La République Tchèque expulse 18 diplomates russes, Moscou rétorque

Un policier passe devant une affiche attachée par des manifestants à une porte de l'ambassade de Russie à Prague, en République Tchèque, le vendredi 16 avril 2021.
Un policier passe devant une affiche attachée par des manifestants à une porte de l'ambassade de Russie à Prague, en République Tchèque, le vendredi 16 avril 2021. AP - Petr David Josek

L’implication des services secrets russes dans l’explosion d’un entrepôt d’armes tchèque en 2014 est désormais prouvée, selon le gouvernement tchèque, qui en conséquence va non seulement expulser des membres du personnel de l’ambassade russe, mais également exclure la Russie d’un appel d’offres nucléaire. Moscou rétorque à Prague et expulse vingt diplomates tchèques.

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Avec notre correspondant à Prague, Alexis Rosenzweig

Les révélations de ce week-end marquent un nouveau tournant dans l’histoire mouvementée des relations tchéco-russes, avec une enquête dont les conclusions permettraient d’établir la responsabilité du GRU, les services russes de renseignement militaire, dans une explosion qui a fait deux morts parmi les employés tchèques d’un entrepôt d’armes en octobre 2014, à Vrbetice dans l’est du pays.

Selon la presse tchèque, l’explosion était planifiée pour se produire ailleurs que sur le sol tchèque et détruire des armes vendues vraisemblablement à l’Ukraine par un intermédiaire bulgare, lui-même empoisonné l’année suivante.

Rosatom éliminé d’un important appel d’offres 

Les détails de l’enquête doivent être rendus publics lundi 19 avril à Prague, mais la police tchèque a déjà lancé un avis de recherche avec les photos des deux citoyens russes déjà soupçonnés d’avoir participé à l’empoisonnement au Novitchok de Sergueï Skripal en Angleterre en 2018.

L’ambassade russe à Prague, anormalement riche en personnel, devra renvoyer à Moscou 18 diplomates désignés par les autorités tchèques, qui ont indiqué qu’une autre conséquence de ces révélations serait l’élimination d’office de Rosatom d’un important appel d’offres concernant la construction d’un nouveau réacteur pour la centrale nucléaire de Dukovany.

Des négociations prévues la semaine prochaine pour la potentielle importation par Prague du vaccin russe Spoutnik V ont par ailleurs été annulées.

Moscou rétorque : vingt diplomates tchèques doivent quitter la Russie avant la fin de journée de lundi

La Russie a annoncé dimanche dans la soirée que 20 employés de l'ambassade tchèque à Moscou étaient désormais « persona non grata », et devaient quitter le pays avant la fin de la journée lundi 19 avril.

« L'ambassadeur de République tchèque en Russie (Vitezslav) Pivonka a été convoqué », précise le communiqué. « Nous lui avons fermement signifié notre protestation après l'acte inamical des autorités tchèques à l'encontre du personnel de la représentation diplomatique russe à Prague ». « Il a été annoncé à M. Pivonka que 20 collaborateurs de l'ambassade de République tchèque à Moscou avaient été déclarés persona non grata. Ils doivent quitter notre territoire avant la fin de la journée du 19 avril 2021 », ajoute le texte.

Plus tôt dans la journée, la Russie avait dénoncé comme une « provocation » l'expulsion par Prague des 18 diplomates russes. Qualifiant la décision des autorités tchèques de « sans précédent », Moscou a dénoncé des accusations « infondées et farfelues » portées contre ses diplomates. 

« Nous exprimons notre vive protestation aux autorités tchèques. Nous prendrons des mesures de rétorsion qui permettront aux auteurs de cette provocation de prendre pleinement conscience de leur responsabilité dans la destruction des fondements (...) des relations entre nos pays », avait indiqué le ministère russe des Affaires étrangères dans un premier communiqué.

Moscou pointe la « trace des États-Unis » dans cette démarche de Prague

« Cette démarche hostile s'inscrit dans le prolongement d'une série d'actions anti-russes entreprises par la République tchèque ces dernières années. On ne peut qu'y voir la trace des États-Unis », a poursuivi le ministère.

« Dans un effort pour plaire aux États-Unis dans le contexte des récentes sanctions américaines contre la Russie, les autorités tchèques ont même dépassé leurs maîtres d'outre-mer à cet égard », a-t-il ajouté.

(et avec AFP)

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