Journal de bord

RFI à bord d'«Ocean Viking»: L'arrivée

En début de matinée, l’équipage de l’Ocean Viking est venu informer les personnes secourues en mer que l’Italie avait donné l’autorisation d’accoster.
En début de matinée, l’équipage de l’Ocean Viking est venu informer les personnes secourues en mer que l’Italie avait donné l’autorisation d’accoster. © RFI/Guilhem Delteil

L’« Ocean Viking », le bateau de l’organisation SOS Méditerranée, effectue une nouvelle campagne de sauvetage en Méditerranée centrale. En mer en janvier et février, le navire a secouru 796 personnes parties de Libye vers l’Europe. RFI embarque à son bord pour cette mission. Chaque jour, nous recevons le carnet de bord de notre envoyé spécial. 

Publicité

► Mardi 23 mars : L'arrivée

Le ciel de ce début de journée était gris et les températures avaient chuté pendant la nuit. Vers neuf heures, la plupart des 116 personnes secourues en mer étaient encore dans les abris ; au chaud. Mais un groupe d’hommes, lui, s’était regroupé derrière le bastingage à bâbord. Des côtes se dessinaient à l’horizon et se rapprochaient.

L’espoir d’une arrivée prochaine les saisissait. Mais pour tous, une même question brûlait les lèvres : « Où est-on ? ». « En Belgique ! » tente alors l’un des hommes du groupe qui rêve d’aller s’installer dans ce pays. « Mais non », le corrige alors ses camarades sans pouvoir pour autant donner une réponse.

Toute la matinée, les personnes secourues en mer par SOS Méditerranée ont célébré l’arrivée imminente en Italie.
Toute la matinée, les personnes secourues en mer par SOS Méditerranée ont célébré l’arrivée imminente en Italie. © RFI/Guilhem Delteil

Les interrogations n’ont pas duré très longtemps. Quelques minutes plus tard, avant la distribution du petit-déjeuner, l’équipage réunit les hommes dans leur abri. « Nous venons juste d’être informés par les autorités que nous allons débarquer à Augusta, en Italie » annonce Farshad, le chef de l’équipe de soins. La nouvelle a immédiatement réchauffé l’atmosphère de cette fraîche matinée : les applaudissements du début ont été remplacés par des cris et sauts de joie, puis des chants de victoires entonnés dans les tribunes des stades. 

La joie a duré toute la matinée. Sur le pont, les djembés étaient de sortie ; les danses ont repris de plus belle. Assise sur un banc un peu à l’écart, Sirée, une adolescente guinéenne, n’osait pas se mêler aux fêtards mais suivait des yeux ce qui se passait à quelques mètres d’elle. « Je suis très contente. Je crois que l’Italie est mieux que la Libye » glisse-t-elle, en rigolant tant la comparaison lui paraît absurde.

Les djembés accompagnaient les pas de danse. L’arrivée en Italie était perçue comme la promesse d’une vie meilleure.
Les djembés accompagnaient les pas de danse. L’arrivée en Italie était perçue comme la promesse d’une vie meilleure. © RFI/Guilhem Delteil

Pour les 116 personnes secourues en mer par l’Ocean Viking, l’arrivée en Italie est autant la promesse d’une nouvelle vie que la certitude que la Libye fait désormais partie de leur passé. Un groupe d’hommes entonne « Opération coup de poing » d’Alpha Blondy, en glissant le nom de la Libye dans le refrain comme pour marquer qu’ils avaient réussi à s’échapper. « La souffrance qu’on a vécu, Dieu merci, est finie » dit Sirée. « La Libye n’est pas un endroit pour vivre » abonde Oscar, qui dit « attendre ce moment depuis deux ans ».

Pendant deux heures, l’Ocean Viking a longé les côtes siciliennes. Beaucoup ne quittaient plus le bastingage et contemplaient ces nouveaux paysages qui s’offraient à eux. Leur premier contact avec l’Europe. « On a tellement entendu parler de l’Europe. La voir, c’est une joie infinie pour moi » confie Alpha. L’adolescent est resté à son poste d’observation jusqu’à l’arrivée au port d’Augusta.

À l’approche des côtes, les rescapés regardaient les paysages: leur premier contact avec l’Europe.
À l’approche des côtes, les rescapés regardaient les paysages: leur premier contact avec l’Europe. © RFI/Guilhem Delteil

Son ami Moussa tient, lui, fermement entre ses mains un livre : « Nouvelle vie et autres récits » de Pierre Bordage. Le titre l’a attiré. « Depuis que je suis sur le bateau, je ne fais que lire ce livre. C’est une nouvelle vie qui commence » explique-t-il. Mais si à ses yeux, l’arrivée en Italie est la promesse d’une vie meilleure, elle est aussi celle de la réalisation de rêves plus immédiats. « Je suis aussi pressé de parler avec ma maman » précise-t-il. « Elle est vraiment inquiète actuellement et je ne peux pas être dans la joie, alors que ma maman ne fait que pleurer. »

À l’arrivée au port d’Augusta, les autorités italiennes ont envoyé une équipe médicale à bord de l’Ocean Viking. Des tests de dépistage rapide du coronavirus ont été faits sur tout le monde, passagers et équipage. Un cas de plus que la veille a été détecté. En fin de journée, les rescapés sont descendus sur le quai en petits groupes. En file indienne et escortés par deux camionnettes de police, ils ont alors marché quelques centaines de mètres jusqu’à un grand bateau de croisière où ils devront effectuer une quarantaine.

En quittant l’Ocean Viking, les personnes secourues en mer ont été amenées sur un autre bateau pour effectuer une quarantaine.
En quittant l’Ocean Viking, les personnes secourues en mer ont été amenées sur un autre bateau pour effectuer une quarantaine. © RFI/Guilhem Delteil

S’ouvre alors une phase pleine d’inconnus. « Je ne sais pas ce qui nous attend » reconnaît Abraham, originaire du Liberia, alors qu’il s’apprêtait à descendre. Mais « pour l’instant, je suis simplement heureux » poursuit le jeune homme. L’heure des interrogations viendra plus tard ; ce mardi, sur l’Ocean Viking, l’important était de savourer l’instant présent.

Reportage: sur «Ocean Viking», l'heure du débarquement

 

► Relire le carnet de bord de la deuxième semaine sur Ocean Viking

► Relire le carnet de bord de la première semaine sur Ocean Viking

NewsletterRecevez toute l'actualité internationale directement dans votre boite mail