Des lettres avec des balles en Espagne: la campagne haineuse des régionales à Madrid

Manifestation contre la politique d'Isabel Diaz Ayuso, président de la région de Madrid, caricaturée dans le cortège en pantin avec un long nez de Pinocchio, le 17 avril 2021 dans la capitale espagnole.
Manifestation contre la politique d'Isabel Diaz Ayuso, président de la région de Madrid, caricaturée dans le cortège en pantin avec un long nez de Pinocchio, le 17 avril 2021 dans la capitale espagnole. AP - Paul White

Cela faisait longtemps que l'Espagne n'avait pas connu un tel climat hostile et polarisé au cours d’une campagne électorale. En l’occurrence celle des régionales à Madrid prévues le 4 mai. La présidente conservatrice Isabel Diaz Ayuso est donnée favorite pour sa réélection. Mais le climat d’affrontement rend le scrutin incertain, tant l’extrême droite accapare toute l’attention médiatique. En cause, une polémique autour de lettres de menaces de mort contenant des balles d'arme à feu. D'abord reçue par des dirigeants de la gauche, une telle lettre a été interceptée ce mardi 27 avril cette fois destinée à la présidente de droite elle-même. 

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De notre correspondant à Madrid,

Un climat électoral dur et même violent. Que s’est-il passé pour que soudain tout change et que tous les candidats se regardent en chiens de faience ? Tout a commencé par un débat radiophonique, qui s’est déroulé vendredi dernier. Le candidat du parti de la gauche radicale Unidas Podemos, Pablo Iglesias, affirme très troublé qu’il vient de recevoir des menaces de mort.

Il s'agit d'une lettre qui les vise lui, ses parents et sa compagne Irene Montero, par ailleurs ministre de la Parité du gouvernement de Pedro Sanchez d'union des gauches. Et dans cette lettre, quatre balles d’une arme à feu. Or, pendant ce débat la candidate d’extrême droite du parti Vox se moque de cette menace, dit qu’elle n’y croit pas. Sur ce, offensé, Pablo Iglesias quitte le studio, et avec lui les deux autres candidats de gauche.

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Menace à prendre au sérieux

Cet épisode a changé la donne, rapporte notre correspondant à Madrid, François Musseau. Depuis, les trois candidats de gauche ont annoncé qu’ils ne débattraient plus avec l’extrême droite. Les trois débats de cette semaine sur la chaîne publique RTVE et la télévision privée Sexta ont été annulés. Pire, le leader national de Vox Santiago Abascal a plusieurs fois assuré depuis que ces menaces de mort sont « un montage, une opération de marketing et de victimisation ».

L’ennui, c’est qu’à la fois le ministre de l’Intérieur Grande Marlaska et la directrice de la Garde civile Maria Gamez ont aussi reçu des lettres très similaires, avec également des balles glissées dans l’enveloppe. Selon les responsables policiers du pays, ces menaces sont à prendre très au sérieux, d'autant que l’auteur, ou leurs auteurs, proviennent des rangs de l’extrême droite.

Dernier rebondissement ce mardi : on apprend qu'une nouvelle lettre avec des balle a été interceptée par la poste espagnole avec pour destinataire Isabel Dias Ayuso elle-même. La président conservatrice (PP) de la région de Madrid avait dénoncé l'utilisation politique que fait, selon elle, la gauche de ces menaces et parlé de « cirque ». 

La ministre du Tourisme du gouvernement de Pedro Sanchez, Maria Reyes Maroto, a aussi reçu lundi une enveloppe contenant un « couteau ensanglanté », mais selon l'ensemble des médias espagnols, une personne souffrant d'une maladie mentale a été identifiée comme en étant l'expéditeur.

Vers un basculement à gauche ?

La réélection d’Isabel Dias Ayuso, très populaire et donnée grande favorite, n’est-elle plus certaine ? Tous les sondages disent qu’elle est bien partie pour terminer en tête. Elle est très populaire en effet, surtout parce qu'avec elle, Madrid est la seule capitale d’Europe où tous les commerces et les lieux culturels sont ouverts en pleine pandémie.

Mais ce que disent aussi les sondages, c’est que pour obtenir la majorité nécessaire pour former le gouvernement régional, elle aura besoin obligatoirement de l’extrême droite comme alliée. Or, dans l’actuel climat délétère et haineux, cette même extrême droite, le parti Vox, est devenu infréquentable.

Autre paramètre à prendre en compte : avec cette diabolisation des ultras, l’électorat de gauche pourrait fort bien se mobiliser fortement, et pour la première fois depuis 40 ans, gouverner la région de Madrid, la plus riche du pays.

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