinas au cœur d'une lutte avec le gouvernement grec

Manifestation devant le Parlement grec en soutien à Dimitris Koufadinas, le 2 mars 2021.
Manifestation devant le Parlement grec en soutien à Dimitris Koufadinas, le 2 mars 2021. AP - Petros Giannakouris

En Grèce, le sort de Dimitris Koufodinas, un prisonnier en grève de la faim depuis le 8 janvier suscite la controverse. Condamné à perpétuité pour meurtres, l'homme de 63 ans a cessé de s’alimenter pour que sa demande de transfert dans son ancienne prison soit entendue. Le détenu est actuellement en soins intensifs à l’hôpital, où il est maintenu en vie. Il est en passe de devenir le premier prisonnier à succomber à une grève de la faim en Europe, depuis la mort de plusieurs nationalistes irlandais liés à l’IRA, dont Bobby Sands, en 1981.

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De notre correspondant à Athènes,

Le profil du prisonnier actuellement en grève de la faim, n’est pas celui d’un enfant de chœur. Incarcéré depuis 2002, Dimitris Koufodinas a été reconnu coupable de 11 assassinats. Il appartenait à l’organisation « 17-Novembre », un groupe révolutionnaire d’extrême-gauche – dissous depuis – accusé d’avoir commis une vingtaine de meurtres entre 1975 et le début des années 2000.

L’organisation est née des cendres du régime autoritaire des colonels, qui a dirigé la Grèce de 1967 à 1974. Son nom fait référence au 17 novembre 1973, date d’une répression sanglante d’un mouvement étudiant par la junte militaire alors au pouvoir. Au rang des victimes de ce groupe, le représentant de la CIA à Athènes – Washington étant considéré comme un soutien de la dictature – mais aussi des policiers, des diplomates ou encore des hommes d’affaire.

L’État de droit 

Dimitris Koufodinas a entamé cette grève de la faim peu après son transfert fin 2020 à Domokos, une prison de haute-sécurité, dans le centre du pays. Ses conditions de détention avaient d’abord été assouplies sous la coalition de la gauche radicale Syriza -il est alors incarcéré dans un pénitencier agricole- puis à nouveau durcies après l’arrivée, en 2019, d’un gouvernement cette fois conservateur.

Athènes vient en effet de faire évoluer sa loi carcérale pour les détenus ayant commis des crimes violents et/ou des actions considérées comme terroristes, comme c’est le cas de Koufodinas. Ce que celui-ci a alors demandé, sans résultat, c’est de pouvoir se rapprocher de sa famille via un retour dans la prison, proche d’Athènes, où il a déjà purgé 15 ans.

Une dérive autoritaire du pouvoir pour les soutiens de Koufodinas

Pour une partie des dirigeants au pouvoir, Koufodinas est un terroriste qui s’adonnerait à un chantage, auquel il n’y aurait pas lieu de céder. Pour son avocate, cette affaire est en réalité une revanche, du fait que l’une des victimes de l’organisation «17-Novembre» était le député de droite Pavlos Bakoyannis, père de l’actuel maire d’Athènes et beau-frère de Kyriakos Mitsotakis, le Premier ministre grec.

En parallèle, des manifestations qui prennent de l’ampleur se multiplient dans les rues d’Athènes. Une foule bigarrée où se mêlent soutiens idéologiques purs et durs, représentants de gauche et défenseurs de l’État de droit, qu’ils estiment bafoué dans cette affaire. Dans ce contexte, le décès -probable à ce stade- de Dimitris Koufodinas, laisse craindre une future poussée de violence, dans une capitale déjà éprouvée par un confinement anti-Covid en place depuis novembre 2020.

 

 

 

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