Inquiétudes sur le sort d’un Tchétchène expulsé de France

À peine arrivé sur le territoire russe, Gadaev a été arrêté par la police (image d'illustration).
À peine arrivé sur le territoire russe, Gadaev a été arrêté par la police (image d'illustration). SOPA Images/LightRocket via Gett - SOPA Images

L'expulsion de la France vers la Russie du Tchétchène Magomed Gadaev, présenté comme un opposant au dirigeant tchétchène Ramzan Kadyrov, suscitait lundi de vives inquiétudes parmi les associations qui le soutiennent et craignent désormais pour sa vie.

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Magomed Gadaev, 36 ans, vivait en France depuis 10 ans. Débouté de ses demandes d'asile, cet homme présenté comme un opposant au président tchétchène Ramzan Kadyrov a été expulsé vendredi malgré un avis de la Cour nationale du droit d'asile (CNDA) daté du 10 mars, qui affirmait qu'une expulsion vers la Russie était contraire au droit international.

Dimanche 11 avril, alors qu'ils se trouvaient dans un appartement sous la garde de policiers, Magomed Gadaev et son avocat ont été invités par la police russe à se rendre « auprès d'un organisme d'enquête pour remplir des formalités », raconte sur son site l'ONG Amnesty International.

Durant ce transfert, Magomed Gadaev a été pris en charge par des membres des services de sécurité tchétchènes, affirme à RFI Jean-François Dubost, responsable du programme Protection des populations chez Amnesty International. « D'après nos contacts sur place, c'est quand même assez clair que tout cela a été fait avec l'assentiment de la police russe. Les policiers russes étaient présents lors de ce transfert et une fois que l'avocat s'est rendu au poste de police où il devait retrouver son client pour effectuer les démarches, les policiers lui ont indiqué qu'ils n'avaient absolument aucune information à lui transmettre au sujet de M. Gadaev. »

Craintes

Ce lundi, ses soutiens disent ne plus avoir de nouvelles de lui et craignent pour sa sécurité. « J'ai peur qu'il ne revienne jamais », a déclaré l'AFP son avocat, Me Arnaud Toulouse, qui pointe les risques encourus par son client, un ancien « révolutionnaire tchétchène » déjà « détenu plusieurs semaines en Russie » par le passé. L'avocat a rappelé que M. Gadaev était témoin dans une procédure judiciaire concernant des « traitements inhumains et dégradants » impliquant des fonctionnaires tchétchènes lors de détentions secrètes.

Amnesty International indique quant à elle maintenir un contact avec les autorités russes, leur demandant d'assurer sa protection. Elle demande également aux autorités françaises de réagir en s'approchant des autorités russes pour s'assurer de la sécurité de Magomed Gadaev. « On continue de demander le rapatriement de M. Gadaev sur le sol français puisqu'il n'aurait jamais dû le quitter », poursuit Jean-François Dubost.

Fiché « S » par les autorités françaises

De son côté, le ministère de l'Intérieur français a souligné que le Tchétchène « est connu pour ses liens de longue date avec la mouvance islamiste et du jihad international ». Depuis 2013, il était fiché « S » – pour risque d'atteinte à la sûreté de l'État – par les autorités françaises.

« Il a également été condamné, en Belgique et en France, pour faits de violences aggravées », a précisé le ministère de l'Intérieur à propos de cet homme, qui avait fui la Russie en 2010 pour la Pologne, qui lui a octroyé en 2011 le statut de réfugié, avant de le lui retirer quelques années plus tard.

Dès son arrivée en France le 21 septembre 2012, Magomed Gadaev a tenté d'obtenir le statut de réfugié, en vain. Depuis plusieurs mois, les autorités cherchaient à l'expulser vers la Pologne, qui refusait sa réadmission.

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